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Divergences et convergences: le rendez-vous raté

25/05/2017 09:56 EDT | Actualisé 25/05/2017 09:56 EDT

La convergence proposée entre le PQ et QS avait un caractère superficiel. Elle revenait pratiquement à une version nouvelle du vote stratégique, avec en prime quelques comtés. Il aurait fallu en plus une entente portant sur le programme à réaliser une fois que le PQ serait porté au pouvoir grâce à cette convergence.

Des conditions gagnantes pour converger

Pour que la convergence fonctionne, le PQ devrait mettre de côté pour de bon la conception stricte de la laïcité héritée de la France et adopter plutôt une charte de la laïcité inclusive associée à une politique d'interculturalisme. Il devrait aussi retrouver ses racines sociales-démocrates, se sortir de l'idéologie austéritaire et renoncer à l'obsession doctrinaire du déficit zéro. Il faudrait modifier le mode de scrutin en fonction d'une proportionnelle mixte et, en s'associant aux peuples autochtones, continuer de s'opposer énergiquement à Énergie Est. Il faudrait aussi geler les droits de scolarité, hausser le salaire minimum et adopter une politique de logement social. Il faudrait en outre instaurer une commission permanente des relations avec les peuples autochtones et une commission chargée d'établir des échanges constants avec les Anglo-Québécois. Il faudrait aussi proposer une 4e charte, portant cette fois-ci sur l'environnement et le développement durable. Il faudrait enfin enchâsser les quatre chartes (droits et libertés, langue française, laïcité inclusive et environnement) dans une constitution interne qui pourrait faire l'objet d'une approbation référendaire.

Un louvoiement révélateur

Le PQ louvoie depuis plusieurs années en adoptant autant des mesures de droite que des mesures de gauche, parce que c'est une coalition qui ambitionne de rassembler les souverainistes de toutes tendances concernant le projet de société. Certains disent que le PQ est un parti de gauche «pragmatique». Ils laissent ainsi entendre que QS est idéaliste et que c'est par pur pragmatisme que les péquistes adoptent des mesures de droite, alors que c'est en fait pour satisfaire une clientèle de droite au sein du parti.

On touche au cœur du problème lorsque l'on prend en compte ce «pragmatisme» du PQ. Si le louvoiement s'explique d'abord et avant tout par la volonté de plaire aux militants de droite autant qu'aux militants de gauche, alors on voit qu'il repose en fait sur une prétention à être le parti parapluie, celui qui rassemble tous les souverainistes. Aussi longtemps que le PQ tienne dans cette position de louvoiement, aussi longtemps il ne voudra pas admettre qu'il n'est qu'un parti souverainiste parmi plusieurs. L'humilité consisterait à accepter une orientation particulière concernant le projet de société et à s'y tenir.

Si le PQ avait offert de réaliser un programme se rapprochant de ce qui est décrit plus haut, le refus de QS eut alors été inacceptable. Les péquistes qui posaient un ultimatum à QS auraient dû faire une telle proposition en bonne et due forme. En réduisant la convergence à une alliance électorale, ils semblent s'être dits: «ou bien QS accepte et alors cela revient à demander à leurs électeurs logés dans 15-20 comtés de voter stratégique, ou bien ils refusent et alors ils auront à porter l'odieux de ce refus, ce qui redonnera des ailes au PQ, vu que la population souhaite cette convergence». C'est ce genre de calcul stratégique qui semble avoir présidé à la réflexion des péquistes. Or, il fallait non pas faire un calcul électoraliste de ce genre, mais bien mettre le paquet pour que la convergence réussisse.

Un programme convergent

Certains membres de QS ont soulevé un problème qui met une fois de plus en relief la nécessité de se doter d'un programme politique convergent. Ils se sont demandé: quelle est notre assurance que les votes de QS et du PQ iraient du côté du seul candidat souverainiste? Certains membres de QS préfèreraient peut-être voter pour les Verts au lieu de voter pour un candidat souverainiste péquiste, et certains péquistes préfèreraient peut-être voter pour la CAQ au lieu de voter pour un souverainiste venant de QS. Or, le problème se pose justement parce qu'il n'y a pas d'entente sur le programme.

Une entente sur le programme signifierait que le PQ se branche concernant le projet de société, au lieu de vouloir rassembler tout le monde. Il existe bien sûr des souverainistes de droite et des souverainistes de gauche, mais un parti politique ne peut pas et ne doit pas être de droite et de gauche. Certains ont réagi à la proposition décrite plus haut en disant que tous les éléments ou presque sont déjà contenus dans le programme du PQ. Il n'y avait donc pas beaucoup de sacrifices à réaliser pour faire une telle offre. Pourquoi les péquistes ne l'ont-ils pas fait, si ce n'est que parce qu'ils espéraient une entente qui ménageait leur clientèle de droite?

Un rendez-vous raté

Ce qui vient de se produire reproduit le rapport que le PQ a entretenu face au Printemps Érable de 2012. C'était à leurs yeux une «crise politique» qu'il fallait résorber et non un réveil politique qu'il fallait embrasser et élargir. On s'est retrouvé avec des droits de scolarité indexés au lieu du gel en vue de l'atteinte de la gratuité, ce qui aurait pourtant permis de faire vivre le mouvement. Pour le PQ, QS est une épine dans le pied, un problème sur un parcours stratégique et non un parti rassemblant des forces vives branchées sur la conjoncture présente.

Pour résumer ce qui précède en quelques mots, on dirait qu'avec la convergence, QS allait aider le PQ à prendre le pouvoir. Qu'obtiendrait QS en retour? Seulement quelques sièges? Un échange de bons procédés serait que le PQ adopte un programme électoral largement inspiré de QS.

On comprend mieux les raisons expliquant le rejet de la convergence. Il ne fallait pas accepter le principe d'un partage des comtés, à la suite duquel il y aurait des négociations sur le programme. C'était mettre la charrue devant les bœufs. Il fallait une entente sur un programme commun, à la suite duquel il y aurait une négociation portant sur les comtés à se partager.

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