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Le dérapage de trop du guide suprême iranien Ali Khamenei?

24/11/2013 09:09 EST | Actualisé 24/01/2014 05:12 EST

Depuis son entrée en fonction le 4 août 2013, le président de la République islamique d'Iran Hassan Rohani joue les machines fumigènes. On se croirait dans un spectacle de Jean-Michel Jarre. Sur cet épais écran de fumée, il projette monts et merveilles. Séduisant.

Tellement séduisant que Barack Obama lui-même a été tenté un instant d'y croire, se fendant d'un appel à l'endroit de son homologue iranien depuis le Resolute desk (son bureau), en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies qui s'est tenue à New York en septembre. Une première depuis 1979. Bref, la stratégie de Rohani semblait porter ses fruits. L'homme pouvait sérieusement commencer à y croire. C'était sans compter les interventions de son ayatollah...

Il n'aura fallu qu'une remarque du guide suprême iranien, Ali Khamenei, pour dissiper tout à trac les volutes ouvragées de Rohani. Et quelle remarque! En pleines négociations sur le programme nucléaire iranien, l'ayatollah a déclaré, l'air de rien : «Les fondements du régime sioniste ont été affaiblis très fortement et il est voué à la disparition». Bien, bien.

Ces propos, on s'en doute, n'ont pas manqué de provoquer la consternation des parties prenantes dans les négociations entre les 5+1 (États-Unis, Russie, Chine, France et Grande-Bretagne plus l'Allemagne) et l'Iran, réunis à Genève depuis maintenant cinq semaines pour trancher sur la question du droit de l'Iran à procéder à l'enrichissement de son uranium (à des fins civiles). François Hollande, lors d'un point-presse, le mercredi 20 novembre, a ainsi qualifié ces mots d'«inacceptables», avant d'ajouter qu'ils «compliquent la négociation». Doux euphémisme.

Mais le plus contrarié doit encore être Rohani lui-même. Le président iranien, sous la houlette de Khamenei, s'échine depuis maintenant des mois pour faire bonne figure sur la scène internationale. L'Iran, à l'en croire, serait une république bon teint. Rien à voir avec le régime façon garçon-boucher de son prédécesseur, l'ultra radical Mahmoud Ahmadinejad.

Rohani a fait un doctorat à Glasgow. L'homme se présente comme raffiné et possède un entregent certain. Entregent qui lui a permis de rencontrer Hollande à New York et, en plus d'Obama, d'avoir des conversations téléphoniques avec Poutine ou Cameron. Entregent qui l'a poussé à publier un tweet de bonne année à l'intention de la communauté juive à l'occasion de Roch Hachana, ou encore à reconnaître l'Holocauste sur CNN.

Aussi, on image aisément la petite déflagration provoquée par la déclaration de Khamenei dans le cerveau de Rohani. Rustique, l'ayatollah pourrait bien avoir saccagé en une sortie la dialectique délicate et ciselée qu'avait mis sur pied son subalterne au fil du temps. Ou comment balayer d'un souffle le château de cartes dont il est pourtant le principal maître d'oeuvre.

On l'aura compris, les prochains rounds en présence des 5+1 s'annoncent compliqués pour l'Iran. D'autant que cette déclaration tonitruante intervient alors que des nouvelles inquiétantes nous proviennent de Téhéran. Chaque mois, une centaine d'opposants politiques seraient exécutés de façon sommaire par le régime. Il y a quelques jours, 16 prisonniers ont été assassinés sans aucune forme de procès à Zahedan. Et comment oublier le massacre des occupants du camp d'Achraf, en septembre dernier, durant lequel 52 Iraniens ont trouvé la mort, une poignée d'autres étant toujours retenus en otages ?

Couplés aux informations selon lesquelles le régime des mollahs possèderait des sites nucléaires non déclarés, ces faits sanglants devraient permettre de court-circuiter la volonté de Téhéran d'obtenir la maîtrise de l'atome. N'en déplaise au duplice Rohani.

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