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Denis Diderot : le plaisir de penser, d'écrire et de partager (1/3)

07/11/2013 11:50 EST | Actualisé 07/01/2014 05:12 EST

Le 5 octobre 2013, c'était l'occasion pour plusieurs de souligner le tricentenaire de la naissance de Denis Diderot. Cet homme exceptionnel, en plus de piloter durant plus de vingt-cinq ans le projet de l'Encyclopédie française des sciences, des arts et des métiers, a rédigé, tel un forcené, quantité de romans, d'essais, de théâtre, de critiques et d'articles savants... sans oublier les milliers de lettres écrites à des proches, amis, amoureuses ou collaborateurs.

Ce natif de la Haute-Marne fut une personne de tête, de cœur, de fidélités et de convictions, pour lesquelles il a été conduit, et ce n'est pas un cliché ni une figure de style, à foncer et à en découdre avec les mille et un obstacles et contrecoups de sa situation d'écrivain dans un siècle de censure et de répression sans nom.

Durant cette époque foisonnante de guerres, de découvertes et d'inventions, de censure et d'absolutisme, Diderot s'est montré habile à porter avec opiniâtreté et sans compromis significatifs avec les puissants, ses projets et ses entreprises. Souhaitons que cet anniversaire puisse contribuer à le sortir de l'ombre partiel que le succès de ses contemporains, Voltaire et Rousseau, a entrainé.

De sa famille

Issu d'une famille d'artisans-couteliers habitant dans la petite commune de Langres, à trois cents kilomètres au sud-est de Paris, Denis a été l'aîné d'une fratrie dans laquelle seulement quatre des six enfants du couple parental, se sont rendus à l'âge adulte. Sa sœur, Angélique, mourra au couvent, sa seconde sœur, Denise, tiendra la demeure familiale et Didier se fera chanoine, alors que Denis sera envoyé dans la capitale afin d'y devenir, selon les vœux paternels, serviteur de l'Église catholique.

Une fois installé à Paris, il y étudiera, entre autres sujets, la philosophie et la théologie au lycée Louis-le-Grand et en Sorbonne. Il se mariera et aura trois garçonnets sans que sa famille de Langres en soit officiellement informée.

De son mariage avec Anne-Toinette Champion, seule leur fille Marie-Angélique survivra parmi leurs quatre enfants. Denis finira par se réconcilier avec son père et sa sœur Denise, alors que ses relations avec son frère Didier seront, durant une longue période, houleuses avant de finalement s'éteindre complètement.

Dès son plus jeune âge, ce futur boulimique de la lecture, de la réflexion et de l'écriture, manifestera un intérêt hors du commun pour les études de toute nature. Les pressions familiales destinées à en faire un homme d'Église ne feront que le convaincre de s'opposer et même de devenir un pourfendeur sans réserve de l'Église et de la foi qu'il qualifiera sans réserve d'obscurantisme.

De quelques amitiés avortées

L'abondante et incomplète correspondance de Diderot témoigne, sans l'ombre d'une hésitation, de la qualité, de la fidélité et de la grande transparence de Denis dans ses multiples et importants liens d'amitié tout au long de sa vie aux nombreuses vicissitudes.

Par delà moult différences de vues et de tempérament, Denis et Jean-Jacques Rousseau ont vécu une amitié intense et souvent difficile, qui se terminera d'une façon abrupte, seize années après leur rencontre à Paris dans un café de joueurs d'échecs. Une rupture qui fut la conséquence d'une affaire de révélation indiscrète, elle-même reliée à une histoire d'amour secrète que vivait Jean-Jacques pour la dame Sophie d'Houdetot, belle-sœur de madame d'Épinay, qui a longtemps hébergé Rousseau, sa femme et sa belle-mère. Ce sera donc l'amitié stimulante de leurs premières années d'écriture, confrontées à la délation, la censure, la répression et de si nombreuses querelles religieuses (jésuites et jansénistes...), idéologiques (matérialistes et déistes...) et politiques (le roi et les parlements...) que le XVIIIe siècle français connaîtra avant la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789.

Vers 1750, Jean-Jacques et Denis formeront un inséparable trio avec le jeune baron allemand Melchior Von Grimm. L'amitié de Diderot pour Grimm, à la limite de l'attachement homosexuel, survivra à celle avec l'auteur du Contrat social et cela jusqu'au moment où Melchior deviendra marchand d'objets de luxe pour les princes et diplomate pour différentes têtes couronnées d'Allemagne et d'Europe. Malheureusement, plus tard, Grimm ne se privera pas pour faire preuve de déloyauté triviale à l'endroit de son ancien ami et compagnon de l'Encyclopédie.

D'une autre texture, pour ainsi dire, Denis Diderot tissera un lien fécond avec Jean le Rond dit d'Alembert, jeune prodige (à vingt-six ans) de mathématiques et de physique, avec lequel il portera à bout de bras le projet de l'Encyclopédie, jusqu'au moment où d'Alembert s'en retirera, afin de se protéger et de se consacrer à sa carrière de scientifique et d'académicien bien loti.

Des quatre libraires qui ont assumé la réalisation de l'Encyclopédie, Diderot a développé un lien amical avec le principal responsable de l'édition, celui avec qui il a travaillé des milliers d'heures, André-François Le Breton. Cette longue relation connaîtra son terme, en 1764, lorsque Diderot découvrira que son collaborateur a manipulé et réécrit certains textes de l'Encyclopédie, avant de les expédier aux imprimeurs et cela dans le but de se soustraire à la censure et aux pertes de revenus qui s'en suivraient.

De quelques amitiés durables

Mort à quarante-cinq ans, en 1768, Étienne-Noël Damilaville, comme son nom peut le suggérer, a été un ami fort apprécié de Voltaire (qui n'a rencontré Diderot qu'une seule fois en 1778), de Grimm et de Denis. L'Encyclopédiste en chef a été grandement attaché à Damilaville, qu'il a visité jusqu'aux dernières heures avant son trépas. Ce joyeux bougre, procureur, ancien garde du corps du roi et employé au contrôle général des Finances, sera aussi l'auteur de plusieurs entrées de l'Encyclopédie. Son départ précoce chagrinera beaucoup ses amis et sa maîtresse, Jeanne de Maux qui deviendra, avec l'accord préalable du défunt, l'égérie de Diderot.

Parmi ses collaborateurs de longue date à l'Encyclopédie, Denis Diderot développa une franche et tenace amitié avec Paul-Henri Thiri, baron d'Holbach. Il passera des soirées, des diners et même des saisons entières au château de Grandval à Sucy-en-Brie ou sur la rue Royale à Paris, à discuter sciences, philosophie et à pourfendre l'absolutisme et la créance. Lorsque Denis s'éteindra, le samedi 31 juillet 1784, le baron sera présent au 39 rue de Richelieu, avec les proches et quelques amis tels Jacques-André Naigeon, son exécuteur testamentaire et responsable de la publication de ses oeuvres complètes.

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