Me Claude Laferrière

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L'après Harper

Publication: 12/07/2012 10:45

L'opposition reproche avec justesse au gouvernement Harper l'abus de sa majorité, ce qui est un euphémisme dans les circonstances présentes. Ce gouvernement viole à qui mieux mieux l'esprit de notre système parlementaire et la démocratie puisqu'on peut légitimement penser que nos élus gèrent l'État pour tous les Canadiennes et Canadiens, et non seulement pour la majorité qui l'a portée au pouvoir.

Jamais dans l'histoire du Canada, on aura vu un gouvernement majoritaire ayant aussi peu consulté la population, les élus de l'opposition et les provinces avant d'entreprendre des réformes majeures. Les projets de loi C-10 et C-38 qui sont devenus des lois, pour ne nommer que ceux-là, ont été adoptés à toute vapeur. L'opposition a fait de son mieux pour mobiliser les comités de la Chambre des Communes et du Sénat pour se faire entendre, mais rien n'y fait, aucun amendement n'ayant été apporté. Si la politique est l'art du compromis, Harper n'y connaît rien.

Mais il y a pire. Ces projets de loi ont tous, sans exception, de graves conséquences pour les finances des provinces. Pensons à la surpopulation carcérale et aux milliers de travailleurs et travailleuses qui seront privés de l'assurance-emploi pour se retrouver sur l'aide sociale après avoir tout perdu. Le projet conservateur est simple : balancer les livres du fédéral en déplaçant le déficit sur le dos des provinces et en mettant à la rue des milliers de familles. Le pari que des cadeaux fiscaux aux plus riches vont générer de l'emploi, dans le pétrole principalement, pourrait se traduire par un lamentable échec. Pendant ce temps, une devise trop forte a pour effet de mettre la clé dans la porte de notre secteur manufacturier! Pas besoin de Mulcair et du mal hollandais pour le constater.

Donc, ce qui ressort clairement de cette arrogance, voire de cette impolitesse absolue, c'est l'absence de consultation des provinces et du Parlement fédéral à la fois. Nous assistons donc à un véritable bulldozer législatif de réformes dont la plupart n'ont jamais été annoncées avant l'élection. Pensons aussi à l'âge de la retraite portée à 67 ans.

Pour s'attaquer sérieusement à l'endettement des États et pour créer la richesse, il faut consulter et prendre en compte ce qui est dit, par le moyen d'amendements sinon on plonge à vitesse Grand V dans une crise politique.

Ce gouvernement consulte exclusivement ses lobbyistes, entendons les lobbyistes du parti!
Le résultat final est que le Parti conservateur creuse en impopularité dans les sondages au Québec et amorce sa chute en Ontario, et probablement dans les Maritimes. Dès lors et compte tenu de la persistance des résultats, ce gouvernement peut-il sérieusement envisager une cuisante défaite aux élections de 2015? Sans aucun doute.

Mais il y a pire. Le Parti québécois et sa chef Pauline Marois viennent de trouver en Harper un allié béton qui vient réveiller les vieux démons de notre aliénation collective et de notre sentiment d'infériorité : unilinguisme anglais de l'appareil fédéral, résurrection de la monarchie, attaque sur le pouvoir de dépenser des provinces, diminution significative de la représentation du Québec. Harper prépare notre assimilation. C'est un Lord Durham des temps modernes, sauf qu'il risque de briser le Canada avant d'y parvenir.
Les récentes discussions Charest-Mulroney-Harper lancent un message clair à l'électorat : non seulement le Parti québécois risque-t-il fort probablement de prendre le pouvoir au Québec, mais une défaite conservatrice est prévisible au fédéral. Je ne joue pas au devin, mais quand personne ne se parle, on peut imaginer le pire. C'est le prix à payer pour les gouvernements qui refusent les compromis et naviguent dans l'arrogance.

Mais il y a encore pire. Et c'est là que le bât blesse. Un gouvernement, quel qu'il soit, fait reposer ses décisions à l'interne, et ce, malgré l'opacité du pouvoir conservateur, sur des communications et des échanges entre les membres du caucus, députés, sénateurs et hauts fonctionnaires. La communication de ces échanges sur un support écrit devient les archives de l'État. Dans un gouvernement véritablement démocratique, on risque d'y retrouver des échanges courtois entre adversaires lesquels attestent d'une volonté de compromis au nom du bien commun. Que se passe-t-il en l'absence de compromis et de relations de bon voisinage?

Le parti majoritaire profite de sa majorité pour imposer sa volonté aux autres et ainsi satisfaire les lobbyistes qui le financent. C'est la dictature sous le couvert de la démocratie parlementaire. Est-il raisonnable de penser que la dictature Harper, comme toutes les dictatures, la veille ou l'avant-veille de la prochaine élection, procédera à un grand ménage de ses échanges internes, sur support papier ou autres? Je le répète : ou un gouvernement gère l'État par compromis afin de représenter toute la population, ou il gère pour ses lobbyistes.

Or, le gouvernement conservateur ne cesse de proclamer qu'il est majoritaire, ce qu'il ne se gêne pas de répéter, en ne consultant que lui-même. Mais que se passe-t-il quand on perd le pouvoir et que les adversaires occupent désormais les officines de l'État? Les adversaires désormais au pouvoir vont chercher les traces d'abus et d'illégalités, c'est de bonne guerre. Pour éviter ce genre de chasse aux sorcières, un gouvernement sage et compétent fait des compromis avec l'opposition, et les provinces.
On peut raisonnablement penser que l'informatique moderne viendra à la rescousse des futurs nouveaux locataires du Parlement et que les communications internes de la dictature Harper ressortiront des murs comme autant d'empreintes digitales. Une fois minoritaires ou rayés de la carte, il sera facile grâce à la science moderne de retracer la preuve des impairs des conservateurs, les déchiqueteuses informatiques étant moins efficaces que celles à papier.

Les affaires Schreiber/Mulroney, le scandale des commandites des libéraux fédéraux et du CPR avec John A. McDonald qui a présidé à la naissance de la Confédération, un autre événement controversé, sont autant de scandales politico-financiers qui montrent clairement les conséquences de l'abus de majorité, ce dont le système parlementaire devait initialement nous prémunir. Heureusement que les déchiqueteuses informatiques déchiquètent mal. En fait, le paradigme de la déchiqueteuse n'existe plus, ce qui est malheureux pour les dictatures, mais qui assure le salut des démocraties et de la justice, en attendant l'heure des comptes.

 
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