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À moins d'un pacte électoral, Jean Charest sera réélu

30/06/2012 11:30 EDT | Actualisé 30/08/2012 05:12 EDT
PC

Le 5 juin dernier, le quotidien Le Devoir publiait une lettre de Pierre Curzi, député indépendant de Borduas, dans laquelle celui-ci enjoignait les forces souverainistes à s'unir dans le but de vaincre le Parti libéral du Québec aux prochaines élections. Cette proposition a depuis fait boule de neige au point où de nombreuses personnalités québécoises appellent maintenant à un front uni. Il faut se rendre à l'évidence : une réelle union est impossible et n'est pas souhaitable. Le PQ est trop à droite pour QS, alors que ce dernier est trop à gauche et insuffisamment souverainiste selon les péquistes, rendant une alliance impossible. À défaut de former conjointement un gouvernement, un pacte électoral serait souhaitable, quoique difficilement réalisable. Option nationale, le parti récemment fondé par Jean-Martin Aussant, député de Nicolet-Yamaska, semble favorable à une telle union, alors que Québec Solidaire a récemment ouvert la porte à un tel pacte moyennant certaines conditions. La balle est aujourd'hui dans le camp du Parti Québécois de Pauline Marois. Si le Parti québécois a raison de se montrer prudent considérant qu'un tel arrangement serait un couteau à double tranchant, une bonne dose de réalisme devrait lui faire accepter le pacte, car, disons-le d'emblée, sans accord électoral Jean Charest dirigera à nouveau un gouvernement minoritaire. J'exposerai dans les lignes qui suivent mon analyse des différents avantages et inconvénients d'un pacte électoral.

(Au moment d'écrire ces lignes, le Parti québécois n'a toujours pas répondu à l'ouverture de Québec Solidaire).

Pourquoi un accord?

Comme l'a si bien mentionné Curzi, la division du vote francophone avantage grandement le PLQ. D'élection en élection, les anglophones et les allophones votent ensemble à plus de 90 % pour le Parti libéral, indépendamment de l'environnement politique. Un récent sondage Léger Marketing démontrait la fermeture des anglophones envers l'offre des autres partis : plus de 50 % étaient incapables de considérer un deuxième choix et près de 25 % reporteraient leur vote au Parti vert (un parti de contestation étant donné son invisibilité médiatique) s'ils ne pouvaient voter libéral. Cette domination libérale chez les anglophones et allophones assure au PLQ plus d'une trentaine de circonscriptions à Montréal et à Laval, et ce même si son appui chez les francophones plafonnait à 10 %. En 2007, Charest n'avait eu besoin que de 48 députés (et 33 % du vote) pour former un gouvernement minoritaire, alors que l'ADQ, avec 30 % du vote, avait obtenu 41 sièges. Les récents sondages placent le PLQ en égalité avec le PQ, respectivement à 33 et 32 % après la répartition des votes. Considérant le fort abstentionnisme chez les jeunes et la marge d'erreur des sondages (plus ou moins 3 %), le scénario de 2007 risque de se reproduire, reportant ainsi les libéraux au pouvoir et les péquistes dans l'opposition. Le PQ devrait donc éviter de tomber dans le piège du triomphalisme suite à sa victoire dans Argenteuil : la victoire dans cette circonscription francophone à plus de 80 % est plus attribuable à la CAQ qu'à la réelle performance du PQ. Québec Solidaire, plutôt montréalais, y a obtenu un résultat sous sa moyenne nationale, qui tourne autour de 9 %, ce qui a également permis au PQ de franchir la ligne d'arrivée à 500 votes du PLQ. De plus, avec un abstentionnisme de plus de 50 % lors de cette élection partielle, il est difficile de prévoir si le PQ pourra préserver ce comté lors de la prochaine élection.

D'une manière générale, l'abstentionnisme et la division du vote francophone sont les deux facteurs qui détermineront si le PLQ retournera aux commandes de l'État : si le vote francophone est divisé, le PLQ est pratiquement assuré d'être réélu pour former un gouvernement minoritaire, alors que si le vote francophone est relativement uni à plus de 40 % derrière un même parti, celui-ci est assuré de former l'exécutif. À 37-38% chez les francophones (à ceci il faut prévoir l'abstentionnisme qui réduira ce score aux élections), le PQ risque de retourner dans l'opposition.

Le pacte électoral

Ce risque de voir le PLQ réélu est bien réel, Jean Charest misant sur la division du vote afin de se faufiler vers la première place. C'est d'ailleurs pourquoi plusieurs demandent aujourd'hui un pacte, voire une union, entre les forces souverainistes. Une véritable coalition entre le PQ, QS et ON (Option nationale) est impossible, ces trois partis ayant des positions trop différentes sur nombre d'enjeux. Par contre, l'idée des primaires proposée par Curzi permet d'éviter le problème d'une négociation impossible. La circonscription de Gouin, représentée par l'une des vedettes du Parti Québécois, Nicolas Girard, est dans la mire de Françoise David. Le PQ n'acceptera jamais de sacrifier Girard, alors que David tient mordicus à se présenter dans cette circonscription. Une élection primaire permettrait de laisser les électeurs trancher, enlevant ainsi le principal obstacle à la réalisation d'un pacte électoral.

Mais les paramètres d'une élection primaire posent problèmes : Doit-on permettre le vote à seulement les membres des partis? Ou doit-on, à l'image du Parti libéral du Canada, permettre aux « sympathisants » de voter? En termes de membres, le Parti Québécois obtient un énorme avantage sur ses deux opposants, alors que si l'on permet aux sympathisants de voter l'issue du scrutin dépendra de la capacité des partis politiques à faire sortir le vote. Une telle manière de procéder pourrait éliminer les réticences chez Québec Solidaire à organiser des primaires.

Ma proposition serait donc la suivante : un médiateur déterminerait quelles circonscriptions «chaudes» feraient l'objet de primaires, en tenant compte des intérêts des partis et des effets de la division du vote. Par exemple, une circonscription de l'ouest de l'île de Montréal ne nécessiterait aucunement que des ressources y soient « gaspillées » dans l'organisation d'une élection primaire étant donné l'impossibilité pour les souverainistes d'y faire élire un député. Même principe dans, par exemple, Pointe-Aux-Trembles, où le PQ est assurer d'y remporter l'élection. De plus, les intérêts des partis politiques, vitaux dans certaines circonscriptions, devraient être considérés pour permettre un pacte. Par exemple, laisser Nicolet-Yamaska à Aussant en exigeant en retour que celui-ci ne présente aucun candidat dans d'autres circonscriptions chaudes pour le PQ et pour QS serait le seul moyen de dénouer l'impasse. Laisser Mercier à QS rendrait aussi l'accord plus probable puisque moins risqué pour Québec Solidaire (perdre son seul député serait très dommageable pour ce parti). Le médiateur pourrait en retour suggérer à ON et QS de ne présenter aucun candidat dans Argenteuil, par exemple, puisque ceci ne ferait que favoriser les libéraux. D'un autre côté, l'issue dans certaines circonscriptions où les compromis sont impossibles (notamment Gouin) devrait être décidée par des élections primaires.

Un tel modèle plus « limité » que celui proposé par Curzi permettrait aux partis d'économiser avant les élections tout en leur permettant de présenter des candidats dans la très grande majorité des circonscriptions, évitant ainsi de les forcer à renoncer au financement public en fonction du nombre de votes obtenus. Un autre avantage d'un pacte électoral est que, contrairement à une réelle coalition, le PQ ne s'associerait pas directement à QS, ce qui éviterait au PQ d'être dorénavant associé à un parti considéré comme étant radicalement à gauche par plusieurs, neutralisant largement de très prévisibles attaques de la part de Jean Charest, adepte de la rhétorique de bas étage. Le côté médiatique des primaires, quoique négligeable en cette période estivale, pourrait malgré tout susciter un certain engouement pour le programme des partis souverainistes et attirer de nouveaux membres.

Les désavantages d'un tel pacte

En renonçant à certaines circonscriptions, les partis politiques pourraient être affaiblis : ils perdront une part de leur financement public, dépenseront pour les élections primaires dans certaines circonscriptions puis risqueront de perdre au niveau de leur score global (par exemple, si Québec Solidaire obtient 5 ou 6% des votes à l'élection générale pour l'élection d'un seul député il perdra l'effet psychologique qu'aurait eu une progression de son score de 4 à 9% si aucun pacte n'avait été conclu). De plus, rien ne garantit que les électeurs d'un parti défait aux primaires reporteront leur vote vers le parti souverainiste victorieux. Il est fort possible que des électeurs péquistes, par exemple, préfèrent voter pour un candidat caquiste plutôt que solidaire. Les effets sont donc imprévisibles et pourraient parfois nuire aux indépendantistes, autant au niveau des intérêts partisans que pour le mouvement dans son ensemble. Un pacte électoral serait donc un risque...

Et s'il n'y a pas d'accord?

....mais sans ce pacte Jean Charest sera probablement réélu, ce qui risquerait d'être fatal pour le Parti Québécois. Si Pauline Marois a raison, jusqu'à un certain point, de craindre un pacte, elle doit plutôt se poser la question inverse : « Sans pacte, que risquons-nous? ». À la lumière des sondages, la réponse devrait paraître évidente : Jean Charest sera probablement réélu et le Parti Québécois, déchiré, éjectera inévitablement Mme Marois de son siège. Le pacte serait donc, autant pour les intérêts personnels de Mme Marois que du PQ, le risque le plus acceptable compte tenu de la situation. Que Québec Solidaire ait démontré une telle ouverture à un arrangement préélectoral est tout à son honneur étant donné qu'il est le parti ayant le plus à perdre et démontre surtout que ce parti est capable de mettre de côté ses intérêts partisans pour une cause. Les conditions imposées par Québec Solidaire au PQ pour un pacte sont tout à fait acceptables et réalistes (la plupart des propositions étant déjà au programme du Parti Québécois).

Le temps presse, les élections auront vraisemblablement lieu à la mi-septembre. Pauline Marois doit accepter qu'un médiateur se charge de rapprocher les différents partis souverainistes dans le but de vaincre le Parti libéral de Jean Charest aux prochaines élections. Plusieurs enjeux, vitaux pour notre nation, ne doivent absolument pas être laissés entre les mains des libéraux. La situation linguistique, le « vol » de nos ressources naturelles, l'explosion des taxes (taxe santé, TVQ, Hydro-Québec, renouvellement annuel du permis de conduire, hausse des frais de scolarité, hausse de la dette, hausse des dépenses étatiques, etc.), une diminution injustifiée des taxes aux entreprises (diminuées de moitié par les libéraux bien que de nombreux économistes jugent de telles politiques néfastes pour les finances du Québec), l'affaissement du Québec devant le gouvernement fédéral et j'en passe. La prochaine élection générale sera déterminante pour l'avenir du Québec. Malheureusement, les Québécois ne peuvent compter sur la CAQ qui a démontré qu'elle n'était qu'une copie du PLQ sur plusieurs points (Legault allant jusqu'à dire que le problème du PLQ "n'est pas le produit, mais le vendeur" et n'excluant pas une éventuelle alliance avec les libéraux) et n'est pas porteuse de changements. Que les souverainistes s'entendent au plus vite pour que le Québec puisse redevenir maître de son destin!