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Une autre révolution féministe est nécessaire

08/12/2014 12:34 EST | Actualisé 06/02/2015 05:12 EST

J'espérais depuis des mois un tsunami féministe. Je ne sais pas s'il est en fait maintenant en train de se produire, mais nous venons d'assister certainement à un grand raz-de-marée. Il importe que les voix continuent de se faire entendre. Il ne faut pas qu'un dérapage ait lieu. J'espère de tout cœur que la commémoration des évènements de Polytechnique va apporter un second souffle à ce tsunami féministe et entraîner une autre vague de révélations pour que la population saisisse l'ampleur du phénomène.

À l'Assemblée nationale le 4 décembre, les femmes députées de tous les partis ont lu un texte bouleversant. Je ne m'en suis pas remis. On a souligné le fait que dans les 25 dernières années au Québec il y a eu 1500 meurtres de femmes par violence conjugale. C'est d'une tristesse infinie. J'ai tout arrêté pour pleurer et préparer les pièces dominicales que j'ai mises en ligne sur ma page Facebook et dédiées aux 14 femmes assassinées de Polytechnique.

Différentes sortes de violence sexuelle

Quand on réfléchit un tant soit peu aux différents types de violence sexuelle, viennent à l'esprit plusieurs distinctions utiles. Il y a toute une gradation dans la violence. La sollicitation ou l'invitation sont charmantes et anodines, mais elles deviennent violentes lorsqu'elles se transforment en harcèlement. Ce dernier palier n'est qu'une étape pouvant conduire parfois à une agression sexuelle proprement dite et le point culminant est atteint lorsqu'un viol a lieu. Celui-ci peut être carrément physiquement violent, obtenu par la force, ou être d'abord et avant tout obtenu par l'intermédiaire d'une contrainte psychologique, s'il s'exécute sans contrainte physique, mais en imposant la peur qu'une agression physique ait lieu.

Telles sont les trois formes de violence sexuelle généralement reconnues: le harcèlement, l'agression et le viol. Mais il existe une autre forme plus sournoise d'agression que l'on a parfois tendance à reléguer dans la sphère privée, mais qui n'en est pas moins une violence sexuelle culturellement établie et souvent reproduite. Il s'agit de l'abus. Si un homme en position d'autorité se sert de cette autorité pour attirer, charmer ou susciter l'admiration et qu'il laisse croire ensuite qu'une véritable relation amoureuse est en train de s'installer entre lui et une femme, mais que cela est un stratagème de conquête, on peut parler d'abus pour décrire la violence psychologique que cela induit chez la femme. Celle-ci peut être psychologiquement détruite par la déception amoureuse qui s'ensuit. C'est sans doute à cause de cet impact psychologique de la déception amoureuse que l'on a eu tendance à reléguer ce type de situation dans la sphère privée. Mais il s'agit à mon sens d'un type de violence sexuelle qui a quand même une importance politique non négligeable, et ce, non seulement parce que c'est un pattern, un habitus, un comportement culturellement établi et souvent reproduit. Le problème est que la violence psychologique est le résultat d'une manipulation mensongère des sentiments, d'une stratégie de conquête qui néglige sciemment les conséquences destructrices qui risquent de s'en suivre chez la femme.

Certains peuvent malgré tout être enclins à ne pas faire intervenir l'abus dans les formes de violence sexuelle que la société doit réprimander, parce qu'ils estiment qu'une telle situation se produit seulement chez les femmes qui manifestent une certaine naïveté dans les relations amoureuses. On laisse entendre que ce sont des femmes qui croient encore au prince charmant et qui ne se sont pas encore sorties de leur adolescence. Je ne pense pas que l'on puisse blâmer de cette manière une victime d'abus.

Le féminisme et l'abus

Certaines féministes, elles-mêmes, qui ne vont certainement innocenter l'homme abuseur et qui ne vont pas faire de ce type de comportement une affaire qui ne relève que de la vie privée, pourront quand même être tentées de décrire les femmes victimes d'abus comme aliénées, parce que de telles victimes auraient, selon elles, entièrement intériorisé les stéréotypes masculins. Je ne crois pas que cela soit exact. Je crois plutôt que ce genre de propos risque de devenir doctrinaire et figé dans une conception trop restrictive de la femme libérée. Certaines femmes hétérosexuelles peuvent sans doute ressentir une attirance à l'égard des hommes sans que l'admiration y soit pour quelque chose, mais d'autres femmes peuvent vivre les choses différemment. Pour ces dernières, l'admiration peut être un moteur de séduction. Certaines femmes peuvent être attirées par des hommes du même âge alors que d'autres sont attirées par des hommes d'âge mûr. Certaines femmes aiment prendre des initiatives et exercer un contrôle dans leurs relations intimes, alors que d'autres préfèrent que les hommes s'emparent de ce contrôle. Il y a en somme toute une gamme de relations et de rapports possibles. Nous sommes ici dans l'univers des préférences, des attirances, des goûts et des propensions profondes. Les relations entre un homme et une femme peuvent être parfaitement saines et ce, bien que la femme soit beaucoup plus jeune, que le sentiment d'admiration soit un ingrédient essentiel dans l'attirance et qu'elle aime bien le voir prendre le contrôle dans les relations intimes.

Pour certaines féministes, il ne s'agit pas d'une relation saine. La différence d'âge trop marquée, l'admiration et la prise de contrôle par l'homme dans les relations intimes sont des indices d'une relation patriarcale. Je ne crois pas que cela soit exact, mais telle n'est pas la chose la plus importante que je souhaite souligner ici. La chose la plus importante est que l'abus est une forme de violence psychologique particulièrement destructrice. Quand cela se produit en tant qu'employée dans un milieu de travail ou comme étudiante dans une université, cela peut endommager une carrière ou un plan de carrière projeté.

Conclusion

Je militerais donc pour que l'on inclut, parmi les torts causés aux femmes, l'abus comme une forme particulièrement agressive de violence sexuelle, en plus du harcèlement, de l'agression et du viol. Le problème de l'abus existe indépendamment de la violation au code déontologique. Il se peut que l'employeur et le professeur qui abusent de leur autorité aient un comportement qui, en plus, va à l'encontre des règles déontologiques liées à leur emploi. Cette dernière question constitue un problème additionnel que je ne soulève pas ici, mais qui assurément doit être pris en considération. Je voulais surtout attirer l'attention sur l'abuseur qui peut parfois ne pas pouvoir être pris en flagrant délit par rapport aux règles déontologiques, mais qui dont le comportement doit néanmoins être condamné et réprimandé.

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