Maxime Duchesne

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La souveraineté et la résistance au changement

Publication: 16/03/2012 08:04

Le souverainisme, malgré tous les problèmes du fédéralisme canadien, n'a que très rarement rallié une majorité de Québécois et semble éternellement figé à plus ou moins 40 % d'appuis. Sondage après sondage, nous constatons que la population québécoise souhaite du changement et se détache de l'identité canadienne. Pourtant, les Québécois craignent encore la souveraineté au point où de nombreux souverainistes croient préférable de ne pas promouvoir leur option afin d'accéder au pouvoir. Un concept de psychologie, la résistance au changement, permet de mieux comprendre cette crainte de l'indépendance et fournit aux souverainistes une piste de solutions pour faire progresser l'appui à la souveraineté.

Selon ce concept, tout changement est forcément accompagné d'une certaine résistance qui est en réalité une réaction défensive face à l'anxiété. La raison est simple : l'individu, avec l'expérience, se développe des habitudes, des routines et des connaissances qui le confortent et le rendent à l'aise dans son environnement. Un changement, dépendamment de sa nature et de son importance, remet en cause cet environnement et engendre une zone d'incertitude et d'inconnu qui crée l'anxiété, contraignant ainsi l'individu à résister. Les personnes âgées, étant plus habituées à leur zone de confort, sont généralement celles qui s'opposent le plus au changement, comme en témoigne le faible appui à la souveraineté dans cette tranche de la population.

Et, bien que la population affirme constamment souhaiter du changement, la réalité est qu'une levée de boucliers le suit presque inévitablement : la peur de l'inconnu, ou anxiété, est facilement exploitable par les groupes d'intérêts et les partis politiques. Voilà pourquoi les fédéralistes, afin de contrer le souverainisme, ont toujours misé sur la peur : partition du territoire québécois, perte des régimes de pension, désastre économique, etc. Plus un changement est important, plus il est facile pour les groupes d'intérêts d'effrayer la population et ainsi la rallier, par défaut, à leur cause. Les campagnes électorales font exception à cette règle: le débat, touchant à une multitude de sujets, est moins concentré et polarisant que, par exemple, lors d'un référendum, où les électeurs n'ont que deux choix, l'appui au changement ou le refus de celui-ci. Les groupes d'intérêts ont donc plus de visibilité lorsque le débat public est limité à un sujet précis, ce qui facilite l'échec à la réforme.

À moins qu'une réforme n'engendre d'incertitude, seule la conviction que la situation actuelle est négative ou se dégrade peut mener un individu à appuyer le changement sans crainte. Pour la question nationale, il ne fait aucun doute que le déclin du français et du poids du Québec dans le Canada permettent de justifier un changement. C'est d'ailleurs avec les arguments identitaires que les souverainistes ont généralement réussi à convaincre puisque la relation causale avec la situation constitutionnelle est facilement démontrable, ce qui l'est moins pour les questions économiques.

La solution pour le mouvement souverainiste? L'habilitation. Préparer la population au changement en expliquant clairement ce qui se produira avant, pendant et après un référendum gagnant, en préparant des plans de contingences, en consultant la population, etc. Bref, faire en sorte que l'incertitude soit réduite à pratiquement zéro en informant la population et surtout en l'impliquant. Car, en ayant lui-même directement participé à la réforme, il est fort peu probable qu'un individu en craigne les effets!