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Lettre à Martine Ouellet, ministre des Ressources Naturelles

25/09/2012 10:25 EDT | Actualisé 25/11/2012 05:12 EST
Presse canadienne

Pour vous avoir suivi en Commission parlementaire sur le projet de loi 14 au cours de 2011, le moins que l'on puisse dire c'est que vous avez bien fait vos classes sur la Loi sur les mines et le dossier des redevances. Studieuse, rigoureuse, calme et attentive, votre détermination a eu le meilleur de la plupart de vos opposants. Vous avez gagné vos gallons et nous vous félicitons de votre nomination à titre de Ministre des Ressources Naturelles du Québec.

Maintenant il faut gouverner et l'art de gouverner c'est aussi l'art du compromis.

Il est dommage que votre premier geste ait été de fermer la porte à la poursuite des analyses stratégiques sur les gaz de schistes qui contrairement à la croyance populaire et selon MIT, l'Université du Texas, le U.S National Research Council, la Commission Européenne et l'Agence Internationale de l'Énergie (AIE), tous ces experts prestigieux s'entendent pour dire que nous possédons déjà les outils techniques et réglementaires pour gérer de façon sécuritaire l'exploitation de cette ressource.

Il est triste que le Québec doive maintenant chercher à assurer son indépendance énergétique en rejetant sans débat réfléchi, cette source énergétique aussi propre que l'hydroélectricité, mais également les revenus potentiels qui s'y rattachent.

Quant à l'industrie minière, vos préjugés favorables envers les positions plus écologistes de notre société sont bien connus et vous ont bien servi à l'Opposition. Mais maintenant que vous êtes ministre, vous savez aussi bien que quiconque que vous devrez œuvrer pour le grand bien de tous les Québécois et ceux-ci inclus les milieux économiques que vos propos tenus en Commission parlementaire sur PL14 et au cours de la récente campagne électorale continuent d'effrayer.

Vous êtes maintenant à la tête d'un des ministères économiques les plus importants du Québec. Votre langage et votre ton doit être de loin plus inclusif que celui employé par certains de vos prédécesseurs.

En tant que gardienne du développement responsable de nos ressources minérales, vous devez toujours garder à l'esprit que vos premiers « clients », une fois que l'on ait intériorisé le vertueux précepte que l'on gouverne pour tous les Québécois, ne sont pas les lobbies municipaux, les militants doctrinaires ou les bloggeurs urbains que semblait préférer l'ex-ministre des mines, mais les 54 000 travailleurs et travailleuses de l'industrie que l'on retrouve principalement concentrés dans nos régions ressources et également présents à travers tout le Québec.

Vos nouveaux commettants incluent également les propriétaires-investisseurs des 3800 PME qui dépendent de la viabilité d'un secteur qui contribue près de 8 milliards $ par an au PIB du Québec.

L'industrie de l'exploration et du développement minier au Québec investit plus de 500 millions $ par année en recherche et développement et dépense au-delà de 900 millions $ en biens et services pour soutenir ses activités. Votre mandat doit contribuer à faire progresser cette performance et c'est de cette façon que tous les Québécois sauront profiter de nos ressources, et non pas en les laissant enfouies ou en les surtaxant.

Notons aussi que les premiers acteurs de la filière ne sont pas représentés par une demi-douzaine de multinationales que les opposants bien coalisés aiment bien diaboliser, mais surtout par une filière proprement québécoise qui poursuit toujours son émergence. Nous faisons référence ici à des centaines de PME qui explorent et investissent des millions depuis plus de 50 ans dans des conditions rudes loin des conforts de nos milieux feutrés.

Cette filière minérale proprement québécoise se compose de quelques producteurs (actuels et aspirants), de nombreuses sociétés d'exploration, d'équipementiers, de prospecteurs, de géologues et d'ingénieurs, de centres de recherches universitaires et de centaines de sociétés de services financières, comptables et juridiques. Cette filière est également appuyée par les syndicats représentants des milliers de travailleurs, des Chambres de commerce et plusieurs dizaines de municipalités locales et régionales.

C'est en hommage à ces pionniers persévérants que l'auteur de ce billet fait appel à votre sens de l'équilibre et de l'équité et vous invite à demeurer à l'écoute, à favoriser le dialogue, à prendre le parti de l'action et de surtout de garder à l'esprit tous ces pionniers lorsque vous vous pencherez sur leur cadre d'activités.

Le secteur a grandement besoin de transparence, de stabilité et de clarté pour attirer ici les milliards $ requis pour développer ces ressources. L'État y joue un rôle prépondérant en tant que fiduciaire de la ressource. C'est à lui à qui revient la responsabilité de contrôler l'accès au territoire, le rythme du développement de notre sous-sol et d'établir les conditions concurrentielles de notre environnement d'affaires.

Le gouvernement Charest s'était bien embourbé sur cette question en racolant les milieux municipaux et les activistes-environnementalistes lorsqu'il a cherché à démembrer l'État de cette responsabilité et transférer celle-ci à 1200 municipalités locales et régionales. L'entremêlement entre les ministres des Mines et des Affaires municipales fut poussé tellement loin que c'est le Ministre Bachand qui a dû publiquement rappeler à l'ordre l'ex-préfet de la MRC du Fjord et actuel député du comté de Dubuc et rappeler à tous que seul le gouvernement du Québec est autorisé à percevoir des redevances minières.

Enfin madame la Ministre, la campagne étant terminée, il serait maintenant temps de ne plus tolérer que la filière soit toujours diaboliser. Il n'y a aucun gain à accorder de la crédibilité aux slogans du type la loi des mines est désuète, les minières ne paient pas leur juste part, des centaines de familles subissent des préjudices par manque de contrôle ou encore il y a des mines qui s'ouvrent partout au Québec! Le rapport du Vérificateur général de 2009 n'est également plus d'actualité et n'est plus une référence dans le débat.

La filière minérale québécoise s'attend à ce que vous manifestiez de l'ouverture, du dialogue, et de l'écoute à son égard et que vous fassiez preuve de discernement qu'ont peu manifesté à ce jour les opposants au développement responsable de nos ressources.

Vous trouverez que tous les milieux économiques du Québec vous appuierons dans vos démarches si vous cherchez à établir un véritable équilibre entre l'expansion économique, le progrès social et la protection de l'environnement au sein du secteur minier.

Une telle coopération ne pourra par contre s'établir si votre prochaine déclaration contribue à mettre en péril la filière minérale québécoise qui cherche toujours à stabiliser sa viabilité.