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Le Québec et sa vision économique du 19e siècle

10/04/2016 09:13 EDT | Actualisé 11/04/2017 05:12 EDT

Le Québec est riche en ressources naturelles. Très riche, même. La beauté de ces ressources est qu'elles sont là et qu'elles y resteront si on n'y touche pas. L'une de ces ressources dont le prix au litre dépasse déjà celui du pétrole est l'eau douce. Nous en avons des réserves importantes et à moyen terme, il est très plausible de l'exporter et d'en faire des revenus très substantiels pour l'État québécois. D'ailleurs, dans un document de 2008 de l'IEDM (Institut économique de Montréal), on pouvait déjà lire :

Le Canada possède la plus grande réserve d'eau douce du monde, soit 8 % du stock mondial. Quant au Québec, il possède sur son territoire 3 % de l'eau douce du globe, soit 13 fois plus d'eau douce renouvelable par habitant qu'aux États-Unis. Le Québec n'utilise que 0,5 % de son eau douce renouvelable disponible, comparativement à 18,9 % aux États-Unis. Une utilisation adéquate de ces ressources renouvelables n'aurait pas d'impact sur la réserve d'eau du Québec.

Différents scénarios d'exportation d'eau font apparaître des possibilités de revenus beaucoup plus importants que ceux provenant de l'exportation d'énergie. Si le Québec exportait 10 % de ses 1 000 milliards de m3 d'eau douce renouvelable par an à un prix égal au coût actuel de dessalement de l'eau de mer, soit 0,65 $ / m3, et si le gouvernement percevait 10 % de cette somme en redevances, cela générerait des revenus de 6,5 milliards $ par an pour le gouvernement, soit 5 fois plus que le dividende versé par Hydro-Québec.

Or, pour l'instant, nous laissons plutôt les multinationales américaines venir pomper notre eau, et ce, tout à fait gratuitement.

Il faut aussi comprendre que cette eau, pour être salubre, a besoin d'un écosystème environnant sain. Or, plusieurs lacs au Québec ont des problèmes d'algues bleues.

Ces algues sont créées entre autres, par les coupes sauvages de l'industrie forestière, avec la bénédiction de notre «ministère de la Déforestation», comme vous avez pu le constater dans mon récent billet Comment détruire une forêt millénaire et un site de villégiature avec un coup de crayon. Le seul tableau de coupes qui y est présenté, traversera et touchera directement 8 lacs et plus d'une dizaine de rivières et ruisseaux affectant les bassins versants de très nombreux autres lacs et rivières. Et ce n'est là que l'une des nombreuses cartes de plans de coupes prévues. Mais on nous dit que ça crée des jobs et que c'est payant. Même si le Canada est encore sur les dents pour vendre le bois d'œuvre aux États-Unis à un prix décent.

Par ailleurs, le Québec a aussi une industrie minière. Comme vous le savez sans doute déjà, le prix des métaux et des énergies fossiles est à un bas historique. Il ne pourra que remonter, et si nous n'y touchons pas pour quelques années, ces ressources ne disparaîtront pas et risquent même d'augmenter de valeur très sensiblement. Il ne semble donc pas y avoir de besoins alarmants à exploiter ces ressources coûte que coûte au moment d'écrire ces lignes.

Paradoxalement, s'il existe une course économique, c'est bien celle du numérique, et de l'adaptation de l'économie et de la main-d'œuvre avant la compétition internationale. Cette course touche tous les secteurs économiques et tous les aspects de la société. Elle générera (et génère déjà) des dividendes astronomiques, ou des pertes d'emplois et fermetures d'entreprises majeures pour les sociétés qui ne seront pas assez rapides pour tirer leur épingle du jeu.

Étonnamment, le Canada et le Québec, qui étaient leaders incontestés des télécommunications au tournant des années 2000, se sont virés vers les ressources naturelles sous Harper (avec les sables bitumineux) et Charest et Couillard (avec le Plan Nord). Récemment, notre premier ministre s'est engagé avec des investissements d'un peu plus de 51 milliards de dollars pour ce fameux Plan Nord, visant justement à exploiter ces ressources naturelles. Pourtant, dans son dernier budget, notre bon premier ministre s'est engagé à investir un «gros» 160 millions de dollars sur 5 ans pour aider le virage numérique. Il a même nommé une ministre responsable d'une stratégie numérique. C'est dire tout le sérieux qu'il met à ce tournant majeur de l'histoire économique mondiale.

Finalement, il y a trois ans je vous parlais, dans le billet Internet, un impact économique plus important que l'agriculture ou l'énergie, de cette autre réalité économique qui semble absente dans les actions et le discours de nos gouvernements. Ça m'a donné l'idée de faire l'exercice de comparer les chiffres actuels pour le Québec des mines, des forêts et des TIC (technologies de l'information et des communications). Mais il vous faut comprendre que les chiffres des mines incluent aussi les industries de transformation des minéraux et des métaux, que ceux des forêts incluent aussi les industries du papier et de la fabrication de produits du bois (comme les meubles) et que les TIC n'incluent pas le chiffre des impacts financiers de celles-ci sur tous les autres secteurs économiques.

Pourtant, à la lecture de ce tableau, comme moi vous vous demanderez sans doute pourquoi :

• il n'y a pas de ministère du Numérique ;

• il n'y a pas de vision et de stratégies ;

• il n'y a pas de données spécifiques à ce secteur ;

• il n'y a pas d'investissements à la hauteur de l'impact économique actuel de ce secteur comparativement à ce qu'on fait pour des industries issues du 19e siècle.

Regardez bien ces chiffres et jugez du ridicule de l'approche économique de notre gouvernement par vous-mêmes...

Tableau-comparatif-mines-forets-TIC

Une autre observation qui nous vient du document Feuille de route en économie numérique (PDF, 2015) :

Entre 2010 et 2013, les exportations internationales du secteur des TIC du Québec sont passées de 4,3 G$ à 5,4 G$, ce qui représente un taux de croissance annuel moyen de 7,3 % 

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