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Comment contrer la radicalisation

27/05/2015 11:32 EDT | Actualisé 27/05/2016 05:12 EDT

Qu'est-ce peut faire un prof de cégep pour détecter la radicalisation de certains de ses étudiants? Rien. Il n'a pas les qualifications ni l'autorité pour dénoncer des cas hypothétiques. La seule chose qu'il peut faire c'est de l'éducation, car il est avant tout un enseignant.

La radicalisation relève avant tout de la police et du système judiciaire. Si un étudiant se radicalise, il est déjà trop tard pour intervenir. Par contre, les professeurs peuvent intervenir en amont de la radicalisation en parlant de l'intégrisme religieux. Contrairement à ce que veulent nous faire croire nos gouvernements, l'intégrisme religieux est à la base de toutes les formes de radicalisation d'individus vers le terrorisme.

L'histoire récente nous a prouvé que toutes les grandes religions produisent différentes formes d'intégrismes, qui à leur tour produisent des individus radicaux qui peuvent avoir recours au terrorisme pour faire passer leur message.

Le tireur fou de Moncton, Justin Bourque, a été élevé dans une famille d'intégristes chrétiens. Le Norvégien Anders Breivik était un suprémaciste chrétien qui voulait partir en croisade contre «l'islamisation de l'Europe». Timothy McVeigh était un membre des milices chrétiennes américaines. Des intégristes juifs ont assassinés le premier ministre israélien Yitzhak Rabin en 1995. Sans compter la nouvelle menace en Occident des loups pas vraiment solitaires de l'organisation État islamique.

Pour contrer la radicalisation, il faut cesser de cibler systématiquement l'intégrisme musulman et éduquer le public sur les méfaits de l'intégrisme dans toutes les grandes religions du monde.

Tous les jeunes qui sont victimes de toutes les formes d'intégrismes religieux ont une caractéristique commune: ils ignorent absolument tout du véritable contenu et de l'histoire des différentes religions du monde.

C'est le principal effet de la sécularisation de la société occidentale: une ignorance complète du fait religieux de la part de nos gouvernements et de nos institutions d'enseignements. La preuve, il n'y a que quelques cégeps au Québec qui offrent encore une formation en science des religions, le reste navigue dans le noir. La plupart de nos professeurs en sciences humaines et en philosophie ont une connaissance limitée du fait religieux.

Nous attendons toujours la création d'un observatoire scientifique des intégrismes religieux au Québec. Car il faut désormais baser nos actions sur la recherche empirique sur l'intégrisme, pas sur la propagande sécuritaire du gouvernement Harper ou les hésitations chroniques du gouvernement Couillard. Les professeurs de cégep ne peuvent pas empêcher un individu radicalisé de prendre un avion pour la Syrie, mais ils peuvent, avec l'aide de la recherche et de l'éducation, parler publiquement de l'intégrisme religieux pour prévenir en amont la radicalisation.

Je suis un spécialiste de l'intégrisme religieux et aussi un prof de cégep depuis plus de vingt ans, mais aucun des intervenants de ce débat ne m'a contacté au cours des derniers mois pour avoir mon avis sur le sujet. Cette absence de reconnaissance montre bien qu'il s'agit plus d'un débat politique que d'un intérêt réel de la part de nos gouvernements de faire avancer des recherches sérieuses sur le sujet. Malgré cela, j'ai l'intention de tenter de mettre en place un centre de recherche sur les intégrismes religieux dans mon cégep au cours de la prochaine année.

Car le sujet est devenu trop important pour ne pas être étudié en profondeur.

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