Maxime Guérin

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Marijuana: Colorado, Washington... Ottawa?

Publication: 12/11/2012 00:42

Bob Rae a déclaré avoir déjà consommé de la marijuana. On dit de Barack Obama qu'il en a consommé aussi. Cette question est taboue et je n'ose même pas vous demander ce que vous en pensez. Voilà donc une intéressante élection que celle du 6 novembre dernier aux États-Unis. Outre la profonde division nationale qui règne dans le pays des Démocrates et des Républicains, un débat intéressant a été réglé : Le Colorado et l'État de Washington ont légalisé l'usage « récréatif » du cannabis! Oui, le cannabis est légal pour consommation personnelle dans des états fédérés du pays de Nixon, qui qualifiait la drogue comme étant « l'ennemi numéro 1 » en 1971!

Il faut distinguer l'usage médical du cannabis, la décriminalisation et l'usage récréatif permis (ou légiféré). L'usage médical est apparu au Canada en 2001, mais rappelons tout de même l'arrestation récente (juin 2010) des organisateurs des réseaux des centres dits « Compassion » au Québec. Cet usage est très encadré au Canada et les permissions de consommation, possession et production sont distribuées par Santé Canada. La décriminalisation, comme l'indique son nom, consiste tout simplement en retirer de la liste des substances et drogues illégales le cannabis. Actuellement, il est interdit de consommer, posséder et faire la production du cannabis. En temps normal, lorsqu'il est question de décriminalisation, on entend le fait de ne plus considérer comme un acte criminel la possession et la consommation personnelle. Au Pays-Bas, seules des sanctions civiles (ou amendes) du même type que celles relatives aux infractions au Code de la route sont en vigueur. Autrement, la production et le commerce restent des infractions. Un pas plus loin, donc, c'est la légalisation pour usage récréatif.

C'est ce dernier usage qui a été permis suite à un Référendum d'Initiative Populaire au Colorado et dans l'État de Washington (R.I.P, au Québec, ça vous dit quelque chose?). La question a été posée sur le même bulletin que pour l'élection du Président. Mais qu'est-ce que cela implique d'avoir voté en faveur de la législation de l'usage récréatif du cannabis ? Au Colorado, cela implique qu'il est totalement légal de s'approprier et de posséder jusqu'à 28.30 grammes de cannabis par personne de 21 ans et plus. Un délai d'un an est accordé à l'État pour mettre en place la législation. Aussi, cela implique que l'État s'ingère dans la production dudit cannabis ! En effet, comme le rappelle très bien le dossier paru dans Le Monde il reviendra à l'État du Colorado, et celui de Washington, d'appliquer sa propre loi et d'ainsi réguler la consommation du cannabis sur son territoire. Tout en esquivant la grande difficulté qu'auront ces deux États à faire appliquer ces législations en raison d'une contradiction avec le gouvernement fédéral américain, il faut comprendre que les États impliqués pourront percevoir des taxes sur la production et la vente du produit. Ainsi, lever la prohibition du cannabis revient à faire obstacle au marché noir du cannabis.

Les producteurs devront alors s'enregistrer auprès du gouvernement du Colorado et obtenir les permis spécifiques. Pour faire le parallèle au Canada, il suffit de penser à la production des cigarettes. Le principe devrait, s'il était importé au Canada, normalement être le même. C'est là, la grande différence avec la décriminalisation : L'État est impliqué dans la production et la tolère, l'encadre et l'approuve. Avec une simple décriminalisation, l'État ne perçoit rien et la production reste sur un « marché noir ».

Le Parti Libéral du Canada a récemment adopté lors de son congrès de janvier 2012 une position favorable à la LÉGALISATION du cannabis. Comme le mentionne la résolution adoptée, on veut veiller « à la réglementation et à la taxation de sa production, sa production et son utilisation tout en imposant des sanctions sévères pour les activités illégales de trafic, d'importation et d'exportation de marijuana ainsi que pour la conduite avec facultés affaiblies».

Mais qu'en est-il au Nouveau Parti Démocratique du Canada ? La situation est un peu ambiguë et j'espère sincèrement qu'elle sera réglée bientôt! M. Mulcair a affirmé en entrevue lors de la course à chefferie qu'il était POUR la PROHIBITION puisque le marché actuel de la marijuana propose des produits dangereux. Mais a-t-il réfléchit à ce qu'offrirait un marché contrôlé et légal ? Paraît que le chef est prêt à trouver des arguments POUR. Je crois sincèrement que le NPD devrait se repencher sur cette idée. Je suis très intéressé par ce débat et je crois que le meilleur endroit pour faire un « test » sur la légalisation est aux États-Unis. En effet, un pays où les divisions sont aussi manifestes et où les valeurs progressistes et conservatrices s'entrechoquent, c'est dans ce pays que la législation aura à faire le plus de preuves ! Au Canada, je crois que le premier geste à poser serait celui de la décriminalisation. Ensuite, parce que nous sommes dans le « Plus Meilleur Pays du Monde », nous pourrons importer un modèle qui a fait ses preuves, ou encore rejeter ce modèle qui n'a pas su survivre aux pressions et lacunes qu'il y aura pu avoir.

Avant de légiférer, pensez-vous qu'il faudrait davantage de données, d'études et d'opinions sur les effets réels du cannabis ? À mon avis, la question est légitime. Plus on cherche, plus on se perd dans les données et chiffres. En effet, il n'y a pas de réel consensus sur les effets de la consommation du produit. Une chose semble plus facile à conclure : il semble y avoir entre 5 et 10% des quelques millions de consommateurs de marijuana au Canada qui sont dépendants, le reste constituant des utilisateurs ponctuels. C'est en effet ce que rapporte un reportage de Radio-Canada datant de 2002. Par contre, il y a un plus grand consensus : la prohibition totale est plutôt inefficace, il serait plus simple de décriminaliser pour commencer! Enfin, pour tenter de convaincre M. Mulcair, il paraît que des médecins sont en faveur de la légalisation complète afin d' « épurer » la substance et la rendre moins dangereuse que celle présentement offerte.

 

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