Michel Lambert

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Quand la Coopération s'indigne!

Publication: 5/03/2012 08:28

L'Agence canadienne de développement international lançait le 13 février dernier un nouveau Fonds canadien pour des projets d'adaptation aux changements climatiques en Afrique. L'annonce ouvre un processus compétitif qui, au total, permettra de sélectionner quelques 10 projets pour un maximum de 20 millions dollars pour tout le Canada. Si l'intention apparait à prime abord valable, au Québec, plusieurs organisations de solidarité internationale trouvent au contraire que cette nouvelle initiative du Gouvernement Harper ajoute l'insulte à l'injure.

La coopération sous Harper

Un nombre important d'organisations de coopération internationale établies depuis des dizaines d'années, canadiennes mais surtout québécoises, ont vu leurs ressources stagner (au mieux) mais surtout diminuer depuis l'arrivée en poste du Gouvernement Conservateur. Depuis 2009 plus précisément, des groupes ont été ciblés directement pour leurs visions politiques différentes de celles du parti au pouvoir, mais davantage, c'est maintenant tout le système de l'Agence canadienne de développement international (ACDI) qui est en mutation et qui, sous sa nouvelle forme, ne leur fait plus de place. Beverly Oda, l'outrageante Ministre du développement international qui avait fait tomber le précédent gouvernement pour avoir justement menti au Parlement concernant sa gestion de l'Agence, le répète à tous vents : les organisations canadiennes ne sont pas des partenaires de l'ACDI. À court et moyen termes, il est maintenant réaliste de croire que ce sera la majorité des petites et moyennes organisations de solidarité et de coopération québécoises et canadiennes qui entreront dans des épisodes de crises financières.

Les résultats des deux derniers appels à projets de l'ACDI laissent d'ailleurs présager du pire pour les organisations québécoises qui n'ont récolté que 0,6 % des fonds disponibles alors que plusieurs sociétés sans expertise établie - et notamment originaires de l'Alberta ! - se sont elles vu accordé de bonnes notes. Devant ces faits, on pouvait tout de même imaginer l'intérêt qu'un nouveau fonds, même limité, aurait dû susciter chez les organisations de solidarité du Québec.

Eh bien NON !

Accepter les changements climatiques, des miettes à la bouche...

D'abord il importe de préciser que le nouveau fonds n'en est pas un de lutte aux changements climatiques, mais vise plutôt l'adaptation à ces conséquences. Contrairement à son discours démagogique habituel, le gouvernement canadien admet ici que les changements climatiques existent, qu'ils auront des effets négatifs dans les pays les plus pauvres et qu'il doit s'en préoccuper.

Les moyens qu'il met en œuvre cependant sont au mieux dérisoires. 20 millions pour 14 pays sur 18 mois d'intervention ne présagent pas de grands résultats. Et on est évidemment bien loin des 14 milliards que le gouvernement du Canada aurait eu à dépenser en compensation pour son refus d'abaisser ses émissions de CO2 dans le cadre de l'Accord de Kyoto qu'il a tristement rejeté. On est même loin des sommes qu'il épargnera chaque année par la mise à pied de centaines d'experts d'Environnement Canada.

Mais surtout, on est ici à des années lumières des millions que rapportent chaque jour la production des sables bitumineux, une des pires industries mondiales en terme d'émission de gaz carbonique et donc hautement responsable des changements climatiques. En fait, la somme pour l'adaptation au problème est si ridicule en comparaison aux profits générés par sa continuation et son aggravation systématique par le Canada, qu'elle en est obscène. Le cynisme du gouvernement du Canada dans le contexte est absolu !

Serrer la main du....

Depuis le 2 mai dernier, l'impudence du gouvernement du Canada est de plus choquante. Avec le lancement de ce Fond, il cherche maintenant à impliquer dans sa démarche des organisations de solidarité et de coopération qu'il affame depuis des mois. Il cherche à leur faire légitimer l'inadmissible d'une politique qui vise d'une part à doubler sa production pétrolière et donc à ne faire aucun effort pour diminuer les émissions canadiennes de gaz à effet de serre et d'autre part, à attaquer ici même tant dans les institutions de l'État que dans la société civile, tous ceux et celles qui auraient une quelconque volonté de faire la promotion d'options plus écologiques.

Pour finir, les organisations qui pourraient être tentées par ce pacte malhonnête seront mises en concurrence les unes contre les autres. Évalués par des critères opaques et au final par des institutions politiques très proches du bureau du Premier Ministre, les grandes gagnantes risquent fort de ne pas être des organisations de coopération établies. Elles proviendront probablement de l'Ouest canadien, seront au mieux en consortium avec une entreprise privée, peut-être même une minière, mais surtout, elles devront démontrer, noir sur blanc car c'est un des seuls critères vraiment clairs, qu'elles soutiennent et adhèrent aux politiques du gouvernement du Canada !!

Pour une véritable politique de solidarité pour le Québec

Réunies en Assemblée générale spéciale le 17 février dernier, les organisations se solidarité du Québec sont pour le moins perplexes. Plusieurs envisagent le plus sérieusement du monde de boycotter cet appel de l'ACDI qui n'est rien de moins qu'une inacceptable instrumentalisation de la coopération internationale.

Car au delà des ressources financières qui ne sont plus ici au rendez-vous (0,6% des fonds en comparaison à 23% en contribution par les payeurs de taxes québécois), la manipulation à un tel niveau de cynisme, des organisations de coopération est tout simplement révoltante.
Au Québec, alors que les organisations d'ici voient dans la solidarité un réel processus de travail en commun, d'alliance avec des peuples et leurs mouvements au Sud sur des enjeux globaux, la pilule Harpeur ne passe pas. Non seulement les organisations d'ici n'obtiennent-elles pas leur juste part, mais le gouvernement canadien les confine dans un rôle d'exécutant, de sous-contractant, sans marge de manœuvre, avec aucune autre perspective que celle de réaliser les rêves du Parti Conservateur.

Le Québec mérite mieux ! Nous pouvons dores et déjà travailler avec les instances provinciales pour définir les grandes lignes de ce que devrait être la coopération internationale version Québec, soit une véritable politique de solidarité qui nous rassemblera et ressemblera. Le précédent existe - le Ministère des relations internationales du Québec met déjà en œuvre des projets de développements avec les organisations de coopération d'ici, et les moyens sont par définition disponibles puisque les québécois et québécoises contribuent déjà à la hauteur de près de 25% au financement de l'Agence canadienne de développement internationale. Louise Beaudoin, la députée maintenant indépendante de Rosemont, lançait en novembre dernier un plaidoyer pour le rapatriement à Québec de ces 800 millions de dollars que les gens d'ici donnent à Ottawa pour la coopération.

Le temps est peut-être venu de pousser plus loin cette réflexion.

 

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