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Investissement Québec: là où l'argent des contribuables se meurt

13/06/2016 08:45 EDT | Actualisé 14/06/2017 05:12 EDT

Les politiciens et fonctionnaires ne devraient pas jouer aux investisseurs avec l'argent des contribuables. C'est une évidence, mais il faut le répéter semble-t-il.

Jeudi, on apprenait qu'Investissement Québec est non-rentable. L'organisme public n'arrive pas à générer suffisamment de rentabilité pour couvrir les intérêts que paie le gouvernement sur l'argent qu'il lui confie.

«Le rendement des capitaux propres s'est établi à 2,42% chez IQ, un pourcentage inférieur au taux d'intérêt que paie Québec sur sa dette. C'est donc dire qu'IQ coûte plus cher à financer qu'il ne rapporte d'argent.» (Ce qui n'empêche pas les dirigeants de s'octroyer des augmentations de 15%, comme le soulignait un chroniqueur économique sur les ondes du 98,5 FM).

Je dois admettre que je ne suis pas surpris. Ni personne au sein de mon équipe à l'IEDM. En 2010, l'IEDM avait publié une étude signée par Claude Garcia sur la Société Générale de Financement (SGF, qui a été fusionnée depuis à IQ).

Selon M. Garcia:

«La SGF a subi des pertes une année sur trois depuis sa création. Toutefois, tant la fréquence que l'importance des pertes ont augmenté de façon substantielle au cours des 10 dernières années. Elle a perdu de l'argent durant six des 10 derniers exercices financiers, ce qui s'est traduit par un solde négatif de 1,07 milliard au cours de cette période.

Les fonds investis par le gouvernement du Québec ont totalisé 2,6 milliards en capital depuis le début. Au 31 décembre 2009, il ne restait que 1,8 milliard. La direction de la SGF a ainsi obtenu un rendement annuel négatif (-1,0%) sur le capital que lui a confié le gouvernement depuis sa création.

Investir dans la SGF entraîne bien plus de risques qu'en achetant des obligations du gouvernement du Québec. Pour compenser ce risque, un rendement acceptable devrait équivaloir, par exemple, à celui des entreprises cotées en Bourse. La Bourse de Toronto a procuré aux actionnaires un taux de rendement annuel moyen de 9,9% depuis 1962.

Si la direction de la SGF avait obtenu un tel rendement depuis 1962, ses avoirs se seraient élevés à 9,2 milliards au terme de 2009. La SGF a donc représenté un coût d'opportunité de 7,4 milliards pour les contribuables québécois, soit la différence entre la somme que l'on aurait obtenue en investissant à la Bourse le capital de la SGF depuis sa création et le montant restant au 31 décembre 2009.»

Comme si le rendement négatif n'était pas assez, d'autres choses clochent chez IQ. Entre autres, la Vérificatrice générale du Québec doute de la fiabilité du rapport annuel d'IQ. Elle dit que la façon dont les chiffres sont présentés ne permet pas de bien jauger l'impact des interventions ni de mesurer leurs coûts totaux.

Et il y a aussi ce «Fonds du développement économique», qui est essentiellement un joujou de politiciens, et qui sert à regrouper les interventions faites par IQ à leur demande. Sans surprise, ce fonds est déficitaire de près de 75 millions $!

Le «soutien aux entreprises» au Québec est devenu une industrie en elle-même, où s'entrecroise une myriade d'organismes de toute sorte. Et c'est sans compter les généreux crédits d'impôt que les contribuables consentent aux fonds de travailleurs comme le Fonds de solidarité et le Fondaction CSN, justement pour que ceux-ci investissent dans des entreprises en démarrage.

Il est sérieusement temps que le gouvernement se «désinvestisse» de cette fonction, où il n'a ni l'expertise ni les incitations nécessaires pour faire fructifier l'argent des Québécois. Non pas qu'il n'y ait aucune personne compétente chez IQ, car il y en a, mais celles-ci doivent évoluer à l'intérieur de contraintes politiques et organisationnelles qui rendent difficiles l'obtention d'un rendement satisfaisant.

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