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Mes réponses à Denis Campeau

05/04/2013 11:45 EDT | Actualisé 05/06/2013 05:12 EDT
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Ce billet de blogue de Michael Binnion est une réponse à une lettre ouverte publiée dernièrement sur le HuffPost Québec. Lettre que lui a adressée Denis Campeau, un citoyen de Saint-Antoine-sur-Richelieu qui s'oppose à l'exploration et l'exploitation des gaz de schiste, et dont plusieurs passages sont repris ici dans les encadrés en gris.

Je suis vraiment heureux que vous ayez lu mes blogues et que, même quelqu'un qui ne soit pas en faveur du développement les trouve encore parfois divertissants. J'apprécie votre réponse à un de mes plus récents blogues. J'ai d'ailleurs fait quelques clarifications ci-dessous.

1. «de la dynamite avait été utilisée pour les forages»

Michael, on ne fore pas un puits de gaz à la dynamite, ça pourrait exploser!

Historiquement, il y a en fait de vieux exemples de compagnies qui utilisaient des explosifs pour fracturer des puits. C'est ce qui peut expliquer pourquoi cette accusation a été faite à notre industrie en 2009. Vous êtes en effet 100 % juste sur le fait que nous n'utilisons plus d'explosifs maintenant, et ce, depuis très longtemps.

2. «des appareils de forage sont apparus sans permission sur des terrains et sans la permission des gens»

Ben voyons! Michael, en certains endroits, il y a eu des tests qui ont été effectués sans prévenir et figure-toi donc, mon cher Michael, qu'à St-Antoine-sur-Richelieu, des citernes d'eau « de forage » ont été évacuées en pleine nuit...

Il y a des gens qui ont rapporté que des compagnies se présentaient sans permis d'acquisition et sans prévenir les municipalités. Comme vous l'avez réalisé, ceci démontre que les compagnies devraient améliorer leur façon de communiquer avec la population. Je pense que votre point mentionnant que certains résidents qui habitaient près des forages n'aient pas eu d'avis était vrai dans certaines circonstances et c'est en effet, un point à améliorer.

3. «le gaz de schiste serait dangereux et différent du gaz naturel»

Il arrive effectivement que des gens ne comprennent pas la différence et la similitude entre les deux. Cependant, je te ferai remarquer que les gens en ont contre les méthodes barbares de l'industrie et contre la méthode de fracturation, qui est dangereuse au point de vue environnemental. Brûler du gaz fossile: ça fait chauffer la planète... Est-ce que je me trompe, Michael?

Je suis d'accord avec vous, le fait que le gaz de schiste et le gaz naturel soient la même chose n'est pas encore bien compris, tout comme le «gaz de roche non poreuse», le «gaz de charbon» et le «gaz de bassin profond» sont aussi des noms différents pour du gaz naturel.

4. «le gaz de schiste ferait prendre l'eau en feu»

Bravo Michael! Quelle démagogie... L'eau ne brûle pas, tout le monde sait cela; c'est le gaz qui s'est infiltré dans la nappe phréatique qui brûle.

Ici encore, vous êtes juste. Josh Fox lui-même a admis que le gaz naturel s'infiltre dans l'eau des puits de façon tout à fait naturelle et que c'est tout à fait commun.

5. «dix-neuf puits auraient connu des fuites»

Tu as raison, Michael, c'est absolument faux, car il y en a plus que ça qui ont des fuites. D'ailleurs, les gazières ne savent toujours pas comment fermer le puits de La Présentation et cela fait plus de deux ans que le puits de St-Antoine-sur-Richelieu est supposé être fermé et le fait est qu'il ne l'est toujours pas...

Le ministère de l'Environnement a confirmé publiquement que sur ces 31 puits forés pour le gaz de schiste, il y avait seulement trois puits qui demandaient des procédures de maintenance habituelles pour réparer des fuites. Cette maintenance fait d'ailleurs partie intégrante de notre routine.

6. «Des fissures auraient pris forme sous terre»

Michael, dans les brillants exposés des gazières, il est spécifié que les forages sont verticaux, puis horizontaux... Pourtant, il n'y a pas moyen de diriger la foreuse correctement. Il est impossible de savoir la déviation du puits avant d'avoir terminé le forage. De plus, il y a toujours eu et il y aura toujours des fissures dans le sol et tout le monde sait que le gaz va toujours chercher à «sortir de son trou» par le chemin le plus rapide. Si le gaz rencontre une fissure dans le roc, c'est par là qu'il va sortir.

Nous avons des mesures sophistiquées pour nos systèmes de forage et des inspections très précises faites sur nos puits. Nous devons être en mesure de prouver que les puits ont été forés à l'intérieure des limites du terrain par exemple. Nous forons pour du gaz à haute pression qui n'a, par définition, pas trouvé de fissure pour s'y faufiler depuis des millions d'années. Bien que vous ayez tout à fait raison, c'est normal pour le pétrole et le gars de trouver son chemin jusqu'à la surface naturellement. Évidemment, il est inutile pour nous de forer où le gaz a déjà fui jusqu'à la surface.

7. «l'exploitation de gaz de schiste ne réduirait pas les gaz à effet de serre»

Mon cher Michael, évidemment, si l'on tient compte de ce qui se passe aux États-Unis, où le charbon, une matière qui émet beaucoup de rejets, sert traditionnellement à fabriquer l'électricité, les gaz de schiste induisent, au bout du compte, une réduction de gaz à effet de serre. Cependant, au Québec, la situation est différente, sans compter que les nombreux puits qui fuient libèrent du méthane, qui est un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le CO2. Très important aussi, et sur l'ensemble de vos puits, comment les bouchons de ciment vont empêcher le méthane de se libérer dans 50 ans?

Le BAPE a mentionné que le Québec pourrait réduire de 470 000 tonnes par année ses émissions de gaz à effet de serre, et ce, juste en éliminant le transport du gaz naturel fait aujourd'hui par l'importation. Le Québec est aussi le plus grand consommateur au Canada de mazout et a beaucoup d'options pour améliorer sa diète énergétique, tout comme le fait l'Amérique actuellement.

8. «Tout le monde sait où se trouvent les gisements»

Bien oui! Michael, les étudiants en géologie savaient déjà il y a plus de quarante ans où se situaient les zones propices à l'exploitation du gaz de schiste. Et les permis ont été vendus à 0,10 $ l'hectare; ce qui est une aubaine, si on compare avec ce qu'il en coûte en Colombie-Britannique, plus de 10 000 $ l'hectare.

Cependant, en disant que vous faites de l'exploration, cela vous permet d'aller chercher des déductions d'impôts, qui sont payées par les contribuables québécois. Autre générosité de notre gouvernement!

Je mettrais n'importe quel de ces étudiants au défi de nous dire exactement où il faut forer, même après les 31 nouveaux puits. En fait, notre industrie les payerait bien cher pour cette réponse. C'est facile de savoir s'il y a du gaz, mais pas aussi facile de trouver le gaz à haute pression dans de la roche de qualité qui est profitable.

9. «Les technologies modernes ne seraient pas adaptées à l'exploitation sécuritaire»

C'est vrai, Michael, car pour que cela soit sécuritaire, toute l'eau de fracturation récupérée pourrait être bue à la paille et tout le schiste serait vidé de ses hydrocarbures, sans perte. Est-ce là l'objectif des « members » de l'APGQ?

Les technologies modernes ne sont pas encore parfaites, mais dans plusieurs juridictions à travers le monde où les études sur le sujet ont été faites, les scientifiques ont prouvé qu'en utilisant les meilleures pratiques de l'industrie, l'industrie du gaz de schiste était tout à fait sécuritaire. Aussi, nous sommes maintenant en mesure de réutiliser une grande partie de l'eau de fracturation plusieurs fois.

Au fait, Michael, j'ai entendu dire qu'Elvis était vivant et il habiterait sur une île avec Onassis et Marylin Monroe... Je ne sais pas cependant si un puits de gaz de schiste a été foré sur leur île. J'avoue ici mon ignorance...

Merci! Un peu d'humour est vraiment le bienvenu quand ta job est d'expliquer le gaz de schiste.

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