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La complainte du touriste perdu

Au Québec, on a assisté dans les médias et sur les réseaux sociaux à une recherche frénétique et immédiate des responsables, de ces coupables qui ont laissé ces pauvres touristes abandonnés sur des îles des Caraïbes avant, pendant et après l'ouragan Irma.

19/09/2017 06:00 EDT | Actualisé 19/09/2017 06:22 EDT
Getty Images
Les touristes qui sont allés passer du temps dans le sud en septembre l'ont fait volontairement.

Avant que l'impitoyable actualité ne chasse l'ouragan Irma des écrans et donc de nos souvenirs, il est peut-être bon de revenir sur l'étrange épisode auquel on a assisté. Ne parlons pas ici de l'ouragan lui-même, mais des réactions qui n'ont pas manqué de voir le jour pratiquement en même temps que cette tempête.

Au Québec, on a assisté dans les médias et sur les réseaux sociaux à une recherche frénétique et immédiate des responsables, de ces coupables qui ont laissé ces pauvres touristes abandonnés sur des îles des Caraïbes avant, pendant et après l'ouragan Irma. Les doigts se sont vite pointés : qui est responsable ? Les compagnies aériennes ? Les voyagistes ? Les gouvernements ? Qui ?

Avec la vision parfaite du gérant d'estrade après la partie, la ronde des « il aurait donc dû » a commencé. Il aurait fallu évacuer les touristes avant l'ouragan. Il aurait fallu leur porter secours pendant l'ouragan. Il aurait fallu les ramener au pays dès le lendemain du passage de l'ouragan. Le gouvernement s'est traîné les pieds. Eh que c'est facile après coup de régler le sort du monde...

Bien sûr, commentateurs et chroniqueurs n'ont pas beaucoup insisté sur les faits tels qu'ils étaient au moment de l'ouragan. Un avion, aussi gros soit-il, ne peut atterrir sur une piste qui est sous trois pieds d'eau ou encombrée de débris de toutes sortes. Avec des installations aéroportuaires souvent élémentaires ou endommagées, envoyer des avions immédiatement dans la suite de l'ouragan n'aurait pas été très intelligent. L'évacuation par la mer est également déconseillée quand les vagues atteignent dix ou vingt mètres...

De plus, bien des touristes auraient refusé de quitter leur coin de paradis sous prétexte qu'une tempête approchait. Parce que voyez-vous, le « fake news » popularisé par Trump a des effets ici aussi. Contrairement à une opinion répandue, on n'est pas inoculé contre la bêtise au Québec. « Voyons donc, ça va être moins pire que ce que les médias racontent... Ils exagèrent toujours... »

Les touristes qui sont allés passer du temps dans le sud en septembre l'ont fait volontairement.

Cette montée de lait un peu stupide ne va pas durer. On va vite passer à autre chose, heureusement. Il y a cependant un autre aspect de cet épisode qui devrait retenir l'attention. Les touristes qui sont allés passer du temps dans le sud en septembre l'ont fait volontairement. Personne ne les a forcés. Parmi ces touristes, combien ont pris la précaution de s'inscrire auprès de l'ambassade ou du consulat canadien le plus près, ou du ministère canadien des Affaires étrangères avant de partir? Il semble que bien peu d'entre eux l'aient fait.

Voilà qu'un ouragan survient... en pleine saison des ouragans. Quelle surprise! « On ne pensait pas qu'il serait si fort »... Pourtant, quelques jours avant qu'Irma s'abatte sur les Antilles, les spécialistes prévenaient déjà qu'il s'agissait de la plus importante tempête à avoir surgi de l'Atlantique, et ce, depuis qu'on mesure ces phénomènes météorologiques. On peut comprendre qu'un touriste en vacances ne veuille pas se distraire avec les nouvelles, surtout si ce touriste n'a pas déjà pris l'habitude de les écouter quand il est au pays. Mais voilà. Tu es en vacances dans le Sud, là où l'eau est turquoise. On est en septembre, mois qui fait partie de la saison des ouragans depuis toujours, il faut le répéter.

Le touriste est allé dans ces paradis de plein gré. Il est le premier et seul responsable de son sort et le gouvernement n'a rien à y voir. Il y a tout de même des limites à toujours demander à l'État, à la collectivité, d'assumer les conséquences de choix individuels librement consentis.

Ce texte est cosigné par Normand Chatigny, Michel Héroux, Denys Larose et Jean-Noël Tremblay. Les auteurs sont des retraités habitant Québec et Montréal. Denys Larose et Jean-Noël Tremblay ont été directeurs généraux de collèges. Normand Chatigny fut maire de Cap rouge et Michel Héroux a œuvré en information et en communication.

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