Mélanie Joly

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Une loi qui contribue à l'inquiétante dévalorisation des élus

Publication: 24/05/2012 08:18

Je suis sans voix. Préoccupée au plus haut point. Envahie par les événements de l'actualité. Je ne sais plus qui croire, l'information transmise est toujours teintée par son messager. Ce n'est plus une question de raison, mais davantage un amalgame d'émotions. Frustration, incompréhension, exaspération.

Pour me donner un peu de raison, je suis allée lire la loi 78. Elle n'est pas très longue. Pas très compliquée à comprendre non plus. Après lecture des articles, je ne sais toujours pas si elle passe le test constitutionnel du « POGG » (peace, order and good government). Aux juges d'en décider.

Ceci dit, sa légalité présumée n'empêche pas moins que la limitation du droit de manifester n'est pas la façon de résoudre le conflit, surtout pas de négocier. Bien que les associations étudiantes soient limitées dans leurs moyens d'action, bien que les corps policiers aient plus de pouvoirs et bien que les citoyens ne puissent se réunir publiquement à leur gré, la loi 78 ne calmera pas les ardeurs des uns et des autres. Nous le constatons déjà, elle participe plutôt à la radicalisation du conflit, tout en épuisant les forces policières. Dans ce contexte, l'objectif même du gouvernement de rétablir la paix sociale n'est absolument pas atteint. Interprété comme étant injuste, elle offre une légitimité morale à ses détracteurs. Disons que la stratégie gouvernementale d'adopter des mesures exceptionnelles dans des circonstances exceptionnelles tombe à plat. Bien que présumée légale, cette loi n'en est pas moins,à mes yeux, disproportionnée dans ses moyens et de fait, illégitime.

Cette absence de légitimité a pour principales victimes les hommes et femmes politiques eux-mêmes. Le manque de respect à leur égard était déjà latent bien avant la crise : plusieurs acteurs du milieu des affaires, du secteur public et des médias ridiculisaient à mots couverts leur travail. Avec l'adoption d'une telle loi, les insinuations passent au dénigrement généralisé. Du plus jeune au plus vieux, de la personne la moins scolarisée à celle qui l'est le plus, tous s'entendent sur le fait que nos élus à Québec sont dépassés par la situation, incapables de susciter le respect de la population. Le silence des uns combiné aux commentaires douteux quant à la désobéissance civile des autres participent à cette perception. Le gouvernement fait non seulement face à une impopularité croissante, mais tous les élus sont victimes de la dévalorisation de leur fonction.Bref, c'est non seulement la confiance en notre gouvernement qui est en chute libre, mais également celle envers nos représentants à l'Assemblée nationale.

Il faut donc qu'au-delà des joutes politiques, nos élus s'entendent sur le respect des institutions démocratiques. Ils doivent ensemble, tous partis confondus, dénoncer les actes de violence. Ils peuvent par ailleurs pousser le gouvernement à déclencher des élections (démontrer l'utilité de la démocratie).

Notre premier ministre doit également s'adresser à la nation, lancer un appel au calme et expliquer en clair son plan de match pour régler le conflit : reprendre les négociations avec les leaders étudiants, établir un calendrier de travail, suspendre l'application de la loi, prévoir des états généraux sur l'équilibre générationnel (plan des générations), voire même prévoir des élections à date fixe. L'heure est grave : Jean Charest en tant que chef d'État se doit de communiquer directement auprès de ses concitoyens.

Ces initiatives parlementaires du gouvernement et de l'opposition jetteraient certainement du lest dans un conflit qui n'en finit pas de finir. Il est à espérer que leur effet suscitera le respect de la fonction occupée par nos parlementaires. Entretemps, la mise en œuvre de la loi spéciale, par sa contribution à l'exacerbation du conflit, participe à une inquiétante dévalorisation des élus et ébranle rien de moins que notre démocratie.

 

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