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Grossièreté gratonnienne et sémantique de la peur

03/03/2014 11:54 EST | Actualisé 03/05/2014 05:12 EDT

1er mars 2014 au soir, je flâne sur Facebook et je vois un article: Les risques d'une majorité, par Stéphane Dion. Ayant un bon sens de l'humour, je clique dessus, je ne suis pas surpris que l'article soit publié par La Presse puis je commence à le lire. Première phrase: «À la veille d'élections provinciales qui semblent imminentes, il faut souligner les graves conséquences qu'entraînerait l'élection d'un gouvernement péquiste majoritaire, et donc sécessionniste.»

Sécessionniste, ha ouach! C'est d'une grossièreté sémantique! Stéphane Dion est tellement grossier qu'il fait passer Jean-François Mercier pour une nonne. Sur l'échelle de la grossièreté, son vocabulaire bat sans doute la blague de Jean Charest sur les jobs dans le Nord et il est ex æquo avec une remarque scatophile lors d'un souper chez les parents de ma blonde. Après y avoir pas mal pensé, ses propos ne sont battus que par les blagues de viol du Nacho libre. En lisant le mot «sécessionniste», je me suis dit : il est d'une grossièreté grattonesque! Mais une minute... Ce n'est pas juste aussi grossier qu'Elvis Gratton, ça vient directement de là!

Elvis Gratton 2: Miracles à Memphis, de Pierre Falardeau, est sorti en 1999. Vous vous souvenez la scène où le gros cave fait son discours de président des intellectuels pour le NON dans un bureau pareil à celui de Stéphane Dion en 2008, moins la branche au travers la tête?

- Gratton, l'intellectuel:Blablabla... moi je suis fier d'être Canadien, monsieur, comme je suis fier d'être Québécois. Je suis un canadien-québécois, les deux! Un québécois-canadien-français. Un québécois francophone, oui madame. Un québécois-francophone-français du Canada. Je suis un francophone d'un océan à l'autre!

- Le metteur en scène:Coupé! Bon, on va juste couper un peu dans la dernière phrase parce que ça fait un peu mêlé... Bon, on va reprendre ici pis vous rajouterez ici le mot sécession.

- Gratton:Ha eh, comme la Guerre de Sécession aux États-Unis, là?

- Le metteur en scène: Oui c'est ça, ça dramatise. La guerre civile ça accentue l'idée de la peur. Ça fait plus eh...

- Gratton: Épeurant!

Ho wow, l'El Dorado, le pactole de la grossièreté! Quel manque de classe, quel irrespect Stéphane Dion. Voler ses interventions politiques à Elvis Gratton. On a toujours su que le fédéralisme, c'est la peur, c'est la stagnation, mais au point de recycler un discours de son mentor, ça en est méprisant. Rien ne change ici et surtout pas chez les libéraux. Mais quand même, les fédéralistes pourraient au moins essayer de nous faire accroire qu'ils se forcent pour nous maintenir dans la peur et l'ignorance incestueuse.

Après tout, si nous sommes indépendantistes, c'est parce que le Canada n'est pas réformable, parce que rien n'y change. On dirait que le Canada est figé dans les années 50. J'ai l'impression de revivre l'histoire éternellement. Avec Stephen Harper, on se croirait avant la Révolution culturelle. Avec Trudeau-fils qui a autant de contenu que Trudeau-père, on se croirait en 1980. Avec le mépris de ce personnage de livre de math de 4e année, ce vil Firmin Laplante moins le charisme, on se croirait en 1995. C'est à croire que tant que le Québec ne sera pas un pays, on va rester figer dans le temps, pognés entre le Parti québécois de Lucien Bouchard et les libéraux d'Elvis Dion, le petit canard à la patte cassée.

P.S: vaut-il mieux dire grattonienne ou grattonesque?

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