LES BLOGUES

Non ma belle, je ne te dois rien

24/02/2016 11:13 EST | Actualisé 24/02/2017 05:12 EST

RÉPONSE AU BILLET DE BLOGUE

- «T'as pas d'enfant, tu m'en dois une!» - Bianca Longpré

Ce qui se trouve au cœur de mon engagement quotidien, pas toujours simple et facile, c'est le désir d'une société plus juste, où l'égalité sera atteinte pour les femmes. Et quand je parle d'égalité, je parle aussi de libre choix pour chacune d'entre elles. Comme le choix de se faire avorter ou encore d'avoir douze enfants, selon leur convenance et leurs désirs.

Le malheureux texte de la blogueuse Bianca Longpré intitulé T'as pas d'enfant, tu m'en dois une!, en survalorisant la parentalité (un euphémisme) réduit les femmes à leur rôle maternel. Parce qu'on va s'entendre, on a beau être en 2016, le choix de ne pas avoir d'enfant pour une femme est encore davantage stigmatisé que pour un homme.

Lorsque l'on s'en prend ainsi aux personnes sans enfant en les traitant «d'égoïstes», on s'en prend d'abord aux femmes, qui, pour toutes sortes de raisons, en n'ayant pas d'enfant, ne rempliraient pas leur «contrat social», voire «leur destin biologique» et autres âneries. Avancez en arrière qu'ils disaient... C'est d'ailleurs ce même discours conservateur que tiennent le pape François et le fondateur du Front national.

Il est extrêmement toxique et honteux de stigmatiser les femmes qui n'ont pas d'enfant, surtout quand on connaît un tant soit peu l'histoire du Québec. Après des siècles passés sous la chape de plomb du clergé à se faire marteler le même discours nataliste, jusqu'à l'histoire récente alors que nos grand-mères se faisaient couvrir de honte lorsqu'elles tentaient tant bien que mal «d'empêcher la famille», jusqu'à l'histoire TRÈS récente où l'avortement était encore criminalisé, on a enfin sorti les curés de nos chambres à coucher et ce n'est sûrement pas pour ramener la sacro sainte culpabilité!

Des enfants non voulus, qui ont manqué d'amour, brisés et souffrants, notre histoire n'en compte que trop. On vit dans une époque pas si formidable, mais dans laquelle existent néanmoins davantage d'accès à la contraception. La conséquence positive est qu'en Occident, les enfants qui viennent au monde sont généralement désirés.

Parce que fonder une famille est d'abord et avant tout un projet de vie, et ce, pour les personnes qui le peuvent, car l'infertilité est une réalité de plus en plus répandue. Il s'agit donc d'un choix personnel et intime, qui a un impact sur la société, mais qui n'est pas guidé par cet impact. Avez-vous déjà demandé à un parent pourquoi il ou elle voulait des enfants? Moi si. J'ai eu droit à toutes sortes de réponses («J'en ai toujours voulu», «On était rendus là», «J'ai beaucoup d'amour à donner», etc.), mais, je vous l'assure, jamais, personne ne m'a répondu: «Je vais avoir des enfants pour fournir des contribuables à la société». Ça, c'est une des nombreuses conséquences du fait d'avoir des enfants, mais ç'a en est certainement pas la cause...

Par ailleurs, mettre de l'avant une certaine composante de la société, ici les parents, en la proclamant supérieure, est un discours extrêmement dangereux, comme l'histoire n'a eu de cesse de nous le prouver. Il s'agit d'un propos discriminatoire et divisif qui attise le mépris des uns envers les autres.

Qui est l'égoïste?

En somme, la blogueuse écrit ni plus ni moins que «Je, en tant que parent, suis supérieure et donc je mérite davantage. Les autres (ces gueux, les «sans enfant») ne doivent pas avoir accès aux mêmes droits et privilèges que moi». Ne trouvez-vous pas qu'il s'agit là d'une pensée bien égocentrique pour une personne qui clame vouloir «donner et partager»?

Car il y a bien évidemment plusieurs façons de contribuer à la société, faire des enfants n'en est pas l'unique. Que dire de l'engagement social, du bénévolat, des professions d'aide, des proches aidants? Et j'en oublie certainement, car j'écris ce texte dans la hâte.

La blogueuse en rajoute: «Dans 30 ans, ceux qui ont décidé de ne pas avoir d'enfant vont quand même toucher leur retraite, vont profiter des services sociaux, des services publics, etc.». J'espère bien! Ils auront également contribué au filet social au même titre que les autres en payant l'impôt sur le revenu.

D'ailleurs, je ne suis pas fiscaliste, mais on me glisse à l'oreille que les célibataires sans enfant ont le plus haut taux d'imposition...

Mais peu importe, n'entrons pas dans ces guéguerres stériles. En tant que femme sans enfant, c'est le cœur léger, par exemple, que je paie mon compte de taxes scolaires, car je crois sincèrement au bien commun et non, je ne suis pas égoïste. La diversité sociale est une richesse, alors, pourquoi opposer les gens selon qu'ils ont des enfants ou non? Se juger les uns les autres, est-ce là le projet social proposé par cette femme?

Selon elle, les citoyens sans enfant ont moins de valeurs et ne devraient pas pouvoir autant «profiter des services sociaux, des services publics». Suivant ce raisonnement bancal, est-ce que, par exemple, les patients sans enfant devraient attendre davantage à l'urgence, est-ce que le personnel médical devrait moins bien les soigner? Voilà qui démontre toute l'absurdité d'un tel raisonnement et la somme de mépris qu'il comporte.

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