Michel Lambert

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La Rebelle Province

Publication: 03/06/2012 00:36

Au moment d'écrire ces lignes, la très prévisible nouvelle de la rupture unilatérale des négociations par le gouvernement Charest vient de tomber. Les infimes lueurs d'espoir qu'avaient fait poindre plusieurs jours de discussions se sont tues. Les négociateurs étudiants avaient pourtant accepté le cadre financier gouvernemental. Au nom de la paix sociale, ils avaient aussi envisagé de financer en partie la hausse du financement universitaire par la perte d'avantages fiscaux personnels pour les étudiants.

Mais le gouvernement refuse une sortie de crise où les associations étudiantes ne s'écraseraient pas complètement. Le compromis est insuffisant et Michèle Courchesne doit claquer la porte. Plus tard, Jean Charest rappelle une fois encore que la « solution » à la crise devra maintenir le problème initial! Arrogance et mépris comme au jour 1. Clairement, les étudiants ne flancheront pas.

Car les étudiants ont déjà gagné!

Il ne faut pas se leurrer. À court ou moyen terme, la victoire étudiante sera sans doute réelle dans son impact sur la hausse initialement exigée. En partie du moins. Mais elle est déjà beaucoup plus large que cela. L'action étudiante a ouvert une boite de Pandore trop longtemps fermée. Les impacts sur la stratégie néo-libérale de Jean Charest sont dramatiquement réels avec notamment une stratégie électorale totalement déboussolée. Le matamore Charest qui rêvait d'une élection rapide sur le dos d'une jeunesse mise au pas est coincé et risque à terme de perdre gros, très gros! Les stratèges libéraux s'arrachent les cheveux rien qu'en pensant à de prochaines élections qu'on parle maintenant de repousser à l'extrême limite admissible.

Mais ce que le mouvement étudiant a accompli de plus grand encore fera histoire. Déjà, les liens entre les incroyables manifestations populaires du 22 mars (la hausse), 22 avril (le bien commun et l'environnement) et 22 mai (la désobéissance civile) parlent d'eux-mêmes. Nous avons clairement migré d'un enjeu théoriquement spécifique à la classe étudiante à une remise en question fondamentale d'un système exclusivement économiste (la lutte aux déficits comme unique plan de match), corrompu, qui favorise l'exclusion et qui est mis de l'avant comme l'unique solution par nos gouvernements depuis des lustres. Nos jeunes disent « non » et avec eux, des milliers d'autres prennent maintenant conscience de l'abrutissement qui nous est exigé. Les nuées de personnes, des mouvements de quartiers totalement spontanés et unificateurs, qui descendent dans la rue chaque soir pour battre leurs casseroles n'appellent pas que des élections ou encore la démission de Jean Charest. Elles appellent clairement à un autre contrat social, un « new deal », qui sera basé sur le respect, mais surtout sur les droits à une vie décente, un environnement sain, une démocratie de tous et pour tous.

Les bras ouverts

Et entre deux coups sur les casseroles, c'est tout le Québec qui prend son air! Et tout le monde avec lui. Car pour des millions maintenant, partout, de Denver à Paris en passant par le Caire ou Ramallah, ce « printemps érable » s'inscrit clairement dans un mouvement mondial, qui va des révolutions arabes aux manifestations grecques et espagnoles, ou encore au mouvement Occupy en lutte contre l'austérité. La solidarité internationale qui déferle de partout est indéniable et quoiqu'en dise Monique Gagnon-Tremblay, ce n'est pas des futilités!

Et ces regards qu'on nous porte maintenant de partout ouvrent une incroyable opportunité. Hier, les casseroles se sont fait entendre à Toronto, Vancouver, Kitchener, Calgary et j'en passe. Les mouvements étudiants pancanadiens visent eux aussi à lancer un débat sur l'accès à l'éducation. Les organisations et mouvements environnementaux canadiens furent fascinés par le 22 avril à Montréal et veulent prendre la balle au bond. Tout indique qu'il est grand temps de ré-ouvrir un vieux rêve et de tendre la main aux progressistes de partout au Canada pour bâtir un mouvement qui s'attarde aussi au gouvernement canadien.


78 et 38 ; mêmes combats

Car tristement, pendant que s'écrit l'histoire au Québec, le gouvernement de Steven Harper en profite pour passer un sapin historique avec sa loi C-38 qui s'attaque directement aux droits des réfugiés, aux travailleurs et aux prestataires de l'assurance-emploi, aux règles environnementales ; tout ça sous le couvert d'un loi « budgétaire ». Avec l'objectif de favoriser les exportations de pétrole des sables bitumineux, Steven Harper modifie d'un coup de baguette 753 clauses de plus de 70 lois du pays. Manon Cornelier écrivait récemment : « s'il y parvient en ne provoquant que des vaguelettes à l'extérieur du Parlement, il conclura que son approche intimidatrice est la bonne - encore - et que son gage de succès est de récidiver. »

Ce qui se passe au Québec maintenant indique que nous avons la maturité politique pour relever ce défi. Ce qui se passe à Ottawa implique que nous avons le devoir de le faire pour les générations futures.

L'heure est venue de dépasser les vieilles rancunes de nos deux solitudes. Les progressistes de partout au Canada regardent cette rebelle province et y voient une locomotive. C'est un rendez-vous historique.

Un Forum social des peuples au Canada

Un processus est déjà en marche. Dans les derniers mois, des rencontres se sont tenues à Montréal, Ottawa, Toronto et Vancouver. D'autres sont à venir et l'automne devrait lancer officiellement un processus qui nous mènera à un large Forum social en 2014, tout juste avant les élections fédérales. Nous pouvons construire une alliance extra-parlementaire Québec/Canada/Nations autochtones qui fera à Steven Harper ce que la population du Québec fait présentement à Jean Charest, c'est-à-dire contester fortement ses politiques et exiger son départ. Ce que nous obtiendrons.


Un Festival des solidarités

Alternatives organise ce samedi 9 juin une rencontre dans ce sens. Des militants et des organisations de partout au Canada et au Québec seront présents pour discuter de ces enjeux. Gabriel Nadeau-Dubois, Brigette Depape (la page du discours du trésor qui arbora le « Stop Harper »), Patrick Bonin (AQLPA - 22 avril), Hervé Kempf (auteur de « Comment les riches détruisent la planète »), Jacques Létourneau, Louise Vandelac et plusieurs autres seront présents. Plusieurs groupes musicaux seront aussi des nôtres pour célébrer avec nous, avec vous, nos solidarités. Toutes les infos sur alternatives.ca

C'est aussi un rendez-vous.

 

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