Maxime Duchesne

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L'affaire Lisée! The Lisée thing!

Publication: 14/12/2012 21:55

Un scandale si gros s'est récemment produit qu'il méritait la première page du Journal de Montréal (le même journal qui avait pourtant « oublié » une manifestation d'environ 300 000 personnes à Montréal lors du jour de la Terre). Le scandale en question? Un ministre recevrait deux salaires. Deux salaires puisés à même les poches des contribuables. La Commission Charbonneau semble soudainement insignifiante à côté de "L'Affaire Lisée"!

De 2004 à 2012, Jean-François Lisée était le directeur exécutif du Centre d'études et de recherches internationales à l'Université de Montréal (CÉRIUM). Dès le début, son contrat prévoyait qu'il avait droit à une indemnité de départ équivalente à un mois de salaire par année de travail. Le renouvellement du contrat, signé le 20 avril 2010, affichait bel et bien que M. Lisée avait 6 mois d'indemnité de départ cumulés. Il décide de quitter son emploi en mars 2012 (bien avant les élections) et le contrat de quittance, qu'il signe le 23 mars 2012, prévoit lui remettre en salaire les mois précédemment cumulés, avec des versements du 1er septembre 2012 jusqu'au 28 février 2013 (6 mois).

On connait bien la suite : il décide finalement de faire le saut en politique le 1er août 2012 après s'être fait convaincre par le Parti Québécois. Il est élu dans Rosemont le 4 septembre puis est nommé ministre responsable de la région métropolitaine et ministre des Relations internationales et du Commerce extérieur, en plus d'être le « responsable » de la communauté anglophone auprès du gouvernement. Peu de temps après l'élection, M. Lisée fait une demande auprès du Commissaire à l'éthique afin de s'assurer que son « salaire différé » ne contrevient à aucune règle. La réponse du Commissaire : aucun problème. Rien de mal, rien d'illégal, rien d'immoral. Cette indemnité de départ, Jean-François Lisée y avait droit et l'aurait eu indépendamment de son nouvel emploi. Il aurait bien pu décider de travailler dans un Tim Hortons qu'il l'aurait quand même eu. Il n'a pas fait usage de sa position pour l'avoir et n'a pas tordu le bras de la première ministre. Bref, un non-évènement qui ne méritait pas une première page.

Les deux principales critiques qu'il a reçues (autres que les allégations d'illégalité, réfutées par la lettre du commissaire à l'éthique) sont à l'effet que cette indemnité de départ est « immorale » puisqu'il a lui-même jugé nécessaire de faire une demande au Commissaire à l'éthique en plus du fait que son généreux salaire de l'UdeM provient de fonds publics. Pour la première affirmation, il a fait ce qu'il devait faire: vérifier en cas de doute. Les politiciens marchent sur des œufs et doivent constamment vérifier si leurs agissements sont conformes aux règles (ils se font malgré tout injustement critiquer plus souvent qu'autrement ; pensons par exemple à un autre pseudo-scandale, libéral cette fois, avec l'ancien ministre de la Santé Yves Bolduc à qui on reprochait d'être propriétaire d'un fast-food). Pour ce qui est de la critique face aux conditions de départ très généreuses de l'Université de Montréal, peut-on blâmer un employé (qui n'avait à l'époque aucune fonction politique) d'accepter un bon salaire et de bonnes conditions de travail? Ne devrions-nous pas plutôt blâmer (si l'on cherche absolument à blâmer quelqu'un) l'employeur? Ces indemnités de départ et conditions de travail blindées sont monnaie courante dans plusieurs domaines, autant dans le secteur public que privé. Dans le cas du secteur public, il s'agit effectivement d'un problème auquel le gouvernement devra s'attaquer tôt ou tard.

Le plus ridicule dans toute cette histoire? Jean-François Lisée, probablement pour mettre fin à ce pseudo-scandale, décide de remettre ce salaire différé à des organismes de sa circonscription. Il n'en fallait pas plus pour que le Journal de Montréal revienne à la charge, tentant vraisemblablement d'étirer au maximum le « scandale » : Jean-François Lisée recevra des crédits d'impôt pour ses dons! Comme tous les individus qui font des dons, Pierre Karl Péladeau inclusivement! Pendant qu'on tente désespérément de vendre un scandale, on semble oublier que l'ancien premier ministre Jean Charest a reçu du PLQ un salaire caché pendant 10 ans. 750 000 $ au total, de l'argent en grande partie public (grâce notamment aux généreux crédits d'impôt pour les dons politiques) ainsi que de l'argent « sale » (la Commission Charbonneau commence à peine de nous montrer ce phénomène). Pourtant, pas un seul dollar n'a été remis à la charité, bien que Jean Charest ait reçu ce salaire pendant qu'il était en politique active et grâce aux collectes de fonds de ses députés, contrairement à Lisée qui avait travaillé pour ce salaire avant de faire le saut en politique.

Que les partis politiques lancent des pierres à Lisée n'est pas étonnant et le PQ aurait très certainement fait la même chose contre un élu libéral ou caquiste. Mais qu'un grand média se prête au jeu et gonfle à ce point un tel non-évènement démontre un grave manque de rigueur journalistique. Avec ce type d'histoires, il ne faut pas trop s'étonner qu'aujourd'hui de nombreux professeurs d'université déconseillent à leurs étudiants de citer le Journal de Montréal!

 

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