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Haute vitesse: les beaux rêves et les bonnes blagues du CRTC et des gouvernements

23/12/2016 08:53 EST | Actualisé 23/12/2016 08:54 EST

J'ai appris mercredi l'excellente nouvelle que le CRTC promet que « tous les Canadiens ont droit en principe d'avoir accès à une connexion internet de 50 mégabits par seconde (Mb/s) et un forfait internet avec des données illimitées ». J'apprenais aussi dans un article de La Presse et dans lecommuniqué de presse du CRTC que ce dernier « estime que la proportion de Canadiens ayant accès à une vitesse internet de 50 Mb/s passera de 82 % à 90 % d'ici 2021, et à 100 % d'ici 10 à 15 ans ».

Juste avant Noël, c'est un rêve. Je ne me peux plus. Je suis hors de moi d'extase et de bonheur... un gros 30 secondes. Par la suite, le triste réalisme fait place à la déception parce que je sais que c'est une bonne blague, voire, une triste plogue ou pire, du cynisme pour endormir les foules. Mais soyons positifs durant le gros 30 secondes dont je parlais. Au moins le CRTC a élevé son minima de vitesse pour les Canadiens de 5 à 50 MBPS. C'est déjà une cible juste un peu plus réaliste. Aussi, pour la première fois, le CRTC parle maintenant de données illimitées (les fameux datacap) pour tous les Canadiens. Je me prends à presque m'exciter le poil des jambes de nouveau.

Pourquoi est-ce une mauvaise blague ?

Que le CRTC avance le plus sérieusement du monde que 82 % des Canadiens ont déjà 50 Mb/s est un oxymoron. Selon le dernier rapport Akamaï dont j'ai pris connaissance mercredi matin, on apprend que seulement 31 % de Canadiens ont une vitesse moyenne supérieure à 15MB/s. Alors je demande qui est réellement dans le champ ? Notre CRTC ou Akamaï ???

vitesse internet au canada selon akamai

Par ailleurs, les gouvernements du Québec et du Canada se gargarisent qu'ils veulent brancher les régions (quoiqu'au fédéral, on confond souvent région et région éloignée avec un gros penchant pour l'éloigné). Or, pour pouvoir jouir des investissements fédéraux ou provinciaux pour acquérir la haute vitesse, il faut que l'on « fit » dans le tableau mis de l'avant par Industrie Canada pour déterminer si notre région a ou n'a pas « la haute vitesse ». Mardi, je parlais à mon maire, Michel Surprenant, pour lui pousser dans le cul afin qu'il redépose de nouveau son projet de fibrer ma localité de Chertsey (projet qui a déjà été refusé par le fédéral) pour le provincial. Or il m'apprenait que pour être éligible au programme provincial, il faut qu'on ne soit pas dans la « zone grise de la map » d'Industrie Canada. Malheureusement pour nous, Industrie Canada considère que nous sommes en « zone urbaine non admissible » puisque nous avons déjà la haute vitesse. Wouah !!! Personne ici n'était au courant ??? Même le maire, le préfet de la MRC, moi-même ou tous mes voisins.

Haute vitesse supposé à Chertsey selon Industrie Canada

Alors je décide de vérifier par moi-même. Tout d'un coup que la haute vitesse est arrivée en cachette et que personne n'était au courant. Sur le tableau, on parle de Bell qui ferait du DSL. Or non, Bell ne fait pas DSL ici et DSL est loin d'être de la haute vitesse. Puis on parle de sans-fil fixe de GroupAcces Communications. Alors je vérifie leur service de 10MBPs et non, ils disent ne pas être disponibles ici. Puis on passe au suivant, Xplornet (du Nouveau-Brunswick) qui enfin est disponible ici. J'ai déjà acheté leur 10 Mb/s, mais après avoir vérifié ma vitesse qui n'était jamais supérieure à 4 Mb/s, on m'explique que le satellite ne peut me fournir la vitesse pour laquelle je paye parce qu'il appert que le signal de Chertsey arrive sur le « edge » du satellite. Alors je demande pourquoi on ne me fait pas payer pour du 5, ce qu'on se dépêche de changer sans pour autant me créditer les mois que je payais pour du 10 alors qu'il n'était pas disponible. Puis viennent les services mobiles. Oui, en effet, les modems cellulaires 3G à 10 MBPS sont disponibles ici. Ils coûtent la peau des fesses, mais oui ils sont dispo. Est-ce vraiment de la haute vitesse ? Disons que c'est discutable. C'est très loin du 50 MBPS et de la fibre optique entéka. Et avec une datacap très vorace en termes de coûts. Puis finalement, DeryTelecom qui offre de la fibre. J'inscris l'adresse de l'hôtel de ville (qui est ce qu'il y a de plus central à Chertsey) et non, malheureusement le service n'est pas disponible.

En résumé, c'est bien de vouloir offrir la haute vitesse à 50 MBPS. Sauf qu'il semble que ce soit déjà disponible lorsque ce ne l'est pas et qu'il ne soit pas possible de se qualifier pour un projet de fibre optique municipal pour avoir la haute vitesse, parce que malgré ce que l'on peut penser ou observer, le gouvernement est convaincu que nous sommes déjà servis et, comble de l'ironie, que mous sommes en zone urbaine.

La morale de l'histoire : vous seriez mieux d'être en région éloignée qu'à 100 km d'un grand centre, car dans ce cas, vous risquez définitivement de faire longtemps partie du tiers-monde numérique canadien et québécois, branché à 82 % à 50 MBPS...

Juste pour en avoir le cœur net, j'ai vérifié d'autres localités (sur la carte interactive d'Industrie Canada) que je connais bien puisque j'y ai fait de nombreux ateliers médias sociaux et tous les entrepreneurs se plaignaient de se faire fourrer par Xplornet (la Néo-Brunswickoise) et de ne pas avoir de haute vitesse, je ne veux pas vous faire pleurer, mais vous aussi avez déjà la haute vitesse et vous ne le savez pas. Je parle ici de Val-D'Or, Rouyn, Ville-Marie (dans le Témiscamingue), Lac-Mégantic, Coaticook, Ste-Marie de Beauce, Saint-Malo (Estrie) et St-Armand. Là je me suis arrêté parce que je pense que je ferai le tour des villages du Québec et qu'ils sont déjà tous sur la haute vitesse. Mais bon, il ne faut pas en vouloir à Industrie Canada. Ils ont une notice de désistement :

Désistement de responsabilité concernant l'information provenant de tiers

Certains des renseignements contenus dans cette page proviennent de sources externes. Le gouvernement du Canada n'est pas responsable de l'exactitude, de la fiabilité ou de l'actualité des renseignements provenant de sources externes. Les utilisateurs qui désirent des renseignements fiables ont intérêt à communiquer directement avec la source en question. L'information provenant de sources externes n'est pas assujettie aux exigences en matière de langues officielles, de protection des renseignements personnels et d'accessibilité.

Alors ce n'est pas Industrie Canada qui dit n'importe quoi et qui se sert de ce n'importe quoi pour déterminer l'éligibilité (ou pas) des projets de haute vitesse locaux qui peuvent être présentés. C'est la faute des « maudits tiers » qui fournissent de la mauvaise info et qui nous fourrent à tout de bras en même temps.

Oui, oui, oui, Bell Fibe et Videotron s'en viennent qu'ils disaient...

Le désistement de responsabilité, c'est une manière polie de dire «On écrit n'importe quoi et on s'en crisse» !

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