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Le français comme langue publique commune au Québec 3/3

Nous avons raison d'être sceptique à l'égard de la promotion d'un multilinguisme qui minimise la gravité des transferts vers l'anglais.

11/08/2017 08:00 EDT | Actualisé 11/08/2017 09:20 EDT
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Plus il y a assimilation ou diminution en proportion de gens parlant la langue publique commune à la maison, plus il devient difficilement envisageable d'imposer cette langue publique commune dans l'espace public.

Plus il y a assimilation ou diminution en proportion de gens parlant la langue publique commune à la maison, plus il devient difficilement envisageable d'imposer cette langue publique commune dans l'espace public. Il est impossible d'imposer une langue autre que celle qui est principalement parlée à la maison. Au Québec, il faut s'inquiéter de l'assimilation et il faut s'inquiéter de la diminution de la proportion de gens parlant le français à la maison. Bien entendu, l'important à l'égard de l'immigration est de s'assurer qu'ils apprendront la langue publique commune, et ce, peu importe qu'ils s'assimilent à l'anglais ou au français. Cela donne en partie raison à un argument qui minimise l'importance de la langue d'usage à la maison, dans la mesure où ce qui importe, d'abord et avant tout, est de s'assurer que les personnes parlent la langue publique commune. Mais il demeure évident que pour parvenir à imposer notre langue publique commune, il faut que la très forte majorité parle le français à la maison. C'est une condition nécessaire au succès d'une politique d'intégration.

S'ouvrir à quelle culture? Parler quelle autre langue?

Si parler plusieurs langues est une bonne chose, il faut quand même s'intéresser aux langues qui sont parlées. Si la vaste majorité des multilingues ne parle que deux langues et que l'une d'entre elles est l'anglais, cela peut poser problème, même si cela paraît s'imposer comme une nécessité en Amérique du Nord. Cela va constituer un problème justement parce qu'on se trouve en Amérique du Nord et qu'en plus, cette langue est publiquement reconnue et financée par l'État et que l'État canadien accorde la citoyenneté à des personnes ne parlant qu'anglais, y compris sur le territoire québécois. Dans un contexte comme celui que nous décrivons, le fait que la seconde langue parlée à la maison soit l'anglais n'est pas de bon augure pour l'avenir de la langue publique commune. Aussi, il ne suffit pas de vanter les mérites du multilinguisme. Il faut en savoir plus sur les multiples langues parlées. Faire l'impasse sur cet enjeu risque d'entraîner une certaine complaisance à l'égard de l'hégémonie linguistique de l'anglais.

On se rappellera l'argument d'Anthony Appiah à l'égard de la culture de son pays natal, le Ghana. Si comme Appiah, on dénigre ceux qui ne s'en tiennent qu'à la culture ghanéenne et que l'on vante l'ouverture à la pluralité des cultures, mais que les seuls exemples d'ouverture concernent la culture anglo-américaine, l'ouverture à la diversité des cultures finit par être un passe-droit en faveur de l'hégémonie culturelle anglo-américaine. De la même manière, si l'on dénigre ceux qui sont préoccupés de maintenir le français comme langue parlée à la maison, mais que l'ouverture à la pluralité des langues inclut d'abord et avant tout l'ouverture à l'anglais, le pluralisme linguistique est alors un passe-droit en faveur de l'hégémonie de l'anglais. Il n'y a pas de problème à vanter le pluralisme linguistique, mais si cela conduit à l'hégémonie de l'anglais au point de devenir la seule langue parlée à la maison pour un nombre sans cesse croissant de citoyens québécois, la promotion du pluralisme linguistique devient problématique, car cela compromet l'objectif d'imposer le français comme langue publique commune.

Que faut-il faire maintenant?

Il faut remplacer le cercle vicieux d'une baisse croissante de la présence du français dans la vie publique et dans la vie privée, par le cercle vertueux de leur promotion aux deux niveaux. Ceux qui admettent que la chose la plus importante est que le français soit la langue publique commune ne doivent pas prendre pour cibles les personnes qui s'inquiètent de l'assimilation, de la langue maternelle et de la langue parlée à la maison.

Ils doivent plutôt, comme on l'a déjà dit militer pour un élargissement de la francisation des entreprises, qui s'appliquerait à toutes celles qui ont 11 employés et plus. Ils doivent promouvoir un financement adéquat des institutions vouées à l'intégration linguistique des immigrants et faire pression pour que le gouvernement garantisse une meilleure reconnaissance des diplômes.

Ils doivent insister pour que l'État fédéral modifie sa loi sur la citoyenneté. Pour devenir citoyen canadien, il faudrait à l'avenir manifester des aptitudes à parler l'une des deux langues officielles partout au Canada, sauf au Québec, où il faudrait à l'avenir manifester une aptitude à parler le français et ce quel que soit le groupe auquel la personne choisit de s'assimiler.

Les promoteurs de la langue publique commune doivent en outre se battre pour que le français soit la langue publique commune au sein des institutions à charte fédérale se trouvant sur le territoire québécois.

Ils doivent aussi insister pour que le gouvernement québécois se dote d'une constitution interne dans laquelle les principes fondamentaux de la charte de la langue française seraient affirmés et doivent insister pour que l'État fédéral amende sa propre constitution en ce sens.

Ils doivent aussi eux-mêmes s'inquiéter des statistiques sur la langue maternelle et la langue parlée à la maison. Cette inquiétude n'a rien à voir avec la promotion de l'assimilation ou du monolinguisme. Suggérer le contraire est odieux.

Conclusion

Nous avons raison d'être sceptique à l'égard de la promotion d'un multilinguisme qui minimise la gravité des transferts vers l'anglais. Nous avons raison d'y voir l'expression d'une position politique partisane qui accorde peu d'importance à la reconnaissance et à l'affirmation nationale du peuple québécois.

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