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Tout ce que mon amie Karine demande

Le simple fait de démontrer un peu d’humanité en acceptant de réparer nos actions, au lieu de verser dans la nonchalance, peut faire le plus grand bien.

17/08/2017 09:00 EDT | Actualisé 21/08/2017 17:07 EDT
Maripier Santoire
Pendant plus de deux heures, on lui a dit d’aller à gauche, tantôt d'aller à droite, mais en lui promettant à chaque fois, qu’elle trouverait là, l'entrée  « pour les gens comme elle ».

La réponse de la Société du parc Jean-Drapeau au bas de ce billet de blogue.

Depuis la petite enfance, Karine et moi sommes amies. Ensemble, nous avons exploré, découvert et traversé les diverses étapes de ce que les experts appellent le développement global de l'enfant.

Une feuille de route sans faille qui nous offrait, à toutes les deux, un passeport express pour devenir de jeunes filles indépendantes, autonomes et affranchies. Mais l'héritage génétique de Karine en a toutefois décidé autrement. Pendant que les autres adolescents de notre âge progressaient avec aisance, ma meilleure moitié, quant à elle, était vouée à désapprendre avec résilience. Mon amie Karine est atteinte de l'Ataxie de Friedreich.

Juste un peu d'humanité

Le 19 juillet dernier, le parc Jean-Drapeau recevait le groupe culte Metallica. Karine a acheté ses billets par téléphone, plusieurs mois avant le concert. Elle a échangé de vive voix, en février dernier, avec une dame de l'administration à qui elle a cru bon de préciser l'état de sa condition. On l'a évidemment rassurée en lui disant que le lieu prévoyait la présence de personnes à mobilité réduite. Le contraire aurait bien sûr été jugé hautement discriminatoire, surtout de la part d'une institution qui se targue elle-même d'attirer une clientèle diversifiée sur son site internet.

Pendant plus de deux heures, on lui a dit d'aller à gauche, tantôt d'aller à droite, mais en lui promettant à chaque fois, qu'elle trouverait là, l'entrée « pour les gens comme elle ».

Par contre, lors de cette soirée du 19 juillet, les employés du parc Jean-Drapeau semblaient ignorer que des gens aux prises avec un handicap d'ordre physique pouvaient, parfois, avoir envie de se rendre sur place. Ceux-ci qui, visiblement, présentaient une absence totale de considération pour Karine et sa situation l'ont informée, à tour de rôle, que l'adaptation du site pour l'événement ne possédait pas de stationnement pour personne handicapée. Du moins, s'il y en avait un, la dizaine d'employés abordés, tous plus confus et alanguis les uns les autres, n'étaient pas au courant. Se disant tous, un à un, incapables de l'orienter convenablement. Pendant plus de deux heures, on lui a dit d'aller à gauche, tantôt d'aller à droite, mais en lui promettant à chaque fois, qu'elle trouverait là, l'entrée « pour les gens comme elle ». Karine n'a jamais trouvé l'endroit qui était accessible « aux gens comme elle ». Elle est donc retournée chez elle, sans même avoir eu accès au site.

J'ai assisté à un panel d'événements, tous plus différents les uns des autres, avec Karine. Des spectacles en plein air, de grands concerts dans des salles d'envergure en passant par des présentations plus intimes entre les murs de petits théâtres. Aucun accroc. La vaste majorité des organisations culturelles ont compris que le fait d'accommoder une personne à mobilité réduite demande généralement très, très peu d'effort en comparaison au bienfait que le bénéficiaire en retire.

La station Jean-Drapeau, qui dessert ledit point d'intérêt, fait notamment partie de la longue liste de stations non adaptées.

Aujourd'hui, un mois plus tard et après plusieurs tentatives pour discuter avec les administrateurs de l'événement, le parc Jean Drapeau persiste et signe : ils n'émettront aucun remboursement et cela, malgré le fait que Karine n'ait pu accéder au site où se tenait le spectacle. L'argument répété par les responsables? Karine aurait dû se rendre sur place en métro, ainsi elle aurait évité de perdre son temps à chercher un stationnement et aurait pu trouver, plus rapidement, une tierce personne pour la prendre en charge et l'amener à l'intérieur. Bien sûr, ces bonnes gens ignorent visiblement le fait que la vaste majorité des stations de métro de la STM ne possèdent pas d'ascenseur. La station Jean-Drapeau, qui dessert ledit point d'intérêt, fait notamment partie de la longue liste de stations non adaptées. Est-il nécessaire d'ajouter que les navettes qui sont, selon leurs dires, à la disposition des usagers qui souhaitent se rendre de la station Jean-Drapeau jusqu'au parc du même nom ne sont, elles non plus, équipées pour recevoir les personnes qui se déplacent en fauteuils roulants?

Les gens extraordinaires

Je lui demande parfois, à mon amie Karine. Surtout après une situation comme celle-ci. Je lui demande comment elle réussit à gérer autant d'injustices. L'ostracisme crasse dont elle est couramment victime parce qu'elle n'est pas comme nous, les gens ordinaires. Tous les accès qu'on lui refuse impunément. Tous les obstacles que l'on dresse sur sa route par négligence. L'impardonnable mépris qu'on lui sert trop souvent en s'adressant à elle comme on interpelle un enfant. Toutes les règles que l'on bafoue ouvertement à ses dépens en la croyant beaucoup trop faible pour pouvoir revendiquer quoi que ce soit.

Sachez que vos représentants, en agissant de la sorte, contribuent à cette culture de discrimination qui marginalise les personnes limitées.

Je m'adresse aujourd'hui à vous, Société du parc Jean-Drapeau. Sachez que vos représentants, en agissant de la sorte, contribuent à cette culture de discrimination qui marginalise les personnes limitées. Je suis persuadée que votre administration n'embrasse pas de tels idéaux et que la situation n'est qu'une succession de tristes incidents qui ont malheureusement échappé à votre contrôle. Mais parfois, le simple fait de démontrer un peu d'humanité en acceptant de réparer nos actions, au lieu de verser dans la nonchalance, peut faire le plus grand bien.

C'est tout ce que mon amie Karine demande.

La réponse de la Société du parc Jean-Drapeau au billet de blogue:

Il est regrettable et injustifié qu'un tel événement se soit produit le 19 juillet dernier, c'est pourquoi il a été entendu avec notre partenaire evenko, qu'ils rembourseront la dame en question pour son billet de spectacle.

En raison de travaux majeurs sur l'Île Ste-Hélène, nous avons déplacé de nombreux événements vers l'île Notre-Dame. Pour evenko et le parc Jean-Drapeau, le spectacle de Metallica représentait le premier véritable test sur ce nouveau site et force est de constater qu'en raison d'un manque de coordination cette situation malheureuse s'est produite. Suite à cet événement, nous avons pris des mesures supplémentaires afin de répondre adéquatement aux besoins des personnes à mobilité réduite pour les événements subséquents dans l'été, notamment par l'ajout de places de stationnement, de navettes et de signalisation. Il est primordial pour la SPJD d'avoir les installations nécessaires afin d'accueillir toutes les clientèles possibles sur son site, que ce soit à la Plage, sur le circuit Gilles-Villeneuve, chez nos partenaires, ou dans l'un de nos nombreux événements.

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