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L'Unesco en phase terminale?

02/08/2013 12:27 EDT | Actualisé 01/10/2013 05:12 EDT

Jeudi 4 juillet 2013, 10h, place de Fontenoy, XIIe arrondissement parisien. Devant l'une des façades incurvées des bâtiments du siège de l'Unesco, une poignée d'employés de la maison sont sur le piquet de grève. Ils répondent à l'appel émis la veille par l'Association internationale du personnel du l'Unesco (AIPU), les invitant à manifester. On pourrait ne pas s'en émouvoir. La presse n'a d'ailleurs fait que peu de cas de cet évènement. Pourtant, les grèves au sein de l'organisation sont rares et, partant, notables. Celle-ci en particulier traduit un mal-être profond, et pourrait bien constituer les prémices d'un désastre imminent.

Devant la salle X, ouvrant sur la perspective écrasée de la place de Fontenoy, on se souvient que la bataille éponyme est synonyme de victoire pour la France. À en juger par les visages fermés, les mines brouillées, on n'est visiblement pas tout à fait certains que le combat du jour connaisse le même succès. Si la cause défendue est noble, son échec parait inéluctable. Pour mieux en saisir les enjeux, un bond de deux ans en arrière s'impose.

Octobre 2011. La Palestine vient de se frayer un passage parmi les États membres de l'institution. Une promotion pas vraiment au goût des États-Unis, qui ne manqueront pas de le faire savoir. Dans la foulée, ils décident de geler jusqu'à nouvel ordre leur contribution, soit 22% du budget de l'Unesco. Amputée d'une manne de 150 millions de dollars, l'organisation entame l'exercice 2012/2013 cahin-caha.

L'avarie est sérieuse. Pourtant, à ce moment précis, rien n'est encore définitif. Il faudrait se remonter les manches, entamer une série de coupes budgétaires, poser les bases d'un calendrier de réformes au cordeau, bref, parer au pire par une série de réactions rapides et efficientes. Il n'en sera rien.

Au lieu de s'activer, dépassée par les évènements, la DG de l'Unesco, Irina Bokova, s'enfermera dans sa tour d'ivoire, n'y descendant que pour distiller les effets de manche. Une agitation vaine et sporadique qui fera illusion un temps. Avant que la Cour française des comptes ne s'en mêle, et décide de réaliser un audit au coeur de l'organisation. Le couperet tombe.

Le rapport n'est pas tendre. Il pointe du doigt la DG, la dézingue ad hominem. Après l'avoir vaguement taxée d'incompétence, d'irresponsabilité et de manque de transparence, il s'achève en regrettant «une gouvernance ambigüe et partant inefficiente, dans laquelle les rôles respectifs de la directrice générale (...) et du directeur général adjoint (...) ne sont pas clairement exercés comme ils devraient l'être, et où l'engagement de tous les responsables exécutifs n'est pas assuré par une autorité active et par une coordination opérationnelle des projets de réforme».

Branle-bas de combat dans les locaux de la place de Fontenoy. Le rapport fait l'effet d'une bombe. Il faut agir. Vite. Dans la précipitation? On peut être amené à le penser. Le Conseil exécutif enchaîne les sessions extraordinaires. Ce jeudi 4 juillet, pendant que les employés manifestent, une cinquième séance a lieu. Au menu, l'étude des façons les plus radicales de réduire le déficit budgétaire. La solution qui semble être privilégiée : un dégraissage massif de la masse salariale. 300 postes sont menacés.

En piétinant le pavé, ce matin là, devant le Secrétariat de l'Unesco, on n'est pas tout à fait sereins. On répète bien quelques antiennes à vocation revendicative, mais le coeur n'y est pas. Le droit de grève, on n'est pas tout à fait sûrs d'y avoir droit. On l'a si peu revendiqué par le passé, et puis des rumeurs courent, insistantes, venues d'en haut: une telle impudeur, au sein de l'Unesco, ça ne se ferait pas. On en vient à douter de la légalité du procédé.

Rien de plus légal, pourtant. Au même titre que les autres, les fonctionnaires internationaux jouissent du droit de grève, en vertu des conventions de l'Organisation internationale du travail (OIT) et de la jurisprudence de son tribunal administratif.

Il n'empêche, on a peur. Il règne dans les couloirs de la place Fontenoy un climat de suspicion. Les pâles des ventilateurs tranchent des lamelles de silence. L'Unesco serait au bord du crash. Pour l'éviter de justesse, on lâche du leste. On n'a pas envie d'en faire partie. On craint qu'un pas de travers nous fasse remarquer. En un mot comme en cent, c'est un peu l'omerta.

Étouffée, la lutte n'en est pas moins légitime. Il semble en effet sévère de faire payer aux employés l'incurie de leur DG. Quant à savoir si cette dernière devra un jour assumer ses négligences, seule l'élection de novembre 2013 désignant le prochain directeur général nous le dira. Autant dire que dans les arcanes de l'Unesco, on ne donne pas cher de sa candidature.

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