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Migrations Québec-Canada et vieillissement: un canular

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Il nous arrive souvent de laisser filer quelques affirmations étranges parce qu'elles sont sans importance. Mais lorsqu'il y a répétitions, il faut intervenir avant qu'elles ne se propagent davantage. C'est le cas d'un soi-disant effet des migrations entre le Québec et le Canada anglais sur le vieillissement de notre population.

Trois publications ont récemment exagéré cet effet:

• selon la nouvelle Politique québécoise en matière d'immigration1, notre «solde migratoire interprovincial négatif» serait l'un des principaux facteurs ayant conduit au vieillissement (nov. 2015, p. 5) ;
• dans La migration interprovinciale au Canada [...], l'Institut Fraser déclare que les migrations interprovinciales constituent «l'une des raisons pour lesquelles la population du Québec est plus âgée que celle du reste du pays» (juin 2016, p. 18) ;
• commentant notre billet du 27 juillet 2016, un chercheur affilié de l'Institut Fraser s'inquiète, dans le Huffington Post Québec, «que la migration sortante nette du Québec tend à toucher davantage les plus jeunes» (2 août 2016).

Aucune de ces sources ne renvoient à des ouvrages crédibles ; aucune ne quantifie cette assertion. Elles se contentent d'affirmer comme s'il s'agissait d'une évidence.

Des sociétés vieillissantes

Convenons sans ambages que le Québec, à l'instar de l'ensemble du Canada, est une société vieillissante. En témoigne : l'âge moyen de leurs populations respectives.

Au cours des quatre dernières décennies, le Canada a inexorablement vieilli. Agé de 30,6 ans en moyenne en 1971, la population du Canada atteignait 39,8 ans en 2011. Plus jeune que l'ensemble de la population canadienne en 1971 avec un âge moyen de 29,9 ans, le Québec a connu un vieillissement accéléré. Ainsi, en atteignant une moyenne de 40,9 ans en 2011, il dépassait l'âge moyen du Canada.

Bien que vieillissante elle aussi, l'Ontario a évolué en sens contraire du Québec eu égard à l'ensemble du Canada. En effet, à la fois plus âgée que le Québec et l'ensemble du pays en 1971 avec un âge moyen de 31,1 ans, l'Ontario a glissé sous la moyenne canadienne. En 2011, l'âge moyen de la population ontarienne se situait à 39,6 ans. Il était aussi inférieur à celui du Québec.

Pour mesurer l'impact d'un facteur démographique sur une population, la démographie dispose d'une méthode qui consiste à refaire les calculs en l'absence du facteur concerné. Ainsi, pour contrer l'idée voulant que nos déficits migratoires avec le Canada anglais aient un important effet sur le vieillissement de la population québécoise, nous avons recalculé l'âge moyen de la population «en l'absence de migrations interprovinciales».

Nous nous sommes limités à deux périodes quinquennales contrastées et éloignées dans le temps : 1976-1981 et 2006-2011. Le premier lustre a été marqué par un déficit migratoire très élevé (pertes de 156 600 personnes), par l'élection du Parti québécois et la tenue d'un référendum sur la souveraineté (1980). Le second, beaucoup plus récent, est l'un de ceux qui montrent de faibles pertes migratoires (moins de 40 000 personnes) ; le gouvernement provincial était alors celui du Parti libéral du Québec, résolument fédéraliste.

Migrations et vieillissement

Le TABLEAU 1 présente les résultats de nos compilations d'après les données annuelles de Statistique Canada.

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Au cours des années 1976-1980, le Québec a perdu 278 800 habitants en faveur du Canada anglais. Âgés en moyenne de 28,8 ans, ces «sortants» comptaient 4 années de moins que la population en général (32,78 ans en 1981).

Avec seulement 122 200 «entrants» venues du Canada anglais, le Québec a connu son plus grand déficit quinquennal en 40 ans. Bien que l'âge moyen des entrants n'était que de 25,5 ans, ils n'étaient pas assez nombreux pour compenser les pertes, encore moins pour «rajeunir» la population.

Malgré l'importance du déficit migratoire de cette époque, son effet sur l'âge moyen est minime. En l'absence de migrations interprovinciales entre 1976 et 1980 inclusivement, l'âge moyen de la population du Québec en 1981 aurait été de 32,75 ans au lieu de 32,78 ans. Il s'agit donc d'un ajout de 3 centièmes d'année, soit une douzaine de jours, à l'âge moyen de la population du Québec!

Or, comme l'âge moyen en 1976 était de 31,35 ans, on peut aisément calculer que la part des migrations interprovinciales dans le vieillissement de la période 1976-1980 n'a été que de 2,3 %!

Entre 2006 et 2011, l'âge moyen de la population du Québec est passé de 39,78 ans à 40,88 ans. Le départ de 140 000 personnes à destination d'une autre province ou d'un territoire n'a été que partiellement compensé par l'entrée de 100 400 personnes venues du Canada anglais. De plus, notons que les sortants avaient en moyenne 31,8 ans alors que les entrants étaient plus âgés d'une demi-année (âge moyen de 32,3 ans).

Et l'Ontario dans tout ça?

Tout compte fait, l'âge moyen de la population québécoise en 2011, en l'absence de migrations interprovinciales entre 2006 et 2011, aurait été de 40,83 ans, pour une différence de 5 centièmes d'année, ou 18 jours. Ainsi, la part relative des migrations intracanadiennes dans le vieillissement du Québec en 2011 n'aura été que de 2 %.

Force est donc de conclure que l'effet des migrations interprovinciales sur l'âge moyen de la population du Québec en 1981 et 2011 a été de nature homéopathique. Ce n'est certainement pas pour cette raison que le Québec est plus âgé que l'ensemble du Canada, voire plus vieux que l'Ontario.

En procédant aux compilations exigées par ce billet, nous avons remarqué que l'Ontario a connu un déficit migratoire de tous les groupes d'âge de moins de 40 ans entre 1976 et 1981. La situation a empiré à cet égard entre 2006 et 2011, car le déficit touche alors tous les groupes sous 70 ans. Il est pour le moins étonnant que l'Institut Fraser ne s'inquiète pas autant des pertes de la «jeunesse ontarienne» qu'elle ne l'a fait pour le Québec!

1Ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Ensemble, nous sommes le Québec. Politique québécoise en matière d'immigration, de participation et d'inclusion, Québec, Gouvernement du Québec, 2015, xiv-61 p.

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