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Le passé imparfait: nouvelles du «Comandante» Fidel Castro Ruz (1/2)

26/07/2014 09:08 EDT | Actualisé 25/09/2014 05:12 EDT

Un des désavantages inhérents à la longévité du régime castriste consiste à susciter une solide quantité de témoignages proposés par d'anciens serviteurs et ex-compagnons du barbudo (1) en chef. Celui de Juan Reinaldo Sanchez est capital, dans la mesure où cet ex-officier du Minint (2) a été le principal garde du corps de Fidel Castro Ruz pendant 17 ans, vivant presque tout son temps, sans partage, au service du jefe (3). Triste ironie du sort, il est emprisonné à son tour, de 1994 à 1996, pour avoir osé demander la permission de quitter son poste qui le rattachait au premier cercle de la direction politique cubaine. Il a réussi, suite à moult tentatives avortées, à quitter l'île pour les États-Unis en 2008. Sanchez a énormément aimé, voire même adulé son patron, jusqu'à ce que se lézarde graduellement sa foi en celui-ci et en cette révolution qu'il a servie durant vingt-six ans. La terrible affaire Arnaldo Ochoa, en 1989, suivie de l'emprisonnement et de la mort du grand chef du Minint, Jose Abrantès, ont eu raison de son aveuglement face au pouvoir castriste. Il s'est juré de révéler, dès qu'il serait libre, ce qu'il savait de ce régime et de ses pontes, afin que le monde sache la vérité à propos de Castro et du régime «communiste» totalitaire le plus tenace de la planète. (4)

De quelques faits ou événements non connus du castrisme

Il était de notoriété publique que Fidel Castro Ruz déteste que soit révélé tout ce qui concerne sa vie privée. Conséquemment, il aurait accordé une attention très particulière à conserver le grand secret relatif à son île privée, Cayo Piedra, située au sud-ouest de Cuba. Sanchez, qui s'y est rendu des centaines de fois, nous en fait une description assez complète et pour le moins étonnante. C'est un pêcheur du coin, en 1961, qui aurait fait connaître ce lieu idyllique à Castro. Il est composé de deux îles, que le Caballo (5) a fait relier par un pont, de deux maisons, d'une marina pouvant accueillir l'Aquarama II, son bateau privé de 27.5 mètres, d'une plage, d'une piscine, d'un restaurant installé sur le ponton en bordure de mer et d'un élevage de tortues, histoire de régaler la famille et les très rares invités de l'île où Fidel vient passer tous les mois d'août, de même que les fins de semaine de la saison la plus chaude. L'Aquarama II et les deux vedettes qui l'accompagnent sont amarrés à la Caleta Del Rosario, à Playa, Giron (6) la marina secrète du Comandante (7).

Dans son quotidien, Fidel est presque toujours accompagné par Domingo Mainet, chef de l'escorte, de Sanchez, son principal garde du corps, de «Pepin», son aide de camp et du Dr Eugenio Selman, son médecin personnel. Obsédé par le contrôle, la surveillance, le contre-espionnage et aussi très peu disposé à la famille, il passe le plus clair de son temps en compagnie de ce premier cercle. À part la politique, sa passion dominante consiste en la plongée sous-marine, nocturne de préférence, à laquelle il se livre surtout à Cayo Piedra. Contrairement à la majorité des Cubain(e)s, Castro n'aime ni la musique ni la danse. Depuis 1966, il joue au généticien et s'enivre de science animale, dans laquelle il s'imagine constituer une sommité apte à discuter avec les plus grands spécialistes du pays. Outre le Palacio de La Revolucion (8) où il a son bureau de travail officiel, il possède une résidence principale à Punto Cero, à l'ouest de la capitale près de la marina Hemingway, un domaine complet avec divers bâtiments, parcs, jardins, élevages...Il passe également beaucoup de temps à «La 160», dans le quartier Siboney, six hectares destinés à la sécurité personnelle de Castro, de même qu'à la logistique du régime. On y trouve des ateliers de réparation automobile, des armureries, des garde-manger et chambres froides pour lui et sa famille, des animaux, d'élevage, une fabrique de crème glacée, le musée des cadeaux reçus par le chef de la révolution, un cinéma et une maisonnette où il reçoit ses petites amies dans la plus grande discrétion.

Le grand barbudo a été deux fois marié, d'abord à Mirta Diaz-Balart (1948-1955), puis avec Dalia Soto Del Valle (1980) avec qui il est lié depuis 1961, bien que les Cubains ne l'aient pas officiellement «vue» avant 2006 ! Ensemble, ils ont eu cinq enfants, lesquels n'ont pas côtoyé ceux de Raul avant l'âge adulte, bien qu'ils vivaient dans un périmètre assez rapproché.

Fidelito, le fils qu'il a eu avec Mirta Diaz-Balart, avant son divorce et son exil en Espagne, ne serait pas l'aîné, puisqu' un autre fils, Jorge Angel, l'aurait devancé de quelque six mois. Il s'agirait du fruit d'une liaison passagère avec une admiratrice de la région de Camagüey, Maria Laborde.

Sanchez nous apprend que son patron ne roule que dans l'une de ses Mercedes 500, blindées et aménagées selon ses critères et qu'il dispose d'un sosie, Silvino Alvarez, qui prend sa place dans l'une des belles Allemandes, quand Fidel souffre d'une maladie qu'il cache à tout le monde, y compris à son irremplaçable frangin Raul. Avant ses ennuis de santé et son retrait de la scène politique, il a vécu deux crises sérieuses de santé, l'une en 1983 et l'autre en 1992 laquelle a failli le faire trépasser. C'est à cette occasion que le colonel Sanchez a fait la découverte, au Palacio de La Revolucion, de la clinique secrète et personnelle du «jefe», entièrement équipée à la High-tech et disposant d'un groupe de médecins d'élite au service du malade suprême. Même Raul ne savait rien de cette clinique. Paranoïa de tyran oblige !

Sanchez était entre autres chargé de tenir la Libreta, un compte-rendu quotidien de toutes les activités du «Lieder Maximo» (9). Toutes les rencontres avec ses interlocuteurs, pour satisfaire l'obséquiosité maniaque du patron, devaient être filmées ou enregistrées.

Il y aurait beaucoup à dire sur la relation que nourrissent les deux frères Castro Ruz, Fidel et Raul. Ils sont certes très proches. L'aîné n'aurait une confiance totale qu'en son frère Raul, même s'il lui cache des choses et qu'ils vivent largement en vase clos, chacun de leur côté. Raul est très familial et à la Rinconada, sa demeure de la Calle 222 dans le quartier Nuevo Vedado de La Havane, il se plait à organiser chaque semaine des BBQ où la famille se retrouve, sans trop pouvoir compter sur la présence du grand frère, peu sociable en matière de liens héréditaires.

Sanchez a beaucoup voyagé dans le but d'escorter et de voir à l'organisation complète de la sécurité du patron dans ses déplacements où il n'oublie jamais (ou presque) de faire transporter son lit et ses... chaussons. Il nous apprend qu'en 1986, au 8e Sommet des Non alignés à Harare au Zimbabwe, la délégation cubaine a acheté deux maisons, fait creuser un abri anti bombardement de dix mètres de profondeur, qu'elle a requis les services de cent trente gardes du corps et englouti deux millions de dollars, pour cinq jours de présence dans ce pays. La même année, pour soi-disant rendre la politesse à Kim Il-Sung, Castro et son escorte se sont rendus à Pyongyang, en Corée du Nord. Ils y ont découvert un pays de pénuries, à la discipline tortionnaire, truffé de micros et à la rigidité cadavérique, sur les plans économique et social. Ne négligez surtout pas la lecture du passage dans lequel Sanchez dévoile «le secret» de la rigueur des rangées humaines coréennes qui applaudissent les invités sur leur passage en direction de la capitale (10).

Pour lire la suite de ce billet, c'est ici

(1) Littéralement, le barbu, comme l'étaient les insurgés de la Sierra Maestra de 1959.

(2) Ministère de l'intérieur.

(3) Littéralement, le chef.

(4) Juan Reinaldo Sanchez, La vie cachée de Fidel Castro, éditions Michel Lafon, Paris, 2014, 329 pages.

(5) Littéralement, le cheval, un des surnoms de Fidel Castro.

(6) Plus connue sous le nom de Baie des Cochons.

(7) Ainsi le nomment ses acolytes de son escorte personnelle.

(8) Ancien Palais Présidentiel, notamment sous Fulgencio Batista, que Fidel a renversé en janvier 1959.

(9) Littéralement, le grand chef.

(10) La vie cachée de Fidel Castro, page 231

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