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Les bigots de l'économie

14/12/2014 11:27 EST | Actualisé 13/02/2015 05:12 EST

Quand j'écoute la radio, je regarde la télé et je lis les journaux, je me sens rassuré par tous ces commentateurs qui protègent ma liberté par leur vigilance et par leur esprit critique. Pour moi, c'est réconfortant de savoir que les Éric Duhaime, Joanne Marcotte, Mario Dumont et Richard Martineau de ce monde défendent mes intérêts; moi, l'homme de la classe moyenne, avec eux, je peux espérer en avoir plus dans mes poches. Parce que c'est bien ce que je veux, en avoir plus dans mes poches. Mais oui! C'est clair : ce que nous voulons comme collectivité, c'est la prospérité.

Quoi, vous ne voulez pas être prospère? Eh bien, vous êtes fou. Oui, oui vous souffrez d'un problème mental qui ne vous permet pas de voir la réalité. Vous devez-être progressiste, des endoctrinés de la gauche et de la sociale démocratie. C'est vous qui avez saccagé nos finances publiques avec vos programmes sociaux et aujourd'hui, vous essayez de nous faire croire que c'est la faute au marché. Ce que je peux vous haïr, vous qui ne comprenez rien à la liberté, vous qui avez l'esprit fermé.

Bon, cessons l'ironie, posons plutôt une question claire, sans ambiguïté, qui va comme suit : qui, aujourd'hui ne comprend rien à la liberté et qui a l'esprit fermé?

Pour répondre, il faut peut-être revenir sur ce que nous enseigne l'histoire. Si la population du Québec avait l'esprit fermé pendant la première moitié du 20e siècle, c'est que le langage religieux occupait toute la place. Vous ne voulez pas vous marier? Vous êtes une fille mère? Eh bien, vous êtes folle. Vous êtes mariée, mais vous ne voulez pas 14 enfants? Eh bien, vous êtes une pécheresse. Pire encore, vous êtes homosexuelle? Donc vous ne comprenez rien à la vérité divine, vous irez droit en enfer.

Il a fallu le travail de nombreux progressistes pour défendre la liberté des homosexuelles, des filles mères et celle des femmes qui voulaient avoir une vie sexuelle sans élever une équipe de football. Dans un mauvais usage, la religion n'est plus un discours qui libère l'homme, mais un discours qui l'oppresse. Le problème d'aujourd'hui est celui à savoir quel type de discours nous oppresse? Et si c'était celui de l'économie?

Et si nos amis Martineau, Duhaime, Dumont et Marcotte, loin d'être des esprits ouverts et des gardiens de la liberté, étaient en fin de compte les petits curés modernes, les vicaires de paroisse, les bigots de l'économie de marché qui nous font croire non pas au pêché, mais à l'austérité.

C'est là que le bigot de l'économie soulève une objection, il se pense différent du curé qui croit en Dieu, parce que lui croit en l'économie. Un savoir qui n'est pas spirituel, mais scientifique. Ainsi parler contre l'économie c'est parler contre la science, c'est donc être fermé d'esprit, doctrinaire, voire carrément idiot.

Peut-être serait-il intéressant ici de revenir à Adam Smith qui utilise certains postulats sur la psychologie de l'homme pour justifier sa conception de l'économie. Pour lui, l'homme est individualiste et il a des défauts. Il veut posséder le plus possible, plus même que ce dont il a besoin. Il est envieux des possessions des autres. Il est égoïste, plaçant son bonheur au-dessus de celui des autres hommes.

Bref, on voit là de la grande science, entre « l'homme est par nature égoïste » et E=MC2, il n'y a pas de différence. C'est indéniable; c'est parce qu'il est scientifique que le discours économique est valable contrairement à celui de la religion. Nos bigots de l'économie, ne sont pas des bigots, ce sont des scientifiques de l'égoïsme, tout s'explique.

Il serait également possible de faire remarquer que c'est dans le contexte politique du 18e siècle que Smith s'oppose à ce que l'État joue un rôle en économie. Or, cela est bien connu l'État au 18e siècle était interventionniste au possible et il était englué dans de nombreux programmes sociaux. Encore aujourd'hui comme le soulignent nos bigots, nous sommes aux prises avec ce « gouvernemaman » et les nombreux assistés qui se goinfrent aux « mamelles de l'État ». C'est probablement pour cela que notre économie souffre de dysfonction érectile. Bon j'arrête ici, avant de retomber dans l'ironie.

À vous, mes amis bigots de l'économie, je souhaite bonne chance dans votre travail épiscopal. Qui sait peut-être qu'un jour vous allez comprendre ce que veulent dire liberté et ouverture d'esprit.

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Quelques propositions au ministre Coiteux (tirées du forum Exprimez-vous)

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