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Le PQ, la taxe santé et l'histoire au secondaire

17/10/2012 09:23 EDT | Actualisé 17/12/2012 05:12 EST
PC

Taxe santé

Le moindre que l'on puisse dire est qu'un changement de gouvernement n'est jamais facile. L'état des finances publiques n'est jamais aussi rose que le prétendait le gouvernement sortant et les premiers jours à la tête d'un ministère peuvent parfois être chaotiques étant donné la nécessaire acclimatation. Un pour qui la transition fut laborieuse est Nicolas Marceau. Le nouveau ministre des Finances est aujourd'hui le grand responsable de la concrétisation de nombreuses promesses électorales dans un contexte où la croissance économique du Québec est moins forte que prévu et que le déficit réel est beaucoup plus important que prédit par l'ancien gouvernement libéral, le tout en étant minoritaire! Plusieurs diront, avec raison, que ces problèmes étaient prévisibles puisque c'est toujours ainsi après un changement de gouvernement. Le fait d'être minoritaire n'aide en rien le nouveau gouvernement péquiste qui devra tenter de réaliser ses promesses électorales en un ou deux ans afin d'être prêt à se représenter devant l'électorat québécois avec des réalisations concrètes lors de la prochaine campagne électorale.

L'abolition de la taxe santé fut incontestablement le plus grand défi qu'a eu à relever le nouveau ministre, pratiquement seul face à l'opposition bruyante de puissants groupes d'intérêts et de nombreux commentateurs de notre sphère médiatique. Néanmoins, cette opposition à la hausse d'impôt des plus nantis était prévisible puisque tout changement majeur apporte son lot de contestations, et cela même s'il ne touche qu'à une petite partie de la population (ce qu'on nomme la résistance au changement et qui est, à mon humble avis, le phénomène le plus important pour comprendre l'acceptation ou non des politiques publiques). Les groupes de pression ont très bien attisé l'angoisse fiscale qui semblait toucher à plus de la moitié de la population avant que le ministre abandonne l'idée d'abolir la taxe santé.

Au-delà du débat autour du bien-fondé ou non de ces hausses, il n'en demeure pas moins que le recul du PQ face à l'abolition de la taxe santé est une énorme erreur stratégique sur bien des points. En effet, le ministre Marceau aurait pu simplement annoncer l'annulation de la rétroactivité des hausses, et qu'ainsi il maintenait la taxe santé pour le rapport d'impôt 2012, tout en affirmant qu'il devra négocier avec l'opposition pour la suite des choses afin d'abolir une fois pour toutes cette taxe santé en trouvant une autre solution qu'une hausse des taxes. Il aurait pu ainsi forcer l'opposition à présenter des compromis et surtout à se mouiller plutôt que de leur laisser le loisir de critiquer sans faire de réelles propositions. Il a plutôt préféré rassurer le milieu des affaires, qui a horreur de l'incertitude, en annonçant immédiatement que la taxe santé sera modifiée, mais maintenue pour le rapport d'impôt 2013.

D'un point de vue strictement économique, on peut comprendre l'empressement du Ministre Marceau à reculer sur l'une des principales promesses électorales du PQ. Il était loin d'être garanti qu'il pourrait trouver le milliard de dollars prévu par ces hausses, alors qu'avec le maintien de la taxe santé pour l'année 2012 le ministre peut affirmer avec certitude qu'il trouvera le milliard de dollars. Par contre, d'un point de vue politique, c'est une erreur monumentale.

Premièrement, le gouvernement dirigé par Pauline Marois est minoritaire. Bien que le ministre Marceau ait affirmé que c'est pour éviter d'être renversé qu'il a opté pour un compromis, la réalité est que l'opposition redoute probablement de nouvelles élections davantage que le Parti Québécois. Les coffres de la CAQ sont vides et elle n'a donc aucunement les moyens financiers de retourner en élections à court terme. Du côté du PLQ, il est tout simplement impensable d'aller en élections sans avoir élu son nouveau chef (on pourrait difficilement envisager que Jean-Marc Fournier soit à la tête du parti lors d'une éventuelle campagne électorale). À mon avis, le PQ n'aurait jamais dû agir en réaction à la menace, peu crédible, d'un renversement par l'opposition. Dans le pire des cas (si le PQ était forcé de présenter son projet de loi sans l'appui de l'Assemblée nationale), l'opposition aurait présenté des amendements lors de l'étude du projet de loi et ainsi le PQ aurait pu reporter le blâme d'avoir « reculé » sur les épaules du PLQ ou de la CAQ. En reculant avant même l'étude de son projet de loi, le PQ devra vraisemblablement encore reculer davantage pour le faire accepter par le PLQ ou la CAQ.

Deuxièmement, en reculant ainsi, le PQ donne des munitions au PLQ, à la CAQ et à QS. Le PLQ pourra affirmer que sa taxe santé était nécessaire puisque même le PQ souhaite aujourd'hui la préserver, alors que la CAQ pourra affirmer que le PQ n'a pas tenu sa promesse électorale et qu'un gouvernement de la Coalition l'aurait abolie grâce à de très hypothétiques coupures dans la fonction publique. Québec Solidaire, de son côté, doit être soulagé que le PQ recule sur ce point étant donné que de nombreuses mesures adoptées par le PQ étaient susceptibles de séduire certains partisans de QS (le silence relatif de QS lors de l'épisode sur l'angoisse fiscale en disait long à cet effet).

Bref, si d'un point de vue économique on peut comprendre l'empressement du ministre Marceau à trouver un compromis, d'un point de vue politique il a commis une grande erreur. Non seulement ce recul risque de faire perdre des appuis au PQ, en plus il donne des munitions à l'opposition. Maintenant ceux-ci ont le beau rôle et pourront accuser le Parti Québécois d'improviser, de n'être pas fiable, de renier ses promesses, etc. D'ailleurs, les mêmes qui se plaignaient des hausses d'impôt se plaignent aujourd'hui du maintien de la taxe santé, preuve de plus s'il en fallait encore que l'opposition était avant tout contre le PQ bien avant d'être contre les propositions fiscales du PQ! Du côté des contribuables, seuls les plus nantis et les plus pauvres sortent gagnants de la nouvelle proposition alors que la classe moyenne écope (par rapport à la proposition initiale du Parti Québécois).

Cours d'histoire au secondaire

Après des années de révisionnisme libéral au profit d'une histoire pro-Canada et pro-multiculturalisme canadien où l'histoire du Québec était aseptisée de toute identité et de tout conflit avec le Canada-anglais, la nouvelle ministre de l'Éducation, Marie Malavoy, a affirmé en entrevue que les cours d'histoire au secondaire redeviendront comme ils l'étaient avant l'ère Charest, notamment en redonnant une place à la question nationale. Les élèvent réapprendront donc qu'il y a une nation québécoise au Québec, qu'il y a bel et bien eu des guerres et des conflits avec le Canada-anglais et que la Constitution canadienne de 1867 (puis le rapatriement de 1982) n'a jamais été votée par les Québécois. Rien de scandaleux dans tout ceci.

Pourtant, il n'en fallait pas plus pour que nos chers marchands d'opinions rapides (notamment certains «chialeux professionnels» de Radio X et certains chroniqueurs omniprésents) crient au scandale et à la propagande (bien qu'ils ne connaissent aucunement le contenu du nouveau cours). Considérant la transformation de l'histoire du Québec en outil de propagande fédéraliste sous le règne des Libéraux, quel mal y a-t-il à ce que la ministre Malavoy annonce que la question nationale et les conflits avec le Canada retrouveront leur place dans les livres d'histoire? Les Libéraux ont bien tenté d'effacer la conquête et ses effets dévastateurs sur la population (famine, destruction, maladies, pauvreté, viols, etc.), la répression sanglante des Patriotes (qui demandaient une réelle démocratie), la crise d'octobre et le rapatriement unilatéral de la constitution sans l'accord du Québec. En quoi est-ce scandaleux? Après tout, à quoi sert d'enseigner l'histoire si l'on en efface les évènements les plus marquants? Encore une fois, il faut comprendre que ce n'est pas la raison qui justifie cette nouvelle montée de boucliers, mais plutôt une idéologie qui tend à diaboliser le nationalisme québécois (ou, dans le cas de plusieurs chroniqueurs, la recherche de controverses pour justifier leur travail). La population québécoise devrait se réjouir que l'on veuille enseigner l'histoire au secondaire plutôt que de tomber dans le piège de certains marchands d'opinions qui préfèreraient probablement que la devise du Québec devienne « I don't remember »!

Assemblée nationale