Michael Smerconish

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Mort tragique de Trayvon Martin: des appels au 911 qui en disent long

Publication: 27/03/2012 11:01

Les bandes audio du 911, publiées à tout vent dans Internet, pourraient suffire à inculper George Zimmerman en relation avec la mort tragique de l'adolescent Trayvon Martin, survenue le 26 février dernier dans une rue de Sanford, en Floride. Des analyses vocales détermineront si Zimmerman a proféré une insulte raciale envers Martin, et lequel des deux a crié à l'aide lors de l'altercation fatale.

En attendant ces conclusions, une écoute attentive de l'appel effectué par Zimmerman soulève sept questions troublantes.

D'emblée, celui-ci affirme : « Il y a eu des cambriolages dans mon quartier ». Qu'est-ce qui nous prouve que cela est vrai ? Selon le quotidien Orlando Sentinel, Zimmerman a appelé la police de Sanford 46 fois au cours des 15 derniers mois. Compte tenu de cette fréquence, il aurait dû prendre un ton familier et dire : «Bonsoir, c'est moi, George Zimmerman, le responsable de la patrouille de quartier». C'est la moindre des choses que l'on puisse espérer d'un tel volontaire. Pourquoi souhaitait-il garder l'anonymat?

En deuxième lieu, Zimmerman ne donne aux policiers aucune raison concrète d'intervenir. Il affirme que l'adolescent a «l'air suspect, drogué ou quelque chose du genre ». Pour quelle raison en est-il venu à cette conclusion ? Et celui-ci d'ajouter : « Il pleut, le gars marche sans but apparent. Il regarde partout autour de lui». À mon humble avis, marcher sous la pluie en regardant à gauche et à droite n'est pas un motif suffisant pour sonner l'alarme.

Après avoir spéculé longuement, Zimmerman tente de maîtriser sa voix et dépeint Martin comme un agresseur : «Il observe attentivement chaque maison, et regarde maintenant en ma direction. Il met sa main sous l'élastique de son pantalon. Quelque chose cloche. Il vient vers moi, il tient quelque chose dans ses mains et je ne sais pas ce que c'est».

Par la suite, Zimmerman tente d'établir une complicité avec le réceptionniste. Il dit en soupirant : «Ces trous du cul s'en tirent tout le temps». À son grand honneur, le téléphoniste demeure imperturbable et tente d'obtenir des informations géographiques plus précises de la part de son interlocuteur.

Un cinquième élément troublant est la possible insulte à caractère racial proférée alors que l'adolescent s'éloigne. Zimmerman ouvre la portière de son véhicule, et le vent rend l'enregistrement plus difficile à comprendre. Bon nombre de blogueurs croient avoir discerné le mot «coon» (nègre). Après avoir monté le volume, j'en arrive à la même conclusion. Si l'analyse vocale abonde dans le même sens, cette insulte pourrait valoir à Zimmerman une inculpation pour crime haineux. De toute manière, si Martin s'est bel et bien enfui en courant, il n'y avait pas de risque d'agression pouvant mener à une situation de légitime défense.

Un sixième élément discrédite Zimmerman quelques secondes plus tard. Celui-ci quitte son véhicule et paraît essoufflé. Le téléphoniste lui demande : «Vous êtes en train de le suivre » Zimmerman répond dans l'affirmative. Le téléphoniste l'avertit : «On n'a pas besoin que vous fassiez ça». Zimmerman se contente de dire « ok ». Il ignore le conseil du téléphoniste et rate une autre opportunité de s'identifier en tant que patrouilleur volontaire. Sa respiration haletante laisse entendre qu'il poursuit l'adolescent.

Enfin, durant la dernière minute de l'appel, Zimmerman communique sans hésiter son nom et son numéro de téléphone, mais refuse de divulguer son adresse complète : «Ah merde, je ne veux pas la dire à voix haute, je ne sais pas où est passé le gars». Zimmerman garde encore une fois le silence par rapport à son rôle de patrouilleur. Il suggère au téléphoniste de transmettre son numéro aux policiers afin qu'ils puissent le localiser au moment opportun.

En Floride, la loi permet d'utiliser une force létale si celle-ci permet d'éviter sa propre mort ou des blessures graves. Cela étant dit, l'appel qu'une voisine a effectué durant l'altercation apporte des indices supplémentaires.

Dans cet autre enregistrement, on entend un homme crier à l'aide à l'extérieur de la maison.
Si l'analyse démontre que la voix est celle de Zimmerman, la légitime défense pourrait être alléguée de manière crédible. En effet, le patrouilleur aurait attendu très longtemps avant de dégainer et de tuer son opposant.

Par contre, si la voix est celle de Trayvon Martin, Zimmerman n'a absolument aucune chance de s'en tirer.

L'article original a été publié dans le quotidien Philadelphia Inquirer.