Maxime Guérin

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Le cadeau de Grec

Publication: 12/04/2012 07:49

L'idée de François Legault me plaisait, au début. Je m'y suis intéressé sérieusement, dès qu'il est sorti pour en faire la promotion quelque part à l'été 2011. Son retour en politique était salué par beaucoup et sa fraîcheur a été appréciée. Je parle au passé, c'est voulu! Les intentions de vote étaient bonnes, l'image du renouveau politique et du parti qui fait changement a fait tourner beaucoup de tête. Alors qu'est-ce qui explique cette baisse incroyable dans les sondages? Qu'est-ce qui fait en sorte que François Legault a perdu des plumes au point de s'affairer à réparer que ce qui lui reste?

Le premier facteur, c'est le cadeau de Grec. Le cadeau en question, c'est François Rebello. Pauline Marois s'est débarrassée d'un dissident, qui a participé à la crise du PQ. Il est passé à la CAQ, en s'assurant de pouvoir rester un souverainiste. C'est là que les dégâts ont été faits, irrémédiablement. Comment pouvez-vous faire avaler à la population qu'un parti qui se dit « ni à gauche ni à droite, ni souverainiste ni fédéraliste » puisse accepter parmi ses membres un souverainiste aussi convaincu? C'est là le problème, comment faire maintenant pour que la CAQ aille chercher des votes auprès de la clientèle du PLQ ? À moins de demander gentiment à Rebello de s'en aller sans casser de pots, aussi bien le tolérer et réparer au fur et à mesure les bêtises qu'il faut : lire ici Janvier Grondin et Rebello qui s'ostinent en conférence de presse... En somme, la CAQ s'est dotée de quelqu'un de souverainiste afin de montrer que les deux clans peuvent se réunir, mais cela n'a amené qu'un chaos difficile à contrôler. La gauche et la droite ensemble, la souveraineté et le fédéralisme ensemble : N'y aurait-il pas moyen de pondérer les deux et de les réunir plus facilement? J'y viendrai.

Le deuxième facteur c'est la méthode de financement. Il y a là un vrai échec au plan du marketing. Dieu seul sait à quel point le marketing est important! (Salutations à Marcelo Grimberg de l'UCQc!!!). Quand Legault est sorti pour la première fois, tous ont cru à un parti qui allait éviter la corruption et les enveloppes brunes. Le moment avait été choisi, on était en plein dans les histoires de collusion et de construction. Legault arrivait en héros, en homme humble, en citoyen honnête! Mais qu'apprend-on plus tard? M. Legault a construit une organisation sans but lucratif finement organisée, avant même son enregistrement au DGEQ. Le financement avec des cocktails à 400$ pour serrer la main du chef, chef non élu en passant... La liste des gros donataires donnée par erreur aux médias... Que de bévues! Vraiment, pour avoir l'air crédible comme le nouveau parti pour les citoyens et pour représenter « le peuple », ça commence mal!

La troisième gaffe, la fusion avec l'ADQ. Un parti ni à gauche ni à droite qui fusionne avec la droite québécoise afin de toucher l'argent du parti aspiré et le temps en Chambre, y a-t-il plus avare que cela? On a assisté, autrement dit, à l'élargissement de l'ADQ, avec un renouvellement de nom. En prime, on a eu droit à de la discorde, voir Gérard Deltell qui parle d'environnement en tant que chef parlementaire et François Legault qui vient le corriger en tant que chef du parti. Quel drôle de mixte. Comment avoir l'air, une fois de plus, du nouveau parti, du renouveau de la politique, si on s'associe immédiatement avec une entité politique qui existait déjà et qui avait déjà une grosse étiquette collée à son front? La conséquence numéro un? Avoir les mêmes intentions de vote que l'ADQ ou presque. C'est dire à quel point cela n'a rien changé...

La quatrième gaffe, c'est l'empressement. En un an, François Legault a créé une OSBL, un parti, a récolté de l'argent, a fusionné avec l'ADQ, a ramassé les morceaux du PQ et a eu le temps d'avoir l'air du patron qui doit régler les discordes de sa grosse, trop grosse famille divergente. Tout arrive à point à qui sait attendre comme on dit. Sans programme étoffé, sinon qu'un beau plan d'action large, avec des idées en conférence de presse ici et là, on aurait peut-être dû attendre un peu. Les élections approchent, mais pourquoi pas attendre et tout lâcher d'un coup, en méga-conférence de presse chargée d'information. Au contraire, le lancement officiel se résuma à « On verra ».

La dernière, et non la moindre, c'est la notion de Legault inc. Vous verrez ci-haut que je parle toujours de Legault comme le chef, le grand manitou. C'est un peu ça le gros défaut d'un parti qui veut avoir l'air d'un nouveau parti, mais qui ne l'est pas! Avoir un chef incontesté, une personnalité forte, à laquelle on n'a même pas donné la chance de se présenter devant les membres pour en confirmer la nomination. Qui dit que Gérard Deltell n'aurait pas voulu être le chef de la CAQ? Éric Caire? Sylvie Roy? Pire encore : François Rebello? Un parti qui se respecte et qui veut changer les choses se devrait d'être un tantinet plus démocratique... Quand je vois Legault parler aux médias au nom de la CAQ, j'ai l'impression qu'il "bypass" les membres et les idées qui peuvent émaner de ceux-ci, tout comme de l'aile parlementaire, afin de faire parler l'Homme du parti.

Je vous avais dit que je reviendrais sur l'union des forces de droite, de gauche, souverainiste et fédéraliste. La droite et la gauche, que l'on place la gauche pour les mesures sociales et la droite pour les mesures économiques, ça revient à dire, en mon sens, que l'on est au centre, non? Autrement dit, il est difficile de se décoller de ces étiquettes de droite ou de gauche, aussi bien affirmer dès le départ notre étiquette!
Pour le fédéralisme et la souveraineté, je crois que les dernières décennies ont montré à quel point la question constitutionnelle n'est plus tellement d'actualité. Un peu à l'instar de l'autonomie de la feue ADQ, pourquoi ne pas parler de fédéralisme de coopération? La fédération, au départ, c'est l'union des provinces.

Afin de différencier le fédéralisme de coopération de l'autonomie Adéquiste, il faut savoir que le fédéralisme de coopération consiste en l'union des forces provinciales face à Ottawa, ou encore entre eux afin de prendre des initiatives strictement provinciales. On a de beaux exemples de fédéralisme de coopération, qui auraient pu aller plus loin, mais qui existent quand même. Ne serait-ce pas intéressant de voir les provinces s'unir et imposer des conditions à Ottawa dans ces négociations? Les transferts en santé, par exemple, ont été imposés. Les provinces se sont insurgées brièvement, sans faire un front commun. Le Québec devrait être un leader sur ce point, en raison du passé trouble entre Québec et Ottawa.

Sans prôner la séparation, je préfère prôner l'affrontement sur un front de négociation. Autre exemple, pourquoi Québec fait-il cavalier seul sur le registre des armes d'épaule? Je suis convaincu que d'autres provinces seraient prêtes à offrir un support à Québec face à la possibilité de faire un registre d'armes à feu provincial ! Encore, n'y aurait-il pas de la place pour de l'échange de technologies pour l'environnement? Ou encore la création d'un front interprovincial de négociation avec les compagnies pharmaceutiques pour la réduction des coûts des médicaments?

L'Union citoyenne du Québec sera le prochain sujet traité!

 
L'idée de François Legault me plaisait, au début. Je m'y suis intéressé sérieusement, dès qu'il est sorti pour en faire la promotion quelque part à l'été 2011. Son retour en politique était...
L'idée de François Legault me plaisait, au début. Je m'y suis intéressé sérieusement, dès qu'il est sorti pour en faire la promotion quelque part à l'été 2011. Son retour en politique était...
 
 
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Le Kwisatz Haderach
There is no power without brain power.
16:48 sur 12/04/2012
La realité c'est que Legault a sous-estimé le populisme des Quebecois et leur desir, ou a tout du moins leur comprehension, qu'il y a urgence de bouger au Quebec!

Ce n'est pas Legault qui en fera les frais, mais tous les Quebecois.
13:46 sur 12/04/2012
Je suis tout à fait d'accord avec vous... J'aurais pu rajouter vos points aussi comme autres facteurs en fait. La CAQ, en mon sens, a le dont de viser des "ennemis": Hydro-Québec, les profs... ! Drôle d'organisation que cette CAQ !
16:12 sur 14/04/2012
Vous faites une analyse en cinq points des gaffes qui ont amené la chute de la CAQ dans les intentions de vote. Vous y démontrez la maladresse du chef, le fait que finalement il n'y ait de renouveau dans ce parti que le nom, qu'on aurait été en droit de s'attendre à un véritable processus démocratique au sein d'un parti qui prétendait faire de la politique autrement, vous dénoncez ses méthodes de financement et le fait que son programme manque de substance et se résume plus souvent qu'autrement à on verra.

Après avoir pondu cette radiographie d'un échec, vous tombez parfaitement d'accord avec un intervenant qui impute l'échec de lego aux québécois et qui prétend, sans en faire un iota de démonstration, que ce seront les québécois qui en feront les frais.
16:12 sur 14/04/2012
En fait, vous démolissez tout simplement l'ensemble de votre commentaire en affirmant être d'accord avec quelqu'un qui met sur le dos des québécois l'échec de lego. En effet, quand on vous lit, on a certes pas envie de voter pour la CAQ et votre analyse ne mentionne nulle part que les québécois seraient responsables de cette perception qu'ils ont de lego et de son parti, vous faites au contraire porter la responsabilité sur lego et son organisation.

Alors admettons que vous aimez vous tirer dans le pied et que vous êtes pour le moins difficile à suivre. Lego est responsable de son échec ou non ? Pourquoi serait-ce la faute des québécois et donc de vous-même qui faites exactement la même analyse qu'eux ?
11:07 sur 16/04/2012
Avez-vous lu le billet ? Nul part je ne mentionne que c'est la faute aux québécois. C'est plutôt la faute de l'organisation marketing qui n'a pas su plaire au populisme québécois. Je ne vois pas pourquoi ce seront les québécois qui en paieront les frais car de toute façon, les intentions de votes sont tellement basses que la CAQ risque de ne pas bouger ou presque aux prochaines élections.
Vous êtes dure à suivre aussi : Je suis tout à fait d'accord avec le fait que la CAQ ne répond pas aux attentes des québécois tout en étant d'accord avec vous que la CAQ a attaqué des gens ciblés, ce qui déplaît à beaucoup.
Les québécois en feront les frais si ils élisent la CAQ comme gouvernement ou même comme opposition officielle car la CAQ ne répond pas au désir général de voir les choses bouger.
Au plaisir de vous relire. Je voudrais que vous pardonniez le délai que j'ai pris pour vous répondre et clarifier mon idée.
13:02 sur 12/04/2012
La plus grosse erreur de Legeault à été de refuser les étiquettes, à force de vouloir plaire à tous le monde, personne nous aiment. De deux, je n'est jamais crue qu'un nouveau parti peut gouverner apès une première élection. Pour une première élection, Legeault aurait avoir comme stratégie d'aller chercher sa clientèle naturelle, la droite nationaliste, ce que l'ADQ avait réussis à faire en 2007.
16:22 sur 14/04/2012
Lego est un opportuniste et un démagogue. Il s'est essayé à manger à tous les râteliers en même temps et il a cru que le fait que les citoyens ne s'intéressaient (apparemment) pas beaucoup aux questions constitutionnelles lui permettrait de ratisser plus large en ne prenant pas position. Il s'est donc doté d'un parti drabe, assis entre deux chaises, ni souverainiste, ni fédéraliste, ni autonomiste, ni à gauche, ni à droite et en fait partout et nulle part.

Au lieu d'arriver avec un programme cohérent et structuré, il a pêché des idées un peu partout, il a présenté un os pas très bien pourvu en viande, tentant de plaire à tout le monde et à son père, il ne plaît finalement plus qu'aux anti-syndicalistes primaires et à un segment de notre petite droite populo et il était impossible qu'il en aille autrement. On ne va pas loin avec on verra comme slogan.
08:42 sur 12/04/2012
Pour ma part c'est aussi le fait qu'il fait de la politique à la manière des années 70, comme tous les autres qui est la raison de sa chute. Il s'est drapé de démocratie directe en créant sa coalition qui avait pour but de récolter nos idées afin d'arriver avec des solutions. Seulement il n'a écouté personne et s'est entêté avec ses idées de droite qui ont déjà été essayées au sud de chez nous avec peu de bons résultats. L'exemple de payer des profs plus chers pour qu'ils soient plus efficace me vient en tête. Bref, il passe pour un bon opportuniste comme les autres. Après l'avoir vu en conférence à l'institut du nouveau monde, je me suis vite aperçu qu'il répétait ses arguments sans répondre aux questions posées. Le changement de génération viendra un jour en politique... même si parfois ça peut paraître très long...
11:43 sur 12/04/2012
Vous avez raison de rappeler sa proposition concernant les profs. Imaginons que son idée soit implantée pendant un certain temps. Bon an mal an, des profs jugés peu performants sont congédiés. Mais rapidement, la question suivante se poserait : par qui les remplacer? Par des anciens, remerciés pour mauvais rendements, à qui on donnerait une 2e chance? Bref, un tel système finirait pas ressembler à la situation actuelle.
00:11 sur 13/04/2012
Je ne suis pas d'accord, les pays Scandinave ont éléminer les commisions scolaires, les syndicats ont beaucoup moins de pouvoir, renvoyer un employé n'est pas difficile, la compétitivité et l'excellence est encouragé, le privé également (santé, éducation, transport en commun) l'État est moins investisseur (dans les compagnie) qu'ici comme Hydro quebec, placement Québec, etc. Il n'hésite pas à exploiter leur pétrole responsablement. Je crois qu'ils on le meilleur modèle au monde. En contre partie ils sont beaucoup plus taxer qu'ici (25%) ce qui fait qu'ils ont plus de programmes sociaux comme la gartuité scolaire.

On devrait regarder en profondeur ce qu'il font et en adapter le plus possible ici.
16:34 sur 14/04/2012
Et surtout, pourquoi s'attaquer aux enseignants et pas aux médecins et aux gestionnaires de nos systèmes de santé et d'éducation ? Pourquoi faire porter l'odieux de tout ce qui ne fonctionne pas en éducation sur le dos des seuls enseignants ? Et avant de penser à les évaluer, il y avait lieu de mitiger les disparités, d'améliorer leurs conditions de travail, de les consulter sur les problèmes qu'ils rencontrent et sur les lacunes du système. Comment peut-on être assez décérébré pour croire ne fut-ce que trente secondes que d'évaluer les enseignants résoudrait les problèmes de notre système d'éducation ? Et c'est ce genre de bonhomme, qui se posait en sauveur du peuple avec ses petites recettes managériales et considérait que faire de la politique autrement consistait à envisager le gouvernement comme un CA. Pourtant, on a déjà un CA à Québec depuis 9 ans aujourd'hui, rien de nouveau là-dedans et surtout rien de bien exemplaire comme bilan.