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Allons enfants de la patrie, le jour de gloire est arrivé

15/01/2013 10:23 EST | Actualisé 17/03/2013 05:12 EDT
AFP

«Tous nés d'un homme et d'une femme». Voilà le mot d'ordre que s'étaient donné des centaines de milliers de manifestants rassemblés sous une banderole de refus de l'autre et parfois même de haine, le 13 janvier dans les rues de Paris.

Cette grande manifestation était la deuxième en son genre dirigée contre le projet de loi du gouvernement socialiste de François Hollande baptisé «Le mariage pour tous». Il est bien difficile de comprendre ce qui motive un rassemblement de cette ampleur et une telle solidarité dans l'opposition à une loi qui, somme toute, a pour unique but de créer un droit.

C'est en regardant le célèbre bulletin de Claire Chazal sur TF1 (la Sophie Thibault française) que j'ai aperçu les nombreuses pancartes où apparaissait, parmi d'autres, le slogan «pas touche à mon Code civil!». Premièrement, «ton» Code civil? Ambitieux... Deuxièmement, «pas touche»? Déplacé.

J'ai fait mute sur Claire Chazal et j'ai tenté de raisonner.

Sur les bancs d'une faculté de droit, on nous apprend à appliquer cette logique, parfois fâcheuse mais nécessaire, voulant que les libertés des uns se terminent là où commencent celles des autres. Cette hiérarchie législative est guidée par l'évolution des mœurs et des valeurs d'une société. J'ai alors signifié à Claire Chazal que je refusais de penser que le Code civil n'était qu'un petit carnet poussiéreux rempli de mots incompréhensibles qu'on ressort quand ça nous arrange. Ça, c'est un journal intime d'adolescente.

Il s'agit en fait d'un outil privilégié que se donne toute une société pour organiser la vie commune et assurer la défense des intérêts individuels et collectifs.

Alors «ton» Code civil? Pas vraiment...

C'est alors que j'ai commencé à déprimer devant ces images de ce que je considère comme étant la «vieille France». En passant, «vieille France» n'est pas une expression réservée uniquement à ceux qui courent les concerts de Mireille Mathieu. Il fallait voir (pour le croire) tous ces jeunes étudiants rigides d'Assas ou d'ailleurs, petit pull en laine déposé de façon faussement nonchalante sur les épaules, mallette de cuire et portevoix à la main pour mieux scander des slogans aussi élégants, articulés que percutants, tels : «y'a pas d'ovules dans les testicules», «un papa, une maman, y'a pas mieux pour un enfant» et évidemment le célèbre «pas touche à mon Code civil!». Du grand art.

J'ai alors cherché qui pouvait bien avoir enseigné ces merveilles à ces artistes du slogan et j'ai trouvé! Il s'agit de la très chic et distinguée Frigide Barjot. En bref, c'est une pseudo actrice, chanteuse, humoriste et «femme d'opinion» française qu'il serait permis et légitime de confondre avec une drag-queen saoule sortant de Cabaret Mado à 3:30 AM et qui cherche désespérément le club sandwich. Vous irez voir sur YouTube, ça vaut le détour. Divertissant et inquiétant...

Ils scandaient ces slogans ridicules comme des épouvantails afin de laisser croire à la disparition de la «famille traditionnelle»... Allô ! Ils existent déjà en France ces homosexuels qui ont des enfants et qui souhaitent se marier! La Seine se vide-t-elle pour autant de son eau? Y'a-t-il moins de baguettes dans les boulangeries ? Y'a-t-il une pénurie de Brie ?

Ces slogans renvoient non seulement une image complètement ringarde de la France mais représentent surtout un déni pur et simple de réalité. La loi vient combler le vide juridique d'une situation déjà existante. Simplement.

De telles réactions complètement disproportionnées provoquées par une simple ouverture au mariage, à l'homoparentalité et à l'adoption... Insensé, grotesque, homophobe, incompréhensible. Les mots sont faibles, le désarroi immense.

Claire Chazal est passée à la météo et c'est alors que j'ai retrouvé l'espoir. Parce que comme la météo, les temps changent en politique et j'ai compris ce qui allait me faire passer, au final, une excellente journée. J'ai réalisé que ces jeunes et moins jeunes qui, au mieux, flirtent avec le statut quo et, au pire, avec l'homophobie, devront incessamment faire laminer et encadrer leur édition 2012 du Code civil français car celle de 2013 va changer. Par ce changement, leur deuil commence alors que pour des millions de français, la victoire est à portée de mains. J'ai alors réalisé combien ce changement était grandiose et à quel point toutes les raisons étaient réunies pour se réjouir.

Premièrement, parce qu'il est plutôt rare qu'une loi soit purement et simplement créatrice de droits au détriment de rien ni personne. La loi du «mariage pour tous» est pourtant l'exemple parfait! Elle vise à conférer le droit à un groupe de la société française de se marier et redresse, au passage, une situation légale remplie d'incohérence et d'absurdité.

Deuxièmement, parce que la loi s'attaque à la question de l'homoparentalité, de la filiation et de l'autorité parentale. C'est d'ailleurs là que le bât blesse. Les opposants voient rouge, la vieille France est choquée.

Troisièmement, parce que la nouvelle loi du gouvernement socialiste remplace un mécanisme défectueux et dépassé. Actuellement en France, il existe le Pacte civil de solidarité (le «Pacs»), une sorte d'union créée en 1999 sous Jospin qui confère certains droits et un statut plus ou moins nébuleux aux couples de même sexe. Le Pacs n'offre cependant aucune solution sur les questions de succession, de patrimoine familial et de filiation. Or, il s'agit, après le gâteau, les confettis et l'opportunité de se faire chanter Because you loved me, des raisons fondamentales qui poussent un couple à s'unir par un contrat de mariage.

Le «mariage pour tous» offre donc cette urgente et nécessaire mise à niveau des droits fondamentaux des homosexuels. Récemment, la ministre de la justice du gouvernement Hollande, Christiane Taubira, s'exprimait ainsi sur le sujet : ''Concrètement, les personnes homosexuelles désireuses de devenir parent de l'enfant biologique de leur conjoint pourront déposer une demande d'adoption dans les mêmes conditions que les hétérosexuels".

On répond quoi à ça ? «Y'a pas d'ovules dans les testicules» ? En passant, il y a des chances que les testicules, pour deux hétérosexuels qui adoptent, ne soit pas l'élément le plus fort dans leur couple... Enfin, c'est un autre débat.

Après la colère, on réalise qu'il y a finalement dans cette polémique, un bien triste apprentissage que feront certains enfants français. Car, contrairement à ce qui est brandit à bout de bras sur la photo ci-haut ; «un papa, une maman, on ne ment pas aux enfants», faire croire aux enfants que seul un papa et une maman peuvent leur apporter amour et encadrement, c'est leur mentir de la façon la plus honteuse qu'il soit.

Mais soyons confiants ! Ces enfants pourront parler avec ceux et celles qui ont redonné espoir en mon dimanche matin et qui, surtout, redonnent espoir au peuple français. Ceux qui ont choisi la lutte et la poursuite d'un objectif qu'ils ne défendent pas sous la bannière du mépris, de l'incompréhension et de la haine mais bien sous celle de l'espoir, de la réjouissance et de la célébration. Après l'Afrique du sud, l'Argentine, la Belgique, le Canada, le Danemark, l'Espagne, l'Islande, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal et la Suède, la France est à l'aube d'une grande victoire sociale.

Allons enfants de la patrie, le jour de gloire est (presque) arrivé!

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