Maxime Duchesne

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La révolution et les individualistes

Publication: 23/04/2012 06:18

Après plus de deux mois de débrayage, les étudiants manifestent quotidiennement avec toujours plus de vigueur dans les rues du Québec. Alors qu'au commencement, cette grève se limitait à la question de la hausse des frais de scolarité, elle représente aujourd'hui davantage la frustration d'une partie de la population face à près de 10 ans de mauvaise gestion libérale. Ces mêmes Libéraux qui n'ont cessé d'augmenter les taxes pour la classe moyenne, qui nagent dans la corruption et qui ont fait augmenter la taille de l'État (et de la dette) à un niveau inégalé ne gouvernent plus que pour eux-mêmes et leurs amis. L'incompétence de Jean Charest pour gérer le Québec ne laissant plus aucun doute pour l'ensemble de la population, la manifestation étudiante ne fait qu'illustrer le ras-le-bol populaire. Pourtant, il s'en moque et manœuvre pour scinder le mouvement étudiant et lui mettre la population à dos.

S'il est vrai que les manifestations donnent parfois lieu à des affrontements regrettables, il serait ridicule de les attribuer uniquement aux étudiants alors que des groupes anarchistes, tels que le « Black Bloc », utilisent chaque rassemblement populaire comme prétexte pour faire de la casse. Les associations étudiantes devraient clairement se dissocier de ces groupuscules extrémistes qui utilisent les manifestations étudiantes pour promouvoir leur incohérent « message ». D'un côté ils veulent abolir l'État, d'un autre côté ils prétendent manifester pour la gratuité scolaire, donc une éducation payée par l'État! Ce sont ces mêmes anarchistes qui manifestent annuellement contre la brutalité policière à coups de bâtons et de briques! La population a raison de les condamner et les associations étudiantes devraient faire pareillement.

Revenons donc à la grève des étudiants. Jean Charest espère distancer la population du mouvement. Et jusqu'à un certain point, il réussit, en misant sur l'égoïsme et le nombrilisme de certains. Les carrés verts et autres « pro-hausse » en sont un bon exemple. Pour eux, les étudiants devraient payer plus, peu importe que cet argent soit bien dépensé ou non. La réalité est que les universités gaspillent, comme nous l'avons vu dans des histoires comme l'îlot Voyageur, les recteurs payés 500 000 $ par année et autres folles dépenses. Sans compter que ces hausses ne seront aucunement profitables pour les élèves puisque les universités se serviront de ces fonds supplémentaires pour engager plus de chercheurs plutôt que de meilleurs pédagogues! Le seul point « positif » derrière cette hausse sera l'augmentation de la valeur de certains diplômes puisque moins d'étudiants en détiendront. Bref, augmenter la valeur de son diplôme sur le dos des moins bien nantis!

Les « verts », pour la plupart sur le point de terminer leurs études, sont en parfaite harmonie avec certaines personnes plus âgées qui voudraient que les étudiants paient pour leur pension et l'énorme dette qu'ils leur lèguent. Le discours des étudiants pour la hausse représente bien cet individualisme : « Moi, je veux aller à mes cours si je le veux, eux peuvent manifester s'ils le souhaitent! ». Autrement dit, manifestez pour le bien commun, moi je profiterai de votre victoire et en plus je terminerai ma session! L'image parfaite du passager clandestin! Et les nombreuses injonctions d'élèves souhaitant aller à leurs cours démontrent bien les deux groupes qui s'affrontent, c'est-à-dire la classe pauvre/moyenne et la classe aisée. Et que dire des « arguments » tels que « s'ils ont les moyens de s'acheter un MacBook, ils peuvent se payer la hausse »? S'il est vrai que les étudiants ne gèrent pas tous leur budget de manière exemplaire, ces mêmes critiques vivent eux-mêmes largement au-dessus de leurs moyens. S'ils ont les moyens de se payer deux voitures, une télévision HD 54 pouces et une piscine hors-terre qu'ils n'utilisent que rarement, ils devraient se demander s'ils n'ont pas aussi les moyens de contribuer à réduire la dette plutôt que de faire la morale!

Cette grève étudiante n'est pas que pour les étudiants, elle est pour tous les Québécois. C'est le Québec qui se lève contre la corruption, contre le vol de nos ressources, contre la mauvaise gestion, contre l'anglicisation à nos frais de notre métropole, contre un néolibéralisme égoïste et contre un premier ministre qui rit de la population qu'il est censé représenter. Qu'on soit de gauche ou de droite, souverainiste ou fédéraliste, tous devraient se lever avec les étudiants pour dénoncer ce gouvernement qui n'a plus aucune légitimité. Ce « printemps érable », dépassant largement le mouvement étudiant, est une révolution en soi : le temps du mépris est terminé!

 
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