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À Lanoraie, une forêt en danger!

Dans un monde idéal où nos élus seraient guidés par la sagesse, les bois de Lanoraie seraient préservés et on y interdirait la coupe d'arbres.

06/10/2017 09:00 EDT | Actualisé 06/10/2017 09:00 EDT
Getty Images/iStockphoto

Lanoraie est un des rares endroits aux alentours de Montréal où la forêt occupe encore une place importante dans le paysage et l'environnement de la municipalité. Cette forêt, longeant le Chemin Joliette et enserrée entre nos tourbières et le village, constitue un lieu naturel dans lequel les citoyens peuvent aller se ressourcer, mais aussi une zone tampon essentielle, un filtre permettant d'amenuiser la pollution émanant de la grande région de Montréal. En outre, cette forêt est l'habitat de plusieurs espèces animales, dont des renards, des ratons laveurs, des chevreuils et plusieurs espèces d'oiseaux. Or, cette forêt est plus que jamais menacée...

Au cours des deux dernières années, des promoteurs ont procédé à l'abattage d'une parcelle de la forêt pour y implanter un projet résidentiel. Et ce n'est que le début, si rien n'est fait par nos élus municipaux ou le ministère de l'Environnement.

Nos petits promoteurs locaux ont besoin de plus de population pour rentabiliser leurs commerces et pour pouvoir en bâtir de nouveaux. Ils construisent ainsi plus que jamais pour grossir la population du village et ça ira de façon croissante dans les prochaines années. Plusieurs projets résidentiels sont d'ailleurs en cours ou en gestation dans la municipalité. Ce faisant et selon leur propre vision et intérêt, des promoteurs changent l'image, l'environnement et la qualité de vie de Lanoraie, sans que les citoyens aient leur mot à dire.

On se lève un matin et des grues sont en train d'abattre la forêt où on se promenait avec nos enfants deux semaines auparavant!

On se lève un matin et des grues sont en train d'abattre la forêt où on se promenait avec nos enfants deux semaines auparavant! D'anciennes terres agricoles sont sillonnées, non plus par des tracteurs les labourant, mais par de la grosse machinerie industrielle chargée de harnacher le sol, de le borner et bientôt d'y planter les piquets des futurs bungalows uniformes qu'on y construira...

Les gens de Lanoraie n'ont pas voté et ils n'ont pas été consultés pour ces changements. Ils n'ont pas été consultés par le Conseil municipal sortant avant qu'on abatte des centaines d'arbres sur le Chemin Joliette pour y planter des condos et des maisons, tous construits sur le même modèle architectural par des promoteurs davantage soucieux de leur profit que de l'esthétique de ce qu'ils construisent.

Qu'arrivera-t-il lorsque les récents projets résidentiels seront complets et saturés? On déforestera et on dézonera encore un peu plus? On se rendra ainsi, petit à petit, jusqu'à l'autoroute? On fera comme toutes les autres municipalités de la couronne montréalaise qui, ces dernières décennies, ont développé sans arrêt et sans laisser d'espaces naturels?

Notre municipalité est l'une des opposantes aux différents projets d'oléoducs afin de protéger notre eau et notre environnement.

Notre municipalité est l'une des opposantes aux différents projets d'oléoducs afin de protéger notre eau et notre environnement. Et je crois que nous avons de quoi être fiers de cela. Mais, protéger l'environnement, ce n'est pas uniquement s'opposer aux oléoducs. C'est aussi conserver nos terres agricoles et des lieux naturels, comme nos forêts. Que fait notre municipalité en ce sens?

Les arbres et les forêts sont indispensables à la rétention de l'eau dans le sol. Or, pour une municipalité comme Lanoraie, qui est l'une des rares municipalités riveraines du fleuve qui puise son eau potable directement dans le sol plutôt que dans le fleuve, c'est un aspect à ne pas négliger...

Faire preuve de créativité et d'innovation dignes du XXIe siècle

Dans le cas où conserver une forêt vierge et inexploitée est trop difficile pour nos promoteurs et nos élus, n'y a-t-il pas une utilisation plus intelligente, innovatrice et créative d'insérer la forêt dans l'habitat et le style de vie lanorois, plutôt que d'y planter des bungalows et des condos? Une forêt, pour un village, une ville ou une région, ne représente-t-elle pas un bien commun pour l'ensemble de ses habitants? Ce bien commun ne devrait-il pas avoir préséance sur le droit de propriété privée des spéculateurs?

En ce sens, plutôt que de laisser des promoteurs faire de ce bien commun un projet d'affaires privé délestant ainsi les habitants d'un joyau de leur village, ne pourrait-on pas faire un beau réseau de sentiers dans les bois de Lanoraie? Un réseau pour la marche et la randonnée, de même que du ski de fond et de la raquette pour l'hiver? Un réseau dans lequel on pourrait inclure une thématique historique touchant au passé iroquoien et aux péripéties survenues à Lanoraie, comme l'enlèvement du Père Jogues? On pourrait également installer des fiches éducatives sur la faune et la flore. Ces sentiers, en plus de constituer un projet récréotouristique attirant des gens de l'extérieur, pourraient servir aux habitants de Lanoraie et aux jeunes écoliers, qui pourraient s'imprégner de cette nature au coeur même de leur village.

Bref, il y a d'autres façons de renouveler et de repenser nos villes et villages que d'uniquement grossir, grossir, grossir en laissant les promoteurs construire toujours plus de maisons et de condos. Par cette solution facile, peu imaginative et qui est issue d'une vision à court terme, nos promoteurs et les gens d'affaires veulent augmenter le nombre de consommateurs pour leurs commerces. De son côté, la municipalité veut augmenter ses revenus en augmentant le nombre de payeurs de taxes. Dans les deux cas, ce n'est pas des habitants (au sens fort du terme) que l'on recherche, mais des revenus additionnels!

Mais, en plus de dénaturer la vie villageoise de Lanoraie en en faisant un endroit toujours plus achalandé, on augmente le coût des services et, tôt ou tard, le coût des infrastructures augmentera pour les adapter à une population toujours plus nombreuse. À moyen terme, l'augmentation des revenus s'annule donc par l'augmentation des dépenses...

Dans un monde idéal où nos élus seraient guidés par la sagesse, les bois de Lanoraie seraient préservés et on y interdirait la coupe d'arbres. Comme nous ne vivons pas dans un tel monde, cette forêt est en danger. Si le Conseil municipal sortant de Lanoraie, de concert avec les promoteurs, tient absolument à abattre cette forêt pour y planter des bungalows, qu'il ait au moins le souci démocratique de soumettre cet enjeu à la population par référendum, dans le cas de sa réélection. L'avenir de notre village ne doit pas être laissé uniquement entre les mains des promoteurs et les citoyens doivent pouvoir dire leur mot sur l'avenir de leur municipalité.

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