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Créer des emplois comme un progressiste

17/08/2015 12:08 EDT | Actualisé 16/08/2016 05:12 EDT

La théorie du ruissellement économique ne fonctionne pas, a admis le Fond monétaire international (FMI) dans un rapport intitulé «Causes and consequences of income inequality : A global perspective», publié le mois passé. Le désaveu du FMI est lourd de sens, lui qui avait toujours défendu avec ardeur cette théorie économique, mieux connue par son appellation anglaise «trickle-down economics». Les conclusions de cette étude nous forcent à reconsidérer nos paradigmes économiques actuels et à admettre que la création d'emploi, comme l'affirme le NPD, passe plutôt par les PME.

La théorie du ruissellement économique suppose que moins les entreprises les plus riches sont imposées, plus elles auront la possibilité d'investir dans leur propre cour, notamment en offrant de meilleurs salaires à leurs employés, et dans l'économie en général. Cette théorie ne se limite pas aux entreprises : le surplus d'argent généré par les baisses d'impôts offertes aux plus aisés ruissellerait vers les moins fortunés, créant une société plus égalitaire.

Popularisée par des politiciens tels Margaret Thatcher ou Richard Nixon dans les années 1980, cette école de pensée s'est rapidement imposée comme un dogme sur la scène internationale. Presque partout à travers le monde, les grandes entreprises et les individus les plus riches ont vu leur taux d'imposition diminuer, supposément au profit de la classe moyenne. Le Canada, sous la gouverne de Stephen Harper et des conservateurs, n'a pas échappé à cette mouvance.

En théorie, tout le monde profite de ces baisses d'impôts, mais en réalité, ces politiques n'ont pas les résultats escomptés. Selon les conclusions du FMI, un organisme pourtant reconnu pour ses positions de droite, cette manière de faire n'a fait qu'augmenter la disparité entre les différentes classes sociales. Chiffres à l'appui, le FMI a affirmé que l'accroissement des capitaux détenus par une poignée de grandes entreprises et d'individus est néfaste à la croissance économique d'un pays. Un choc brutal pour les économistes de droite.

De leur côté, les économistes progressistes ont depuis longtemps dénoncé cette manière de penser. Dans une étude publiée en 2012, intitulée «En quoi ont résulté les réductions d'impôt frappant les sociétés?», les chercheurs David Macdonald et Andrew Jackson ont révélé que les baisses d'impôts octroyées aux grandes entreprises canadiennes ont servi qu'à augmenter les dividendes de leurs actionnaires. L'argent n'a tout simplement pas été réinvesti dans l'entreprise. Plus récemment, l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS) a démontré que les conseils d'administration des grandes entreprises canadiennes étaient passés maîtres dans l'art de la surépargne. Dans son étude «Portrait de la surépargne des entreprises au Québec et au Canada», l'IRIS explique que les entreprises épargnent massivement leurs profits alors qu'elles devraient le réinvestir pour favoriser la croissance économique du PIB canadien. En 2013, ces politiques ont fait grimper la somme des liquidités qui dormaient dans les coffres des entreprises canadiennes à 604 milliards de dollars, soit l'équivalent de 32% du PIB du Canada.

Visiblement, cette façon de faire ne fonctionne pas. La richesse reste au-dessus de la pyramide et ne ruisselle pas vers le bas. À la lumière de ces conclusions, augmenter le taux d'imposition des entreprises les plus profitables pour faire baisser celui des PME, comme le propose le NPD, semble être la chose à faire. Voulant diminuer le taux d'imposition actuel des PME de 11% à 9%, le NPD s'inscrit dans la mouvance du «trickle-up economic», un mouvement supporté par plusieurs économistes de renom, incluant le lauréat du prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz.

Lors du premier débat des chefs, les adversaires de Tom Mulcair ont critiqué les engagements économiques du NPD, affirmant qu'augmenter le taux d'imposition des grandes compagnies ferait mal à l'économie canadienne. Celui-ci a habilement répondu que malgré les baisses successives du taux d'imposition mises en place par Parti Conservateur au fil des années, notre économie se dirige tout droit vers une récession, ce que le premier ministre n'a pas nié. M. Mulcair aurait aussi pu proposer à ses adversaires de lire le dernier rapport du FMI...

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