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Le silence des agneaux

Peu importe notre opinion sur la question de l’indépendance catalane, il est impératif, si l’on est réellement démocrate, de dénoncer sans équivoque cette situation qui dégénère et de laisser le peuple catalan trancher lui-même sur cet enjeu.

02/10/2017 15:18 EDT | Actualisé 02/10/2017 17:39 EDT
Susana Vera / Reuters

Les images sont troublantes, voire révoltantes. D'un côté, des citoyens catalans qui tentent d'exercer leur droit de vote et de l'autre, une police antiémeute qui fait preuve d'une violence inouïe envers les pauvres gens qui attendent devant les bureaux de vote. Parmi ceux-ci, des vieillards et de jeunes adultes qui se font poivrer, tirer les cheveux ou frapper au visage. Pourquoi cette intervention? En vertu d'une décision rendue il y a quelques semaines par la Cour constitutionnelle espagnole, la tenue d'un référendum sur l'indépendance de la Catalogne a été rendue illégale. On réaffirma, du même coup, le caractère indivisible de l'Espagne.

Ainsi, au cours des dernières semaines, s'en sont suivis des saisies de bulletins de vote, de matériel promotionnel pour le camp du ''oui'', des menaces de Madrid envers les maires qui braveraient l'interdiction d'organiser le référendum et même certaines arrestations politiques. Notons qu'il ne s'agit pas de la première fois dans leur histoire que les Catalans subissent autant de répression de la part de l'État espagnol, qui avait interdit l'usage du catalan, suspendu le statut d'autonomie de la région et imposé une censure violente sous le régime de Franco dans les années 30 et 40.

En effet, ces nouvelles mesures du gouvernement espagnol nous rappellent malheureusement celles de l'Espagne franquiste et ont de quoi nous étonner, au Québec, nous qui avons pu nous prononcer sur notre indépendance nationale sans une répression aussi violente. D'autant plus que ces événements surviennent dans un pays démocratique comme l'Espagne. Toutefois, ce qu'il y a de plus étonnant dans toute cette histoire, c'est bien sûr le silence de notre classe politique sur la question et qui regarde le gouvernement espagnol agir comme s'il s'adonnait à une partie de Risk.

En effet, il est terriblement honteux de voir Philippe Couillard ou Justin Trudeau refuser de dénoncer de tels agissements et ne parler de la situation que du bout des lèvres. Malgré sa volonté de partager l'expertise québécoise sur la question, le premier ministre québécois ne dénonce pas formellement l'agression du gouvernement de Mariano Rajoy. François Legault, quant à lui, bien qu'il ait finalement dénoncé la violence, a tout de même agi de manière partisane et irréfléchie cette semaine quand il a dit grossièrement aux Québécois qu' « il y a peut-être des souverainistes qui vont trouver aujourd'hui qu'Ottawa est pas mal moins méchant que Madrid » .

Peu importe notre opinion sur la question de l'indépendance catalane, il est impératif, si l'on est réellement démocrate, de dénoncer sans équivoque cette situation qui dégénère et de laisser le peuple catalan trancher lui-même sur cet enjeu.

Peu importe notre opinion sur la question de l'indépendance catalane, il est impératif, si l'on est réellement démocrate, de dénoncer sans équivoque cette situation qui dégénère et de laisser le peuple catalan trancher lui-même sur cet enjeu. Une telle question devrait définitivement dépasser les clivages entre fédéralistes et souverainistes, car elle touche à un enjeu aussi fondamental que le respect des droits des peuples à l'autodétermination. Hélas, la majorité de notre classe politique locale va, tel un troupeau de moutons guidé par notre premier ministre, dans le même sens que plusieurs pays européens, qui n'osent dénoncer fermement les agissements de leur voisin espagnol. N'est-ce pas ironique de voir des pays comme la France ou le Royaume-Uni, qui se targuent d'être de grandes démocraties, garder un silence inquiétant et gênant sur la question?

Bien sûr, les indépendantistes québécois, quant à eux, font front commun sur la question et sont les seuls à dénoncer catégoriquement ces manœuvres autoritaires et antidémocratiques. On dirait bien, à la lumière de tous ces éléments, que ce soit quasiment les seuls à avoir du respect pour les droits des peuples à l'Assemblée nationale.

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