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Une élite juste, une autre, injuste

12/06/2016 09:10 EDT | Actualisé 13/06/2017 05:12 EDT

On assiste dans l'espace médiatique à l'équation grandissante entre le discours de Donald Trump et celui de Bernie Sanders, qui représenteraient les deux côtés d'une même médaille populiste, en colère contre l'élite politique et économique qui l'a abandonné.

L'élite ciblée par Trump et sa campagne serait donc la même que celle qu'attaque le sénateur du Vermont?

Du côté européen, la supposée convergence «Rouge-Brun» (entre les valeurs communistes et celles de l'extrême-droite nationaliste), que démontrerait la popularité croissante du Front national parmi les ouvriers, l'électorat traditionnel du Parti communiste, pointerait vers cette même conclusion. La droite populiste serait-elle la nouvelle forme d'expression populaire, comme le furent les groupes de gauches militants au siècle dernier?

Aux États-Unis, l'expression «populisme» revêt d'autres connotations qu'ailleurs en Occident. À gauche, on lui accole un aspect presque amélioratif. Dans son ouvrage Death of the Liberal Class, l'auteur américain Chris Hedges estime que l'élite progressiste a laissé un vide dans le monde ouvrier, que la droite populiste se presse de combler, avec succès.

Qu'est-ce que le populisme?

Philippe Bernier Arcand propose une définition intéressante du populisme, déclinée en plusieurs points, dont cet extrait constitue l'introduction: «Le populisme, c'est le culte du peuple. Dans tous les types de populisme, le peuple, bon par nature, serait menacé par des minorités, par des étrangers, par des élites et par des complots orchestrés par ces groupes» (1).

L'ennemi du candidat républicain désigné, au même titre que la droite populiste à travers le monde, c'est la société civile. Les intellectuels, les universitaires, les artistes, les militants communautaires et syndicaux. Progressiste, ouverte à l'immigration, à la diversité des idées, la société civile constitue elle-même une minorité qui, pour Trump et compagnie, serait responsable du déclin économique, culturel et social de leur pays.

Si la société civile est désignée comme «élite» par la droite populiste, ses adversaires traditionnels (conservateurs) ne sont pas très loin derrière, lorsqu'ils n'organisent carrément pas directement ces campagnes dans un effort pour faire croitre leur électorat. Des candidatures comme celle de Trump, milliardaire, rallient l'entreprise privée (dont les valeurs sont véhiculées par le populisme) et les conservateurs économiques, voyant un bon moyen d'avoir accès aux privilèges octroyés par le pouvoir. Si durant la période des primaires, on jurait de ne jamais voter pour Trump, ce dernier gagne maintenant le support des bonzes du Parti républicain, surtout après la parution de récents sondages indiquant qu'il serait au coude à coude dans une confrontation présidentielle face à Hillary Clinton.

Et Bernie Sanders?

Du côté de Sanders, on ne dénonce pas la société civile: c'est elle qui a porté sa campagne. L'élite qu'il dénonce, c'est à la fois l'élite politique, les «apparatchiks» comme les nomme Pierre Céré, répondant, particulièrement dans le contexte américain, aux intérêts des riches et puissants. Ces derniers sont l'autre élite visée, celle du «1%». La campagne de Sanders est la suite conceptuelle de la dichotomie (99% vs 1%) exposée par le Mouvement Occupy, rhétorique reprise en France par les personnalités de gauche comme Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, et que certains incorporent peu à peu à leur vocabulaire au Québec.

Globalement, il s'agit d'un nouveau discours de gauche, décomplexé, épris de justice et porté par la jeunesse, qui se bat pour une représentation plus fidèle de la volonté populaire. C'est un combat pour rétablir le lien de confiance envers les institutions politiques (et non une entreprise de destruction/déconstruction), en réclamant une «élite» égalitaire, démocratique, au fait de la société dans sa représentation.

Certains acteurs politiques jouent sur la confusion des deux discours («populistes» et «démocrates» pour reprendre la terminologie de Bernier-Arcand) à des fins politiques, pour discréditer les propos et l'ampleur de cette nouvelle lutte progressiste. Toutefois, on comprend que celui-ci est bien plus constructif et porteur que la dangereuse simplicité du discours populiste.

Référence:

(1) Philippe Bernier-Arcand. 2013. La dérive populiste, Montréal : Essai Libre/Poètes de Brousse, 12.

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