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Le climat social au Québec est à un niveau alarmant

05/09/2012 01:42 EDT | Actualisé 05/11/2012 05:12 EST
CP

Après deux courses à la chefferie où ses collègues l'ont doublée avant le fil d'arrivée. Après une défaite électorale en 2008. Après de nombreuses démissions dans son caucus. Après les coups de poignard dans son dos. Après une campagne difficile où elle s'est fait huer et insulter par des amateurs de ces radios-poubelles qui carburent à la haine d'autrui. Après s'être fait dénigrer pour son apparence physique, pour ses vêtements, pour sa façon de parler, pour la grosseur de sa maison et pour tant d'autres insignifiances, enfin Pauline Marois pouvait goûter à un peu d'amour devant ses partisans, les rares qui ne l'ont jamais abandonnée. Voilà qu'enfin Pauline Marois pouvait sourire. Une mince victoire, une victoire amère, où deux sièges au profit des Libéraux auraient préservé le gouvernement actuel, mais une victoire malgré tout pour une femme qui a traversé tant d'épreuves. Enfin Pauline Marois pouvait réaliser son rêve: devenir la première femme à diriger le Québec.

Elle a plutôt eu droit à un cauchemar et a failli goûter à la mort face à ce qui semble être un suprémaciste anglophone. Résultat : un mort et un blessé, deux héros qui auraient empêché le tueur d'entrer et de faire un massacre. Le présumé tueur, Richard Henry Bain, a heureusement été arrêté après que son arme, possiblement une CZ-858 7.62 mm ou une CSA .223 (armes semi-automatiques légales au Canada), se soit enrayée.

Loin d'être un acte isolé, force est de constater que le climat social au Québec est à un niveau alarmant, les appels au meurtre contre les personnalités fusants en toute impunité, que ce soit contre Pauline Marois (par exemple, voilà maintenant plusieurs années que demeure en ligne le site Park Avenue Gazette, qui appelle pourtant à pendre notre nouvelle première ministre et à exterminer les francophones de Montréal), contre Jean Charest, contre Amir Khadir et contre tant d'autres personnalités politiques du Québec.

Outre ces inacceptables appels au meurtre, force est de constater que notre société est divisée à un point inégalé depuis longtemps. Après la violence inouïe à Victoriaville, certains tentent encore aujourd'hui de justifier l'injustifiable, comme le Parti Conservateur du Québec qui publiait un texte sur Facebook affirmant que Pauline Marois était l'ultime responsable de l'attentat et comme de nombreux commentateurs sur les réseaux sociaux et sur les sites de nouvelles.

D'autres, comme Mario Dumont et Jean Lapierre, ont semblé faire rapidement le lien entre le mouvement étudiant et les évènements d'hier soir (les deux principaux intéressés disent qu'ils n'ont fait aucun lien entre l'attentat et une manifestation étudiant qui aurait eu lieu au même moment, bien qu'un vidéo mis en ligne semble démontrer qu'ils auraient bel et bien prématurément associé les étudiants aux tragiques évènements).

Les commentaires xénophobes de certaines personnalités politiques contre Djemila Benhabib illustrent également ce climat social malsain, tout comme les nombreuses menaces contre Jean Charest qui évite aujourd'hui les bains de foule pour sa sécurité personnelle. Le « Québec bashing », dans certains journaux comme le National Post, qui affirme jour après jour que la classe politique québécoise est foncièrement raciste, ont contribué au climat de paranoïa qui semblerait être la raison de l'attentat (« Les Anglais se réveillent » criait le tueur aux caméras). Bref, oui, l'acte isolé d'un fou, mais qui cadre malgré tout avec le climat social actuel.

Mais surtout, la soirée d'hier a confirmé ce que Pauline Marois a démontré à de multiples occasions : elle est véritablement une « dame de béton ». Alors que d'autres politiciens auraient préféré quitter le Métropolis, Pauline Marois a souhaité revenir pour calmer la foule, bien que la zone n'était pas sécurisée et bien que personne ne savait si le tueur avait un complice. Pauline Marois, comme toutes les autres fois où l'on a tenté de la faire sortir, est restée debout, imperturbable. Elle a assumé son leadership de manière exemplaire, terminant son discours sans tremblement de voix, sans hésitation et avec courage. Le monde entier a découvert la personnalité de la nouvelle première ministre du Québec qui a encore une fois su démontrer son courage exceptionnel. Un courage et une détermination dont le Québec aura besoin afin de reconstruire les ponts entre les citoyens, aujourd'hui plus divisés que jamais dans l'histoire récente du Québec. Félicitations et bonne chance à notre nouvelle première ministre, une véritable femme d'État!


Soirée électorale du 4 septembre 2012


Pauline Marois, première femme première ministre


Pauline Marois en campagne