Maxime Duchesne

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« Notre home », our honte ?

Publication: 18/01/2013 10:17

Jean Francois Lisee

Vous en avez probablement déjà entendu parler. Le ministre Jean-François Lisée et le Quebec Community Groups Network (groupe de pression anglophone. Coïncidence, j'en parlais justement dans mon dernier billet) annonçaient conjointement que le Gouvernement du Québec allait financer la tournée québécoise du chanteur David Hodges pour la chanson « Notre home » à hauteur de 20 000 $. Cette chanson « bilingue » (plutôt 90 % en anglais) est déjà disponible sur internet depuis l'été 2012 et est le fruit d'un projet du QCGN ayant comme but, selon l'organisme, de rapprocher les anglophones et les francophones. Sur son blogue, le ministre affirme souhaiter financer la tournée pour cette chanson puisqu'il appuie l'initiative à 100 %.

Commençons par le commencement : il est tout à fait normal que le Gouvernement du Québec appuie les artistes, indépendamment qu'ils soient francophones ou non. De plus, 20 000 $ n'est pas la plus grosse subvention accordée par le gouvernement et ne nous mènera pas à la faillite. Il est aussi tout à fait normal qu'un chanteur souhaite surfer sur une vague et faire une tournée avec sa chanson (on dit que la chanson est populaire, pourtant tout pointe vers le contraire, mais bon...). Qu'un groupe de pression comme le Quebec Community Groups Network tente de promouvoir le bilinguisme (et par conséquent ses propres objectifs) grâce à un clip est aussi normal; tous les groupes de pression font des campagnes publicitaires, de la CSN à la NRA. Le chanteur confirmait d'ailleurs que le but de cette chanson était que l'on cesse le débat sur la langue afin de passer à autre chose (ce qui signifie de facto laisser le Québec s'angliciser) :

"I believe that the younger generation, whatever their origins, are ready to move on to other things and invest in their future."

Maintenant, la question qui tue : Quel éclair de génie a frappé le ministre pour qu'il appuie financièrement une « publicité » d'un groupe de pression qui vise le bilinguisme institutionnel? Voici ce qui est écrit sur le blogue du ministre : « Étant donné l'engouement généré par la chanson et son vidéoclip éponyme, le QCGN s'est engagé à créer une nouvelle version, permettant ainsi de rejoindre la majorité francophone ». La tournée du chanteur ne visera pas la communauté anglophone, elle visera les francophones! Et pourquoi? Comme le QCGN est derrière cette initiative, vous pouvez être certains que c'est pour chanter subtilement les louanges du bilinguisme institutionnel et du caractère archaïque de la loi 101, même s'ils vous diront que c'est uniquement pour rapprocher les deux communautés (qui, aux dernières nouvelles, ne sont pas en guerre).
Ce qui nous mène à une autre question : pour quels rapprochements? Il faut être deux pour se rapprocher. Or, il suffit d'ouvrir la radio pour comprendre à quel point la culture anglo-saxonne est omniprésente chez les francophones - même les stations de radio francophones utilisent des subterfuges (montages anglophones et chansons « bilingues ») afin de présenter le moins de chansons francophones possible et le maximum de chansons anglophones!

Maintenant, si nous faisions le même exercice pour les stations anglophones du Québec, nous constaterions plutôt que toutes les chansons sont, à quelques rares exceptions près, uniquement en anglais. Ironique d'ailleurs que Jean-François Lisée, alors chroniqueur à L'Actualité, s'était attiré les foudres de la communauté anglophone après avoir présenté une étude (sensationnaliste et avec une valeur scientifique limitée, il est vrai) qui démontrait que la communauté anglophone de Montréal est déconnectée du Québec, tant au niveau culturel qu'identitaire. Pourquoi alors viser, encore une fois, un rapprochement à sens unique? Ne serait-il pas plus normal de viser à promouvoir la culture québécoise auprès des jeunes anglophones?

Après avoir décidé de maintenir l'anglais intensif obligatoire pour les élèves de 6e année (programme financé par le gouvernement fédéral et sans qu'il y ait de cours équivalent en français pour les élèves anglophones), le gouvernement péquiste récidive avec cette fois une chanson bilingue (en fait 90 % anglophone) qui chantera les vertus de l'anglais aux quatre coins du Québec. Bien que cette chanson tombera rapidement dans l'oubli et n'aura que peu d'impact, c'est plutôt le raisonnement logique qui démontre à quel point nous pouvons tomber bas. Après on se demandera pourquoi les jeunes (et leurs parents) se contrefichent de la langue française et trouvent archaïque le combat pour sa survie! Et le gouvernement se demandera pourquoi la population est si réceptive aux demandes du QCGN et si hostile à son projet de loi 14! Quand le gouvernement lui-même démontre à quel point la langue française est facultative et finance des groupes de pression visant le bilinguisme étatique, il ne faut pas trop s'en étonner! Notre home, our honte!

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  • Camille Laurin lors de son entrée à l'Assemblée nationale, le 27 avril 1977, jour où il déposa son projet de loi sur la langue française.

  • Un vétéran de la Seconde guerre mondiale proteste contre la Loi 101.

  • Camille Laurin appose un badge YES sur le veston de René Lévesque, lors de la campagne du référendum sur l'indépendance du Québec en février 1980.

  • Camille Laurin s'adresse au caucus du PQ lors du 20ème anniversaire de la Loi 101, célébré le 26 août 1997.

  • Un restaurateur montréalais montre les sous-bock en anglais qui lui ont valu, en mars 2000) d'être réprimandé par les inspecteurs de l'Office de la langue française.

  • Gilles Duceppe, Louise Harel et Pauline Marois en tête de la manifestation montréalaise organisée le 26 août 2007, pour les 30 ans de la Loi 101.

  • Des partisans de la Loi 101 manifestent pour la défense de la Charte de la langue française, le 26 août 2007 à Montréal.

  • Un défenseur du Québec francophone, lors de la manifestatiom organisée pour les 30 ans de la Loi 101.

  • Le premier ministre Jean Charest, le 3 juin 2010, lors d'un débat houleux à l'Assemblée nationale portant sur une décision de la Cour supérieure qui a autorisé les enfants de neuf familles à fréquenter une école anglophone.

  • Pauline Marois, le 3 juin 2010, lors d'un débat houleux à l'Assemblée nationale portant sur une décision de la Cour supérieure qui a autorisé les enfants de neuf familles à fréquenter une école anglophone.

  • L'édifice de l'Office québécois de la langue française, à Montréal, porte le nom du père de la Loi 101.

  • Le député indépendant, et ex-péquiste, Pierre Curzi présente, le 27 mai 2012, un projet de loi visant à modifier la Charte de langue française qui élargirait la portée de ses dispositions.

  • La ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy, a présenté le 5 décembre 2012 un <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/12/05/modification-loi-101_n_2243301.html">projet de loi visant à modifier la Loi 101</a>, et notamment à inclure l'usage du français Charte québécoise des droits et libertés.

 

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