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Les autistes sont-ils violents ?

24/11/2016 09:58 EST | Actualisé 24/11/2016 10:01 EST

Mardi dernier, des policiers de Cornwall ont procédé à l'arrestation d'un jeune adolescent autiste de 14 ans dans son milieu scolaire. L'adolescent, vraisemblablement désorganisé, aurait posé des gestes agressifs envers le personnel de l'école et aurait émis des menaces. L'adolescent aurait également résister fermement à son arrestation. Il fait maintenant face à 8 chefs d'accusation.

Cette situation, loin d'être un cas unique, démontre clairement d'une part, le manque de connaissance en matière d'autisme et d'autre part, le manque de formation et d'outils des intervenants scolaires et des forces policières. Il n'est nullement question de porter un jugement sur l'intervention scolaire et policière. Chaque partie semble avoir agi en fonction de leurs connaissances en voulant faire ce qu'ils croyaient être le mieux pour la sécurité de tous. Cependant, il est urgent de dénoncer ces situations. Sur les réseaux sociaux, il n'est pas rare de voir des parents dénoncés les gestes posés par le personnel scolaire envers leur enfant autiste. Des enfants autistes malmenés, punis et brutalisés, des enfants autistes amenés en aile psychiatrique par la police. Est-ce nécessaire ? Est-ce la bonne manière d'agir ? Pouvons-nous prévenir ?

A priori, une personne autiste n'est pas un être violent. La structure cérébrale et le fonctionnement neurologique des autistes est différent par rapport à la norme de la population. La compréhension et le mode de pensée du monde n'est pas le même. La perception n'est pas erronée, elle est seulement différente. Les autistes ressentent aussi le monde de manière différente, souvent plus intensément. Les émotions sont vécues à l'état brut et s'expriment sans filtre.

Pour des raisons parfois banales aux yeux d'autrui, un autiste peut se retrouver en effondrement émotionnel. Trop de gens, trop de bruits, la faim, la soif, un mal de tête, l'ordinateur qui fonctionne mal, un cellulaire mal rangé, l'injustice sous toute forme, ne pas se sentir compris, une consigne contradictoire, avoir à se répéter, etc. Ces éléments sont parfois difficiles à supporter pour les autistes. L'enfant ou l'adulte autiste peut se sentir submergé par un sentiment d'impuissance et paraître totalement hors de contrôle. La colère semble prendre toute la place de manière très disproportionnée avec l'élément déclencheur. La peur, seulement une peur incommensurable envahie la personne autiste. Un état de détresse profond prend toute la place. Nous retrouvons une personne qui se sent menacée et qui tente de se débattre dans cet environnement inadapté à sa neurologie.

Une personne en état de crise a avant tout besoin d'être écoutée et respectée. Les manifestations de sa détresse, bien maladroites dira-t-on, ont pour origine un mal-être passager profond que la personne tente de communiquer. Un autiste qui se sent menacée et en danger se défend, même si ce danger est d'apparence futile pour les autres. Un autiste en effondrement émotionnel a généralement besoin de calme et de douceur.

Durant cette crise autistique, il est complètement inutile de tenter de raisonner, de dialoguer, de rappeler les consignes ou d'essayer tout autre forme de communication réciproque. Il est préférable d'éviter de toucher ou d'approcher de trop près la personne. Tous ces éléments sont des stimuli additionnels indésirables qui ne feraient d'envenimer l'état de crise. Il est également inutile d'essayer de calmer la personne. La crise est un passage obligé qui s'estompera tout seul, généralement, en peu de temps.

Lorsque les conditions optimales sont réunies, il est, dans la grande majorité des cas, possible d'éviter qu'un effondrement émotionnel s'intensifie, dégénère et que la situation prenne des proportions démesurées comme celle qu'a vécue le jeune garçon de Cornwall. Bien souvent, des adaptations mineures comme prévoir un endroit calme où la personne peut se détendre, permettre une sortie à l'extérieure, peuvent être suffisante à la réussite d'une intégration scolaire ou de travail. Une formation en autiste et en gestion de crise devrait être obligatoire pour le personnel scolaire, pour les forces policières ainsi que pour les parents d'enfant autiste. Une formation non pas basée sur la punition, l'ignorance, la privation ou le retrait, mais bien sur le respect, la compréhension mutuelle, sur la communication non-violente, sur la gestion des émotions et sur l'empathie.

Il est pertinent de rappeler que l'autisme n'est pas une maladie psychiatrique, ni un trouble émotionnel ou comportemental. Il s'agit d'une différence neurologique. On dit que le spectre autistique est bien grand et on tend à croire que seuls les autistes profonds sont enclins à ces effondrements émotionnels. On croit que ces ''cas lourds'' devraient être mis à l'écart pour protéger la société. La méconnaissance est porteuse de grandes fausses croyances. Les effondrements font parties du quotidien de la majorité des autistes, enfants ou adultes, verbaux ou non verbaux, Asperger ou Kanner, autonomes ou non autonomes. Dans un précédent blogue, j'abordais le sujet des crises à l'âge adulte. Je suis une adulte autiste, je suis mariée, je suis mère de trois enfants, je suis travailleuse autonome, je suis intelligente, j'ai une vie ordinaire et pourtant, ce jeune adolescent autiste aurait pu être moi, dans l'éventualité où je me serais sentie non respectée et impuissante face à une situation « extrême ».

Les autistes ne sont pas des « cas » à gérer et à exclure du système scolaire régulier ou des milieux de travail. Ils sont avant tout des êtres humains avec des perceptions différentes. Le respect, la compréhension et la communication mutuelle entre non autiste et autiste est à privilégier. Pouvons-nous essayer de se comprendre sans jugement ?

Mélanie Ouimet est la fondatrice du mouvement deLa Neurodiversité - L'autisme et les autres formes d'intelligence autistes qui milite en faveur de la reconnaissance positive de l'autisme.

Ces photos magnifiques illustrent les multiples visages de l'autisme