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Les intérêts restreints et les jeux inappropriés des autistes?

07/10/2016 10:46 EDT | Actualisé 03/11/2016 02:49 EDT

Un des critères de diagnostic en autisme est le caractère restreint, stéréotypé et répétitif des intérêts, des comportements et des activités de la personne autiste. Le langage, les mouvements et l'utilisation des objets semblent inappropriés du point de vue d'un observateur, mais leur fonction d'apprentissage est bien présente dans chacun de ces éléments.

Les trois prochains articles seront consacrés à ce critère de diagnostic en abordant le tout selon la neurologie autistique, en commençant par les intérêts spécifiques et les jeux atypiques.

L'intensité avec laquelle un autiste se consacre à ses intérêts et la nature de ce dernier sont parfois encore mal vus dans la société et surtout, la fonction première est fort incomprise. Loin d'être une limitation ou un obstacle aux apprentissages, ces intérêts spécifiques sont une motivation intérieure, une grande source de plaisir et une source d'information pour les apprentissages de nature autistique. Nous devons revoir notre perception et oublier les idées reçues affirmant qu'un enfant autiste ne s'intéresse à rien ou ne fait rien de constructif. Il est essentiel de changer notre regard sur les jeux non conventionnels des autistes. L'acceptation et la compréhension de ces intérêts spécifiques sont primordiales. Ces intérêts sont le premier signe de la présence de l'intelligence de l'enfant autiste.

L'apprentissage des autistes ne suit pas les mêmes étapes de développement que les non-autistes ni les mêmes standards. Les autistes accomplissent spontanément des tâches suivant le développement intellectuel autistique. Les jeux répétitifs comme les alignements, la manipulation de lettres, de chiffres, de lego, d'écrans, observation prolongée d'objet, etc. font partie de l'apprentissage normal des autistes autant que peuvent l'être les jeux sociaux réciproques chez les non-autistes.

Les professionnels fervents des thérapies comportementales intensives dévalorisent et dénaturent ces intérêts spécifiques en les attribuant au «trouble neurologique» qu'est l'autisme. De leur point de vue, les jeux «obsessifs» sont des comportements parasites qui limitent l'enfant en l'enfermant sur lui-même, l'empêchant de s'ouvrir vers le monde. Leur objectif principal est de les supprimer, les interdire ou de les limiter au maximum dans le but de les remplacer par des activités dites normales, des activités dites constructives pour l'apprentissage. Quelle bêtise! Une bêtise dont plusieurs autistes paient un prix fort.

L'objectif n'est jamais de réduire ou de refouler l'intensité de l'intérêt passionnel, surtout pour les enfants autistes, mais bien de la canaliser et de l'intégrer dans leurs apprentissages quotidiens.

Cette privation inutile et pernicieuse empêche l'enfant autiste d'atteindre son plein potentiel intellectuel qui se développe autrement que pour les enfants non autistes. Cette privation est source de frustration profonde, d'incompréhension, de baisse d'estime de soi favorisant les effondrements émotionnels (ces crises autistiques encore souvent qualifiées de pathologiques). Cette privation peut être source d'anxiété voire même de douleur lorsque remplacée par des scénarios sociaux réciproques forcés.

Ce n'est pas parce qu'une personne s'intéresse à un domaine atypique que son intérêt ou sa manière de jouer n'est pas convenable. Roues de voiture, ventilateurs, dinosaures, poissons, cube, cailloux, formes d'œufs, etc. rien n'est inadapté - sauf notre regard désapprobateur. Il peut s'avérer difficile en tant que parent de voir son enfant obnubilé par un objet qui semble n'avoir aucun but ni aucun intérêt de votre point de vue, surtout si on se place en perspective de son avenir. Par contre, c'est en encourageant l'enfant autiste dans son intérêt que nous lui permettrons, bien souvent, de trouver des idées novatrices dans son domaine avec les connaissances qu'il aura acquises au fil du temps. C'est également ainsi que nous tisserons des liens avec notre enfant. Pour devenir un expert dans un domaine et pour bien maîtriser son sujet, les apprentissages doivent être constants et sans limites. Le nombre d'heures est illimité.

Ainsi, l'objectif n'est jamais de réduire ou de refouler l'intensité de l'intérêt passionnel, surtout pour les enfants autistes, mais bien de la canaliser et de l'intégrer dans leurs apprentissages quotidiens. Il est possible d'interagir avec un enfant autiste, sans mettre l'accent sur une réciprocité sociale. Un enfant autiste a tout autant besoin du contact de ses parents pour ses apprentissages et pour son développement émotionnel. Le parent est le mieux placé pour observer son enfant au quotidien et comprendre le fonctionnement et les intérêts de son enfant. Sans entrer de manière intrusive dans les jeux atypiques et sans attente de réponse sociale, le parent peut jouer avec son enfant, en parallèle. En se positionnant à côté de l'enfant, avec le même matériel que celui-ci, le parent peut complexifier les modèles initialement choisis par l'enfant. Une belle complicité pourra ainsi se développer.

De son point de vue, un autiste n'a pas du tout l'impression que ses intérêts sont restreints, répétitifs ou limités. Il se consacre corps et âme dans sa passion qui l'anime et le fait vibrer. Pour chaque minute passée dans son domaine de prédilection, la personne autiste apprend, découvre, réfléchit et évolue. Il n'y a rien de redondant, d'immuable ou de figé! C'est la découverte et l'originalité à l'état pur.

Les autistes ont des forces que nous pouvons mettre à profit. Plutôt que de vouloir remettre en ordre standard l'acquisition des compétences de la socialisation et du langage, encourageons leurs intérêts en les considérant comme un mode d'apprentissage non conventionnel intelligent. Pour un autiste, le développement langage verbal ne se développe pas au même âge, ni de la même manière que chez un enfant non autiste. Il en va de même pour la socialisation, qui demeurera toujours différente, mais bien présente.

Atypique et non conventionnel sont des termes qui peuvent être effrayants. Même si tout n'est pas accessible à notre compréhension, les autistes jouent et apprennent à leur manière. Ils ne font pas rien. Nous devons leur faire confiance. Attardez-vous un instant à les observer silencieusement avec un regard autre, vous en serez fascinés.

Où certains n'y voient qu'une limitation des champs d'intérêts et qu'un comportement obsessionnel, pour les autistes, il y a passion débordante et une force motrice qui les mènent à la réalisation de soi et de leurs rêves. Nourrir la passion plutôt que de la refouler, c'est d'enrichir notre intérieur.

Mélanie Ouimet est la fondatrice du mouvement deLa Neurodiversité - L'autisme et les autres formes d'intelligence autistes qui milite en faveur de la reconnaissance positive de l'autisme.

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