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Pourquoi je lance TrumpiLeaks

06/06/2017 02:34 EDT | Actualisé 06/06/2017 02:35 EDT

Chers amis, chères amies,

J'ai besoin de votre aide. La situation risque de se corser et de poser des difficultés. Mais nous commençons à manquer de temps. Nous devons agir maintenant par devoir patriotique.

Entre le moment où vous commencerez à lire cette lettre et le moment où vous parviendrez à ses dernières lignes, il est très probable que notre président ait contrevenu à la Constitution, fait obstruction à la justice, menti au peuple américain, encouragé ou soutenu des actes de violence, ou commis une erreur monumentale qui mettrait fin à la carrière de n'importe quel autre politicien (et enverrait vous et moi derrière les barreaux). Mais comme à son habitude, notre président va s'en tirer à bon compte.

Donald Trump croit être au-dessus des lois. Du moins, il agit comme s'il l'était et a même AFFIRMÉ l'être. En congédiant Sally Yates, Preet Bharara et James Comey (trois ex-procureurs fédéraux ayant chacun une certaine autorité d'exiger des comptes), il a franchi les premières étapes pour rendre son impunité officielle.

Et pourtant, nous entendons encore les mêmes réactions que nous entendions durant la campagne électorale lorsqu'une bourde ou une révélation médiatique éclaboussait le candidat Trump : « Il est fini! Il ne pourra jamais survivre à ça! »

Ne vous méprenez pas : Donald J. Trump n'a absolument AUCUNE intention de quitter la Maison-Blanche avant le 20 janvier 2025. Quel âge aurez-vous en 2025? Ça vous donne une idée de la longueur du mandat qu'il souhaite accomplir. Quels dommages aura-t-il causés à notre pays et à la planète d'ici là?

Voilà pourquoi nous devons agir.

Comme je l'ai affirmé depuis l'élection, nous avons besoin d'une stratégie sur quatre fronts pour arrêter ce massacre :

1) de grandes manifestations citoyennes;

2) des poursuites judiciaires interminables;

3) VOTRE candidature aux prochaines élections;

et 4) une véritable Armée satirique.

Je fais tout ce que je peux, en privé comme en public, pour contribuer à l'émergence de cette stratégie, et je sais que vous y contribuez aussi. En travaillant discrètement sur mon nouveau film, je suis d'ailleurs tombé sur un vieil extrait vidéo qui m'a convaincu de vous interpeller aujourd'hui.

Dans cette vidéo, un ex-congressiste livre un témoignage passionné au sujet des lanceurs d'alerte et souligne leur importance dans la protection du Premier amendement de la Constitution. Je le cite :

Comme nous le savons tous, le Premier amendement de la Constitution stipule que le Congrès n'adoptera aucune loi pour limiter la liberté d'expression ou de la presse. Cette liberté forme le socle de notre démocratie en assurant la libre circulation de l'information auprès du public. Bien que Thomas Jefferson nous ait mis en garde à l'effet que « notre liberté dépend de la liberté de la presse, et celle-ci ne saurait être limitée sans être perdue », cette liberté est aujourd'hui attaquée.

Par la suite, le jeune congressiste dénonce le harcèlement, l'intimidation juridique et même les peines d'emprisonnement dont sont parfois victimes les journalistes américains :

Obliger des journalistes à témoigner, et plus particulièrement à révéler l'identité de leurs sources, empiète sur le processus de collecte d'informations et nuit à l'intérêt public. Sans garantie de confidentialité, bon nombre de lanceurs d'alerte vont tout simplement refuser de sortir de l'ombre. Par conséquent, les journalistes seront incapables de fournir à la population américaine les informations dont elle a besoin pour prendre des décisions et voter de manière éclairée. Or, à travers toute l'attention que nous portons à la collecte d'informations, il est important de souligner que le droit des journalistes à garder une source confidentielle ne sert pas tant à protéger les journalistes eux-mêmes qu'à protéger le droit de savoir de la population.

Il faut savoir que le pouvoir et l'importance des lanceurs d'alerte font partie de la tradition politique américaine et sont presque aussi anciens que la République elle-même. C'est le 30 juillet 1778 que le Second Congrès continental a adopté à l'unanimité la première loi de protection des lanceurs d'alerte aux États-Unis : « Il est du devoir de toute personne travaillant au service des États-Unis, ou y habitant, de fournir sans délai au Congrès ou à toute autre autorité légitime toute information qui serait portée à leur connaissance concernant tout comportement immoral, toute fraude ou tout méfait commis par des agents ou personnes au service de ces États. »

Cette résolution a été adoptée à la suite du premier acte de dénonciation connu dans l'histoire de notre pays. En 1777, des officiers de marine révolutionnaires ont en effet décidé de dénoncer leur commandant en chef qui avait participé à la torture de prisonniers de guerre britanniques.

Ces marins ont été poursuivis et ont écopé de peines d'emprisonnement pour leur acte de bravoure. Par la suite, les Pères fondateurs des États-Unis ont compris qu'ils avaient fait leur devoir patriotique en rapportant ce crime. Ils ont fait le nécessaire pour rembourser leurs frais juridiques et les protéger d'éventuelles représailles, puis ils ont unanimement adopté le whistleblower protection law l'année suivante.

Depuis ce temps, nombreux sont les hommes et les femmes qui ont risqué leur carrière, leur liberté et même leur vie pour dénoncer les méfaits commis au gouvernement et dans les grandes corporations.

Depuis ce temps, nombreux sont les hommes et les femmes qui ont risqué leur carrière, leur liberté et même leur vie pour dénoncer les méfaits commis au gouvernement et dans les grandes corporations.

Qu'il s'agisse de Karen Silkwood en matière de sûreté nucléaire, de Sherron Watkins au sujet des pratiques frauduleuses d'Enron, de Jeffrey Wigand face à l'industrie du tabac; ou qu'il s'agisse de Daniel Ellsberg, Chelsea Manning et Edward Snowden, qui ont tour à tour dénoncé les mensonges du gouvernement, l'on constate que la tradition des lanceurs d'alerte est encore bien vivante malgré ses dangers.

Voilà justement pourquoi je souhaite que vous me veniez en aide.

C'est aujourd'hui que je lance officiellement TrumpiLeaks, un site qui permettra aux lanceurs d'alerte d'entrer en contact avec moi et mon équipe de manière confidentielle. Qu'ils ou elles travaillent dans la fonction publique, les forces de l'ordre ou le secteur privé, les patriotes ayant connaissance de crimes, d'abus de confiance ou de fautes graves commis par Donald J. Trump et ses associés ont le devoir de rapporter ces faits afin de protéger les États-Unis d'Amérique de la tyrannie.

Nous avons rassemblé plusieurs outils vous permettant de transmettre des informations, des documents, des photos et des fichiers audiovisuels en toute sûreté. Bien qu'aucune communication numérique ne soit à 100 pour cent sécuritaire, TrumpiLeaks utilise les technologies les plus avancées afin de garantir votre anonymat. Et si vous n'avez pas l'intention de rester anonyme, vous pouvez tout simplement m'envoyer un courriel ici.

Je suis conscient des risques qu'une telle démarche comporte et des problèmes que nous pourrions connaître. Mais les enjeux sont trop sérieux pour ne pas courir de risque. Au même titre que les Pères fondateurs, je ferai tout pour vous appuyer.

Quant à l'ex-congressiste de ma séquence vidéo, il a évolué vers un avenir meilleur. Son nom est Michael Richard Pence, et il est maintenant vice-président des États-Unis. Qui sait, peut-être osera-t-il vous appuyer lui aussi?

Amitiés,

Michael Moore

https://michaelmoore.com/TrumpiLeaks

Ce billet de blogue a d'abord été publié sur le HuffPost.

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