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Pessimisme ou utopisme?

Peut-on nier notre espérance de voir chez nos élus plus de clairvoyance, de courage, de coopération et moins de partisanerie ?

11/11/2017 08:00 EST
Alextype via Getty Images

À écouter et lire ce que les médias nous rapportent, il est logique de croire que tout va mal dans le monde. Un monde si lointain et si proche à la fois par la magie de la technologie des communications. Et les médias ont justement pour tâche de mettre en scène ce qui s'y passe. Ce qui ajoute à l'angoisse de notre époque, souligne le philosophe Michaël Fcessel: « ...on ne peut pas séparer le monde et ses représentations ou les sentiments qu'il suscite. Autrement dit, le discours médiatique et, plus généralement, les récits et les imaginaires ne sont pas extérieurs au monde qui va mal, ils en font partie ». Le monde va mal, poursuit-il, parce que «l'ordre qui régit les choses collectivement est mal construit ou déficient, qu'il produit de la violence et de l'injustice ».

« L'humanité n'y est plus », aurait ajouté le philosophe Alain. En effet, on ne peut nier le combat de la civilisation occidentale face à la logique développée par l'islamisme conservateur et le djihadisme meurtrier; la terreur détruit tout. On ne peut nier la pensée désertique qui, trop souvent, anime ceux qui nous gouvernent, préoccupés davantage à donner des réponses médiatiques plutôt que politiques aux problèmes posés. On ne peut nier les défis que pose le flux des migrants. On ne peut nier que la démocratie se porte mal, bafouée par les manœuvres secrètes et malveillances russes ou l'impérialisme chinois par exemple. On ne peut nier la montée du populisme, la corruption systémique dans la gestion de plusieurs États. On ne peut nier la domination économique néolibérale sauvage, mais aussi la domination du monde de la finance et des multinationales sur le cadre politique et juridique des pays. On ne peut nier les impacts avérés et à venir générés par les changements climatiques.

Peut-on nier notre espérance de voir chez nos élus plus de clairvoyance, de courage, de coopération et moins de partisanerie ?

Plus près de nous, peut-on nier l'existence d'un corporatisme qui ronge l'intérêt public, la perte du sens du bien commun, la grande confusion sur la question de la laïcité, les valeurs, la langue, l'éthique et le patrimoine culturel au Québec. Bref, la culture. Ce que résume bien le jeune cinéaste Xavier Dolan dans une entrevue : « la culture c'est ce qui détermine l'âme, le caractère, la mémoire, la couleur, la voix d'une société entière » (l'Actualité, octobre 2017). Enfin, peut-on nier notre espérance de voir chez nos élus plus de clairvoyance, de courage, de coopération et moins de partisanerie ? Le cheminement législatif de la loi sur l'aide médicale à mourir devrait servir de modèle pour nombre d'autres lois, avec l'espoir que le cynisme populaire face aux politiques pourrait ainsi être atténué.

Ceux qui croient que tout va mal sont bien servis, et deviennent facilement des pessimistes ; ils ne voient pas comment on pourrait changer la société parce qu'« il y a toujours à la traîne un reste de nature humaine », comme le soulignait un ami, où le courage, la sagesse et la persévérance font défaut. Tout est analysé, jugé, mais rien ne se fait. Pour eux, c'est la déprime.

Dans ce contexte d'abattement moral, on observe deux attitudes : soit qu'on développe un « faux individualisme », celui de « l'avoir » encouragé par la société marchande ; soit que se développe un « individualisme de l'être » pour reprendre l'expression d'Oscar Wilde, c'est-à-dire une forme de sagesse épicurienne sur la question de l'engagement dans sa société : ne plus participer à la vie politique ou aux affaires publiques. Mener une vie libre d'inquiétude : l'esprit se retranchant alors des représentations médiatiques trop redoutables ou inquiétantes en ce qui concerne la réalité du monde.

On privilégie la communauté d'appartenance, la vie de quartier, là où la communauté des amis reste en marge des préoccupations de la vie publique, entourée de personnes partageant le même mode de vie. Ou encore, on tend à l'autosuffisance. Par exemple, le retour à la ferme, manger des produits naturels, satisfaire ses besoins de base : assurer sa sécurité, boire, manger, philosopher, bref retrouver le bonheur de la simplicité volontaire.

À l'opposé, plus stoïciens, même si l'époque est désespérante, nous croyons encore à l'engagement et à la participation dans le débat public par les arts, la science, la philosophie ou simplement la volonté de comprendre la vraie histoire, celle où « l'homme a laissé l'empreinte de sa vraie nature » dans la poésie, la musique, la peinture, selon toutes les formes de sa pensée d'humaniste. Pour cela, « il faut contempler l'humanité en sa longue histoire » nous rappelle Alain. Il faut oser être utopiste. Autrement dit, on ne bougonne pas le présent en laissant croire que dans un passé nostalgique, le monde était meilleur.

À nos yeux, il y a une sagesse dans le fait de servir, de comprendre d'où viennent la colère, la violence et l'injustice à notre époque, et surtout, de le dire.

À nos yeux, il y a une sagesse dans le fait de servir, de comprendre d'où viennent la colère, la violence et l'injustice à notre époque, et surtout, de le dire. Il y a une sagesse de ne pas juger seulement des effets pour agir, mais d'avoir le courage, la sagesse et la persévérance d'en identifier les causes. Enfin, il y a aussi une sagesse dans l'effort de s'extirper de l'opinion et du jugement d'une presse souvent fixée sur l'immédiat et la nouvelle de l'heure.

Voilà où se trouve pour nous l'antidote aux révoltes de l'extrême droite ou de l'extrême gauche en participant, sans se faire d'illusions, à ajuster à neuf les pièces de l'État.

Les auteurs sont des retraités habitant Québec et Montréal. Denys Larose et Jean-Noël Tremblay ont été directeurs généraux de collèges. Normand Chatigny fut maire de Cap rouge et Michel Héroux a œuvré en information et en communication.

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