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Le français comme langue publique commune au Québec (2/3)

A-t-on raison de penser que l'assimilation croissante à l'anglais peut contrevenir à l'objectif d'imposer le français comme langue publique commune?

09/08/2017 09:00 EDT | Actualisé 10/08/2017 14:53 EDT
Laurence Mouton via Getty Images
Si on veut mettre en place une politique de langue publique commune française sur le territoire du Québec, c'est parce que la majorité des citoyens ont le français comme langue maternelle et parlent le français à la maison.

A-t-on raison de penser que l'assimilation croissante à l'anglais peut contrevenir à l'objectif d'imposer le français comme langue publique commune? Le fin mot de cette politique est l'intégration et non l'assimilation. Doit-on se fier cependant au chiffre correspondant au nombre de personnes se disant aptes à parler français pour déterminer le succès de cette politique, soit environ 94%? Ou doit-on se fier plutôt au pourcentage résultant de la soustraction des personnes dont l'une des langues parlées à la maison est l'anglais, soit 80,2%? Les chiffres révèlent que même si le français comme PLOP atteignait 85,4 % en 2011 au Québec, elle ne dépassera pas 82 % en 2036, soit dans moins de 20 ans. Ces chiffres nous disent bien davantage quelle est la situation dans laquelle nous nous trouvons. Il n'est pas surprenant de constater l'existence d'une corrélation entre le chiffre indiquant l'usage du français comme PLOP et le chiffre de l'anglais comme langue parlée à la maison. Cela montre qu'il n'est pas indifférent de connaître la langue maternelle particulière ou la langue qui est parlée à la maison, lorsque celle-ci est l'anglais, pour déterminer l'efficacité de la politique du français langue officielle. Le contraste est saisissant par rapport au Canada hors Québec où la PLOP sera l'anglais à 95% en 2036.

L'anglais comme langue de transfert linguistique

Les langues minoritaires autres que l'anglais, comme celles qui sont parlées par des citoyens issus de l'immigration, ne contreviennent pas à la politique du français langue officielle, car plusieurs d'entre eux (notamment les Maghrébins, les Vietnamiens, les Haïtiens et les Latinos) parlent français dans l'espace public. Il ne faut donc pas lire dans notre propos une sorte de méfiance à l'égard des citoyens issus de l'immigration. C'est lorsque la personne immigrante ou issue de la communauté d'accueil parle de plus en plus l'anglais à la maison qu'il y a de fortes chances qu'elle finisse par parler l'anglais dans l'espace public, surtout qu'il existe déjà un espace public d'usage de l'anglais, que les institutions de langue anglaise sont appuyées financièrement par l'État et que l'anglais est la langue d'usage principale en Amérique du Nord. Pour que les personnes qui parlent souvent anglais à la maison s'intègrent à la société québécoise, il faudrait qu'ils aient autant le français que l'anglais comme PLOP. Il sera de plus en plus difficile d'imposer le français comme langue publique commune si le groupe parlant anglais à la maison (à cause de sa langue maternelle ou à la suite d'un transfert) atteint 20% de la population entière du Québec et qu'il est concentré dans la région de Montréal. Sur l'ile de Montréal, déjà, les francoplops atteignent à peine 60%.

Trêve de lunettes roses ou d'aveuglement volontaire!

Même si presque tout le monde peut parler français et que les francophones ne sont pas pour l'essentiel assimilés, il ne peut qu'y avoir des résistances majeures à faire du français la langue publique commune à l'échelle du Québec tout entier, si 40% des personnes de la région montréalaise choisissent l'anglais comme seule langue officielle parlée.

Pour empêcher que cela se produise, il faut agir maintenant, car, autrement, les citoyens seront de plus en plus nombreux à contrevenir à la règle voulant que les commerces s'affichent de façon prédominante en français. Certains voudront à nouveau se prévaloir du système des écoles passerelles. Les services seront tout naturellement de plus en plus souvent offerts en anglais. Dans l'éventualité d'une croissance constante de l'anglais comme PLOP au Québec, il n'y aurait même plus de raison d'envisager une politique du français comme seule langue officielle du Québec, c'est-à-dire comprise comme seule langue publique commune, car il n'y aura même plus la volonté de préserver cette langue plus que l'anglais dans l'espace public.

Si on veut mettre en place une politique de langue publique commune française sur le territoire du Québec, c'est parce que la majorité des citoyens ont le français comme langue maternelle et parlent le français à la maison.

Si on veut mettre en place une politique de langue publique commune française sur le territoire du Québec, c'est parce que la majorité des citoyens ont le français comme langue maternelle et parlent le français à la maison. Et il importe de compléter la mise en place de cette politique pour permettre aux gens de continuer de parler français à la maison.

Le cas ontarien

On dit souvent qu'en Ontario où il y a 500 000 francophones de langue maternelle, 200 000 d'entre eux parlent maintenant principalement l'anglais à la maison. Même si ces personnes sont multilingues et savent aussi parler le français, on peut y voir les dangers d'une assimilation progressive qui, à long terme, risque de contrevenir au maintien de la langue publique française en Ontario. Puisqu'il y a un très grand nombre de francophones en Ontario, il faut s'assurer qu'ils aient droit de maintenir en place des institutions de langue française comme l'hôpital Montfort. Il faut s'assurer de maintenir ou mettre en place des écoles, des collèges et des universités de langue française. Il faudrait qu'Ottawa soit déclarée ville bilingue.

Si de plus en plus de francophones cessent de parler français à la maison, cela traduit un affaiblissement de la volonté de perdurer dans la langue française sur le territoire ontarien.

La bataille pour le maintien et le développement d'institutions de langue française en Ontario est justifiée parce qu'un très grand nombre de citoyens ontariens parlent le français à la maison, mais ces institutions sont aussi essentielles pour assurer que le plus grand nombre puisse continuer de parler français à la maison. Les deux questions, celle de la langue d'usage à la maison et celle d'institutions communes, sont étroitement liées. Si de plus en plus de francophones cessent de parler français à la maison, cela traduit un affaiblissement de la volonté de perdurer dans la langue française sur le territoire ontarien. La résistance au maintien d'institutions de langue française et à l'idée du statut bilingue pour la ville d'Ottawa peut être de plus en plus grande si le vouloir-vivre collectif s'estompe peu à peu. Et il s'estompera peu à peu si les institutions de langue française ne sont pas créées, diminuent en nombre ou perdent de leur vitalité. Encore une fois, les deux questions sont étroitement liées.

L'intégration comme responsabilité étatique

Si la langue anglaise est susceptible d'être la PLOP pour 20% de la population québécoise d'ici vingt ans, l'une des raisons est sans doute qu'un nombre croissant de citoyens issus de l'immigration adopteront l'anglais comme langue parlée à la maison et au travail. Faut-il les blâmer? Non, parce que la responsabilité de l'intégration est d'abord et avant tout une responsabilité étatique. Il faut mieux financer les organismes responsables de la francisation. Il faut que les entreprises de 11 employés et plus soient visées par la politique du français langue de travail. Il faut aussi que l'on assure une meilleure reconnaissance des diplômes. Le problème est que le PLQ présentement au pouvoir pratique une politique des bras croisés, motivé dans son inaction par des objectifs purement électoralistes.

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