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Les déficits de Justin Trudeau et la Marie-Antoinette de Coppola

20/01/2016 10:35 EST | Actualisé 20/01/2017 05:12 EST

Plusieurs économistes et chroniqueurs appellent le gouvernement fédéral à faire des déficits plus grands que prévus. Il semblerait que plusieurs économistes croient toujours à la relance économique par la dépense de l'État, ce bon vieux mythe keynésien maintes fois discrédité.

Je regardais justement dernièrement Marie-Antoinette, le film de 2006 de Sofia Coppola. Force est de constater que Sofia Coppola, la réalisatrice de talent à qui on doit entre autres Lost in Translation, donne de meilleurs conseils budgétaires au gouvernement que les soi-disant experts. Il s'agit d'une version rose-bonbon de l'histoire de la reine de France, épouse de Louis XVI, jusqu'à la Révolution française. C'est une époque où les dépenses somptuaires de la royauté et des courtisanes étaient tenus responsables de la misère du peuple.

Le film a beau s'écarter assez largement de l'histoire de France, il rappelle une leçon économique importante. La dépense publique ne stimule pas l'économie, bien au contraire.

Si le keynésianisme avait raison à propos des déficits et de leur prétendu stimulus, qu'est-ce que ça signifierait pour cette tranche de l'histoire de France? Joseph Schumpeter, l'économiste de renom, s'était prêté à l'exercice, ironisant au sujet des réputations dépensières de certaines maîtresses de Louis XV:

«Que celui qui accepte la théorie de Keynes réécrive l'histoire de l'ancien régime français dans les termes suivants: Louis XV était un monarque des plus éclairés. Sentant la nécessité de stimuler les dépenses publiques, il obtint les services des expertes en dépenses que sont Madame de Pompadour et Madame du Barry. Ces dernières ont travaillé avec une efficacité incomparable. Le plein emploi, la maximisation de la production nationale, et le bien-être général aurait dû en être la conséquence. À la place nous trouvons la misère, la honte et, à la fin de tout cela, un flot de sang. Quelle coïncidence bien fortuite.»

Il est hors de tout doute que les trente milliards de dépense publique que certains experts recommandent au gouvernement ne mèneront pas à une révolution. Cependant, cet épisode historique démontre le grotesque du culte que les analystes et commentateurs vouent au déficit public.

Dans un certain sens, il est difficile d'en vouloir aux politiciens pour les déficits. D'une part, l'intelligentsia économique leur livre un fondement théorique, aussi fragile soit-il, qui prétend que la dépense publique a des vertus médicinales pour l'économie. Cette même dépense publique qui est le moyen le plus facile de leur acheter des voix pour leur réélection. Ou en tout cas, beaucoup plus efficace que les selfies. Pourquoi s'en priveraient-ils dans ce contexte?

Dans le monde réel, où l'attitude désinvolte de Marie Antoinette lui a valu le surnom de «Madame déficit», les études universitaires menées de façon indépendante et publiées dans les revues universitaires les plus prestigieuses confirment que c'est plutôt la réduction des dépenses publiques qui entraîne une augmentation de l'investissement privé.

À cela, les keynésiens répondent en chœur qu'il faut profiter des faibles taux d'intérêt actuels. Il s'agit là d'une grossière erreur: même à faible taux, les emprunts doivent un jour être remboursés avec des impôts. Les études récentes estiment que chaque dollar de taxe prélevé coûte à la société de 1,10 $ à 5,00 $. Les emprunts à taux faible coûtent donc bien cher à notre économie au final.

Mais même si on acceptait que la dépense publique relance l'économie, chose contredite dans les faits, les dépenses d'infrastructures sont bien peu susceptibles d'avoir cet effet. Le gouvernement libéral compte investir dans les infrastructures sociales, c'est-à-dire des logements sociaux et des garderies publiques.

Construire des garderies pour compenser la baisse de nos exportations due à la baisse de la demande chinoise pour nos exportations? Je vous en prie, soyons un peu sérieux. Quels que soient les mérites ou démérites qui peuvent ou ne peuvent pas être attribués à ce type de dépenses, il est clair qu'elles ne génèrent pas d'effet de relance économique et encore moins d'effets susceptibles de contrer des phénomènes mondiaux.

Le parti libéral du Canada s'est bâti, il n'y a pas si longtemps, une réputation internationale par les efforts de Jean Chrétien pour atteindre l'équilibre fiscal. Le gouvernement actuel et les gens qui le conseillent devraient s'en inspirer plutôt que de répéter les erreurs keynésiennes.

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