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Le «nous» québécois

Publication: 10/10/2013 10:16

Ce texte est co-écrit par Michel Seymour et Léa Couture-Thériault, respectivement souverainiste et fédéraliste assumés, lesquels ont fait connaissance par leur implication au sein du mouvement Québec inclusif (quebecinclusif.org) dont le Manifeste a récolté plus de 25 000 signatures.

La singularité du débat sur la Charte des valeurs est qu'il transcende depuis le tout début l'opposition habituelle entre souverainistes et fédéralistes. Après la formation du groupe des Indépendantistes pour un Québec inclusif et l'exclusion de Maria Mourani du caucus du Bloc québécois, l'intervention de messieurs Parizeau, Bouchard et Landry vient démontrer de manière flagrante que le Parti québécois a pris une tournure socialement conservatrice qui, loin d'unir les Québécois, les éloigne de tout ce qu'ils ont collectivement construit jusqu'à aujourd'hui par-delà leurs allégeances politiques.

Ce débat concerne les conditions du vivre ensemble, c'est-à-dire de ce qu'implique vraiment le « nous » québécois. Pour définir ce « nous », le Parti québécois compte modifier la Charte des droits et libertés de la personne (« Charte québécoise »). Ceci n'est pas banal - car la Charte québécoise est un instrument quasi constitutionnel qui a pour vocation de créer un consensus par recoupement, c'est-à-dire un consensus en vertu duquel une population caractérisée par le fait de la diversité des croyances morales personnelles doit pouvoir raisonnablement s'appuyer. Rappelons que la Charte québécoise des droits et libertés a été adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 27 juin 1975. Il nous semble pour le moins contradictoire que ce qui a été adopté pour qu'aucun ne soit laissé pour compte puisse être modifié par une simple majorité au mépris de ceux qui en subiraient les conséquences effectives.

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Il est remarquable de constater que les institutions dans lesquelles on trouve un nombre significatif de membres des minorités culturelles affirment systématiquement avoir l'intention de se prévaloir du droit de retrait. C'est le cas de la Fédération autonome de l'enseignement, de l'ensemble des hôpitaux québécois et de toutes les administrations municipales de la région de Montréal. Seule la fonction publique québécoise l'a acceptée, alors que, justement, la représentation des minorités religieuses y est infime.

Si elle ne s'appliquait pas au sein des organismes où se trouvent des membres des minorités, force est de constater que la Charte n'aurait plus aucun effet. Elle ne serait en vigueur que dans des instances où les minorités sont absentes et cette situation mettrait en évidence son incongruité parfaite. Le gouvernement du Parti québécois aurait bien pu lâcher du lest, mettre de l'eau dans son vin et battre en retraite. Il aurait pu prendre acte de la fin de non-recevoir à laquelle il fait face. Malheureusement, pour le moment, il semble au contraire qu'il veuille serrer la vis et changer l'eau en vin. Il aurait en effet décidé de retirer le droit de retrait initialement proposé.

Ainsi, en choisissant de s'enferrer dans un projet de charte qui, sur plusieurs aspects, exploite un certain repli identitaire, le gouvernement devra dire à certains citoyens que leurs habits les rendent moins dignes de travailler dans la fonction publique. Pour être cohérent avec lui-même, il devra poser le geste fatidique du licenciement. Nous espérons qu'il ne posera jamais des gestes de ce genre, car plus de 75% de la population ne le suivrait pas dans cette voie.

L'État n'est pas sorti de la chambre à coucher des gens pour rien. Ce n'est surtout pas le temps d'aller fouiner dans leur garde-robe. Le « nous » québécois n'a rien à voir avec l'exclusion des signes religieux. Comme le faisait fort justement remarquer Jacques Parizeau, jamais dans l'histoire du Québec n'avons-nous interdit le port des signes religieux. Le « nous » ne doit être ni souverainiste ni fédéraliste, il doit être consensuel.

Guy Rocher, pour qui nous avons le plus grand respect et que nous admirons profondément, estime que la situation actuelle rappelle le combat linguistique. Il dit que lorsque la loi 101 fut proposée, la société québécoise fut comme maintenant profondément divisée. Nous sommes d'accord avec lui pour faire une comparaison avec le combat linguistique, mais la charte des valeurs ne doit pas être comparée à la loi 101. Elle doit plutôt être comparée à l'époque du Bill 63 et de la loi 22, c'est-à-dire à des tentatives maladroites de légiférer en matière de langue. Il aura fallu deux tentatives avortées avant de réussir. Après le projet de loi 94 de Kathleen Weil et l'actuelle Charte des valeurs, espérons que la troisième fois sera la bonne.

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