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Je me souviens

23/12/2013 11:22 EST | Actualisé 22/02/2014 05:12 EST

Je n'ai jamais été aussi fébrile à l'idée de prononcer un discours au cours des 20 dernières années. Je me souviens de mon histoire, mes ancêtres et mon passé. Le poids de mes souvenirs en tant que Canadien se fait sentir alors que je prends place dans le Salon rouge de l'Assemblée nationale pour livrer mon témoignage.

Les personnages immortalisés dans les toiles au-dessus de la chaise de la présidente me regardent alors que je m'assois. Ils ne m'acceptent pas parmi eux. Par un effet de ricochet, ils réclament plutôt que je m'acquitte de ma responsabilité en ne leur faisant pas honte, à eux et à cet endroit.

Dans le Salon rouge, le drapeau canadien trône encore au côté du fleurdelisé. Comme un symbole des dernières bribes de relations qui unissent nos deux peuples fondateurs. Une relation de plus en plus fragile qui prend racine dans nos origines. Ces origines où le mot péjoratif « Canadiens » servait à discerner les citoyens de la Nouvelle-France à ceux de la France.

La présidente de la Commission est confortablement assise dans sa chaise. Empreinte de grâce et de charme, elle ne faiblit même pas devant ces formalités et ce protocole des plus solennels. Loin de paraître prétentieuse, elle agit dans le plus grand respect de ses ancêtres, suspendus juste au-dessus de sa tête.

Les membres présents, un auditoire allant de partisans d'Enbridge jusqu'aux étudiants en costume-cravate, bouclent la scène. Une scène dont je n'aurais jamais pu imaginer faire partie dans mes rêves d'enfant albertain.

Dans cette scène, j'attends fébrilement mon tour, écoutant d'abord le ministre des Finances, puis celui des Transports. Ce que j'entends c'était toutes ces voix qui me suggèrent que je ne suis pas à ma place. C'est comme si je sens un désastre imminent se dessiner. Je songe alors à me déclarer vaincu, à faire appel au traducteur simultané.

Je ne pourrai jamais assez remercier mon bon ami Mario Lévesque qui, me voyant abdiquer, me dit : « Michael ton français est bon et ils ont besoin d'entendre le leader de l'industrie au Québec leur parler des enjeux de l'énergie. »

Finalement, tout s'est bien déroulé. J'ai offert de bien pires prestations en anglais. J'ai certes commis quelques erreurs de langue. Par exemple, en voulant dire « portfolio », j'ai utilisé le mot « portefeuille ». Les membres du parti libéral se sont montrés très aimables et ont reformulé ma réponse pour moi.

J'ai fait des affaires partout dans le monde. Jamais je n'avais fait l'expérience d'une culture aussi bienveillante envers ceux qui essaient de s'exprimer dans leur langue. Même M. Khadir a généreusement pris le temps de me souhaiter la bienvenue et me féliciter d'avoir fait l'effort de m'exprimer en français.

Encore une fois, la leçon apprise est qu'en tant que Canadiens, nous avons besoin de nous écouter mutuellement. Nous ressentons les obstacles qu'érigent les différences de langue et de culture. Mais voilà une raison de plus pour nous parler les uns les autres; plutôt qu'une raison pour nous éviter. Nous ne pourrons pas nous rappeler si nous cessons de communiquer. Nous oublierons.

En tant que président de l'Association pétrolière et gazière du Québec, je plaide pour le renversement du projet de la ligne 9b, car il sert les intérêts stratégiques des Québécois. Vous pouvez m'écouter ici. Croyez-moi sur parole. Tenir un si petit discours dans un des endroits les plus importants de l'histoire canadienne, et dans une langue que je commence à peine à maîtriser, a drainé toute la confiance qui se trouvait enfouie en moi. En y repensant, je me rends compte que mon auditoire a dû faire preuve d'autant de confiance pour m'écouter avec l'esprit ouvert.

Je me réjouis que la Commission ait recommandé d'appuyer le renversement du projet 9b, tel que nous l'avons plaidé.

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