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Qu'est-ce qu'un homme de la situation?

Si nous voulons une femme, nous voterons pour une femme et non pour une femme qui cherche à s'identifier aux qualités qu'elle attribue uniquement à un homme.

28/08/2017 09:00 EDT | Actualisé 28/08/2017 09:00 EDT
Projet Montréal
Les propos de madame Plante expriment qu'on ne peut avoir confiance en une femme, car elle est incapable de voir les problèmes ni de les régler !

Depuis des décennies, certaines femmes se sont battues pour obtenir des droits indispensables à notre vie actuelle, dont le droit à l'éducation, le droit de demander le divorce, le droit d'emprunts bancaires et le droit de vote, entre autres. Tous ces acquis nous semblent naturels. Pourtant, rien ne va de soi. Tout a été gagné à coup de luttes et de batailles acharnées, par des milliers de femmes dont le but ultime était d'obtenir les mêmes droits que ceux des hommes : l'accès à l'éducation et au marché du travail tous secteurs confondus, par exemple.

L'eau a coulé sous les ponts depuis ces gains, puis dans le courant, on incite les femmes à intégrer les rangs politiques pour rendre cette scène équitable. Dernièrement, une campagne publicitaire pour la mairie de Montréal attire des commentaires partagés. La candidate Valérie Plante décide de se lancer dans la course avec une affiche qui décoiffe : « L'homme de la situation » ? La principale intéressée commente ce choix de la façon suivante : « C'est un pied de nez, c'est un clin d'œil. Au final, l'homme de la situation c'est une personne en qui l'on a confiance, qui est capable de voir les problèmes et les régler, et ça, je peux m'identifier à tous ces qualificatifs-là. »

Pour Valérie Plante, un [...] « homme de la situation c'est une personne en qui l'on a confiance, qui est capable de voir les problèmes et les régler [...] ». Certaines battantes doivent se retourner dans leur tombe. Avoir travaillé si durement pour arriver où nous sommes et lire cela dans les médias, c'est à tomber par terre.

Tant qu'à y être, elle pourrait s'excuser d'être une femme.

En résumé, les propos de madame Plante expriment qu'on ne peut avoir confiance en une femme, car elle est incapable de voir les problèmes ni de les régler ! Stupéfiant ! Tant qu'à y être, elle pourrait s'excuser d'être une femme. Il me semble que si nous voulons un homme à la mairie de la ville de Montréal, nous voterons pour un homme. Si nous voulons une femme, nous voterons pour une femme et non pour une femme qui cherche à s'identifier aux qualités qu'elle attribue uniquement à un homme.

Peut-être que Valérie Plante ne se souvient pas des prouesses de Colette Roy-Laroche lors du sinistre au Lac-Mégantic en 2013. Un maire n'aurait pas fait mieux que cette mairesse. Elle a été la femme de la situation en qui tous les citoyens d'une communauté ont fait confiance. Non seulement elle a été capable de voir le problème, elle a su le gérer haut la main et par-dessus cela, elle a été une source de réconfort pour la population. Cette femme a su mettre à profit les qualités féminines, dont celle du réconfort.

Au fond, derrière le slogan de Valérie Plante, l'idée est la suivante : « Parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en ! » C'est ce que les journalistes font... et j'en suis. Pourtant, rien n'est moins certain que cette audace rapporte réellement à la principale intéressée. Les femmes qui tentent de se frayer une place dans leur milieu de travail, les autres qui se battent encore pour l'équité salariale, celles qui sont victimes de harcèlement sexuel au travail, celles qui comprennent l'importance d'assumer leur rôle de femme, les hommes qui veulent vraiment un homme pour Montréal, ceux qui ne supportent pas les femmes en politique, est-ce que tous ces gens auront envie de voter pour une femme dont le slogan est mitigé ? C'est à souhaiter pour Valérie Plante. Mais son départ n'est pas rassurant et n'inspire pas confiance comme elle souhaiterait être... rassurante comme un homme.

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