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Tango de Montréal

04/05/2014 09:20 EDT | Actualisé 04/07/2014 05:12 EDT

De l'adhésion à la société distincte

Tous ces débats autour d'une charte des valeurs, puis de la laïcité, et cette campagne électorale où le PQ s'est battu lui-même par des attitudes électoralistes reposant sur une fragmentation de l'opinion, auront fait mal. On aura perdu de vue le substantifique désir d'accueil, de tolérance et d'intégration positive à la société distincte de langue et de culture. Voyez-y plutôt l'expression d'un sentiment de désespoir au cœur d'une société résiliente de mener à bien un combat démesuré sans l'intégration des nouveaux arrivants à ce formidable projet qui consiste à perpétuer et à faire progresser de façon viable les fondements de la société francophone, tant québécoise que canadienne-française. Beaucoup de Québécois ne se reconnaissaient pas dans la formulation restrictive, légaliste et «potentiellement et de façon ostentatoire» discriminatoire dudit projet de loi.

Il inscrivait un égarement par rapport aux valeurs profondes de liberté de conscience, d'amour de la liberté, de la terre et de la Patrie, dans le respect de valeurs universelles d'égalité, de fraternité, de solidarité... L'esprit des Lumières se marie, ici au Québec, au pragmatisme et à des prolongements de la culture religieuse patrimoniale et ce, dans le respect du pluralisme.

Ainsi, le Québécois, au-delà des orientations politiques et de la pluralité culturelle, se reconnaît dans les qualités humaines et les compétences professionnelles des autres. Il aime rire, chanter, fêter et recevoir, etc., et il reconnaît le formidable apport à la société québécoise et canadienne-française...

Les caractères forts, résilients et déterminés - d'homme révolté, dans un sens générique - font d'immigrants des fils et des filles en descendance directe des patriotes.

La révolte contre l'injustice est une attitude de l'être humain qui croit en la dignité humaine de chacun des citoyens. Au cœur de tout homme de cœur, il y a quelqu'un qui souffre des drames des autres; et la compassion est une qualité en laquelle on reconnaît un frère d'armes et de raison, nonobstant les différences d'origine.

Il semble y avoir chez eux, migrants, un peu de la nostalgie qui les unit aux Canadiens errants. Ils sont de moi comme moi d'eux, en un nous solidaire, libéralement libres...

On croit en eux en les écoutant et en les regardant dans les yeux; on croit en la conviction affirmée de vouloir servir leurs citoyens et à l'honnêteté de leur implication citoyenne et communautaire ...

J'en appelle du formidable témoignage de M. Gérald Godin, poète et politicien :

Tango de Montréal

Sept heures et demie du matin métro de Montréal

c'est plein d'immigrants

ça se lève de bonne heure

ce monde-là

le vieux cœur de la ville

battrait-il donc encore

grâce à eux

ce vieux cœur usé de la ville

avec ses spasmes

ses embolies

ses souffles au cœur

et tous ses défauts

et toutes les raisons du monde qu'il aurait

de s'arrêter

de renoncer

Gérald Godin, député de Mercier

Devant la commission parlementaire sur le projet de loi 60, Charte affirmant des valeurs, nombreux auraient souhaité inviter les partis de l'Assemblée nationale à adopter les dispositions qui font consensus, et à simplifier la lettre du projet de loi à des balises consensuelles contribuant à la cohésion sociale d'une société distincte, résolument respectueuse de ses traditions et des fondements de son identité culturelle et linguistique.

Nous exprimons l'idée humaniste selon laquelle la tolérance de la société démocratique qui incite à accueillir l'étranger et â le convier à s'engager dans un processus d'intégration positive constructive ne veut pas dire qu'on se refuse à signifier le respect préalable des valeurs démocratiques et des valeurs patrimoniales et à ne pas opposer des actions justes et équilibrées envers ce qui ou ceux qui la menaceraient. La naïveté n'est pas l'avenir d'une société ouverte, il dépendrait entre autres choses de la prise de conscience éclairée des risques que pourrait faire peser l'intégrisme dans un sens large.

Au-delà des législations linguistiques, la quête pour la langue identitaire française au Canada et au Québec demeure une bataille pour la conquête des esprits, des cœurs, et des engagements conséquents...

M. Maka Kotto est un exemple d'une intégration réussie dans ce pays francophone où tout reste à faire.

Cet homme politique à la voix douce, dévoué et consciencieux, est aussi connu pour avoir du charisme, le verbe et le sourire faciles. Il est apprécié de ses constituants. Autant d'atouts qui permettent d'intégrer dans le giron souverainiste nombre de migrants...

«Mais pourquoi vous, à l'origine immigré, en êtes-vous arrivé à vous engager pour la cause souverainiste? Par engagement politique ?

- Plutôt par humanisme. Ce peuple, qui ne représente que 2 % des francophones dans le monde, est totalement immergé dans l'espace économique américain, qui veut le contrôler, l'envahir. J'ai pris fait et cause pour les Québécois qui, depuis quatre siècles, ne veulent pas disparaître. C'est cela qui me touche. Si c'était des Anglophones qui avaient subi ce destin, j'aurais adopté la même position. Ce que nous réclamons, ce n'est pas une souveraineté contre les autres, mais une souveraineté pour notre survie.» M. Maka Koto, en entrevue à Afrique magazine

Un message rassembleur

Je vais vous livrer un message rassembleur que vous ne direz à personne...

Vouloir être d'une société distincte de langue française constitue une quête qui vaut la peine que l'on meurt pour elle, une cause répondant profondément à un idéal de la jeunesse ...

Nous sommes loin d'un état de fait juste entre les peuples fondateurs de la Confédération. Une machiavélique politique nous aura éloignés de la juste formule du B&B, donc d'un équilibre viable pour le fait français au sein de la Confédération. Par conséquent, l'option souverainiste, reprise sur des fondements d'inclusion, d'intégration positive, et toujours résolument d'expression française, se justifie et s'impose même à tout humaniste.

Devenir Québécois, c'est un peu entrer dans la souffrance d'être un peuple minoritaire, mais en même temps avoir le courage d'entrer dans l'espérance d'un noble combat et d'un idéal chevaleresque...

Un Canadien errant

Un Canadien errant a été écrit en 1842 par Antoine Gérin-Lajoie après la rébellion du Bas-Canada de 1837. Plusieurs patriotes seront condamnés à mort, d'autres seront exilés. La chanson traduit la tristesse et la douleur de l'exilé. Elle aura aussi une signification particulière pour les Acadiens qui souffrirent de la Grande Déportation entre 1755 et 1763.

Références

- Catholiques dans un Québec pluraliste, un message pastoral de l'Assemblée des Évêques du Québec

- Déclaration d'engagement au respect des valeurs communes de la société québécoise

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Montréal la nuit par Luc Girouard


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