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Lac-Mégantic: la course à obstacles de l'information continue

12/07/2013 12:31 EDT | Actualisé 10/09/2013 05:12 EDT

À chaque fois qu'un évènement hors du commun se produit et que les médias se mettent en mode «émissions spéciales», les réseaux d'information en continu deviennent une ressource d'information nécessaire et essentielle pour mieux connaître et comprendre les dessus, les dessous et même les rebords d'un évènement.

Pour la tragédie de Lac-Mégantic, tous les réseaux d'information se sont mis en mode 24 h, ne lésinant pas sur les ressources matérielles et surtout humaines. Des journalistes sont présents et vivent littéralement, pour certains d'entre eux, la détresse des victimes afin de nous faire ressentir le drame qui se déroule sous leurs yeux.

Dans la plupart des catastrophes, dont le drame de Lac-Mégantic, l'information est souvent contrôlée. Elle est la même pour tout le monde, soit deux points de presse de 15 minutes par jour...pour remplir des heures et des heures de télévision en direct.

C'est à ce moment que le travail du journaliste prend tout son sens, essayant d'aller au-delà de l'information donnée lors du point de presse. Il se met alors en quête d'histoires pouvant expliquer les causes, d'experts pouvant réagir aux impacts et de témoignages pour mieux comprendre les faits et les émotions. À titre d'exemple, une entrevue avec le chauffeur de taxi qui a reconduit le conducteur de train le soir de la tragédie. Ainsi, à défaut d'avoir le conducteur du train en ondes, le journaliste est allé chercher la dernière personne à lui avoir parlé.

Le direct n'est pas simple, et pour en avoir fait pendant plusieurs années, je comprends tout à fait la pression du «24 heures» et de l'information en continu. Les journalistes sont sollicités de tous bords: ils doivent répondre à leur rédaction et à la «commande» de livrer les nombreux directs, mais aussi aller chercher le plus grand nombre de témoignages possibles et surtout faire face au drame que vivent les victimes.

Lors de chaque évènement majeur ou d'une catastrophe, force est de constater que, parfois, l'information en continu erre dans un certain no man's land qui peut laisser à désirer. En effet, souvent on étire l'information, on la contorsionne dans tous les sens afin de répondre à la commande et de rester en ondes 24 h sur un seul et même sujet (et Dieu sait s'il est important).

Vingt-quatre heures et des jours de direct pour seulement 15 minutes d'information officielle, c'est tout un défi à relever: c'est alors que l'information en direct rencontre parfois ses limites et peut vite tomber dans du «remplissage» de temps d'antenne.

Il serait, au bout d'un certain temps, bon de «doser» la couverture de tels événements après un certain temps, changer de sujet, parler des autres nouvelles, quitte à revenir régulièrement sur l'évènement lorsque le journaliste a du nouveau ou un témoignage percutant.

Ceci dit, je reconnais que la programmation des réseaux d'information continue doit être adaptée pour un auditoire volatile qui, lorsqu'il tombe sur la chaîne, doit être au courant de la nouvelle du jour.

Autre fait, varier les nouvelles plutôt que de rester collé sur un sujet pendant des jours expose parfois le journaliste à toutes sortes de risques de maladresse. Le débordement en direct vient souvent lorsqu'à court de nouvelles, le journaliste se met à faire de l'éditorial, sans même s'en rendre compte la plupart du temps, car il est confronté au défi et à la commande de remplir du temps.

Il est toutefois important et juste de souligner la rapidité avec laquelle les journalistes ont éduqué le public sur les nombreux sujets entourant cette tragédie hors-norme (règlementation ferroviaire, aspects techniques, détails sur le périmètre de l'accident, les aspects environnementaux, l'industrie du pétrole, etc.).

Je tenais aussi avant tout par ce billet à remercier et féliciter les journalistes qui font un excellent travail en couvrant des sujets difficiles et éprouvants tels que celui de Lac-Mégantic (toutes mes sympathies vont aux familles des victimes). Un billet pour souligner le travail des journalistes qui, malgré les exigences professionnelles et la pression d'être là 24 h, demeurent à l'écoute de leur environnement et témoignent des évènements afin de leur donner parfois un sens.

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