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Mettez du rouge?

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Je crois beaucoup en l'importance des alliés féministes pour faire avancer l'égalité. C'est un chantier nécessaire et prioritaire que de faire voir et comprendre au plus grand nombre, incluant les hommes, que bien que nos outils législatifs proclament l'égalité des sexes, cela ne se traduit pas toujours dans les faits.

Je suis donc de celles qui ont beaucoup apprécié la campagne onusienne He for She portée par la comédienne Emma Watson.

Je vais d'ailleurs parler de l'importance de l'implication des hommes en faveur de l'égalité sur toutes les tribunes la semaine prochaine, notamment dans un topo diffusé à l'émission Gravel le matin.

Je compte beaucoup d'alliés féministes dans mon entourage, des hommes qui, pour rependre les mots de mon amie Toula Drimonis totally get it, de Mathieu Charlebois à Claude Villeneuve en passant par Jean-Philippe Cipriani jusqu'à Koriass, avec qui j'entreprends ce 8 mars une tournée de cégeps pour parler de sexe égalitaire, de consentement et de la culture du viol. Oh et puis tant qu'à y être, je pense aussi aux chercheurs Olivier Lamalice, Simon Lapierre, Gabriel Martin (ils seront gênés, mais une fois de temps en temps, c'est bien de le dire).

Le rôle des hommes alliés est de supporter les femmes, de marcher à nos côtés et, bien évidemment, de ne pas nier l'absence d'égalité.

Bref, je fais la distinction entre les mecspliqueurs et les véritables alliés.

Malheureusement, cette nouvelle campagne tout juste lancée intitulée Mettez du rouge, pétrie de vœux pieux et creux, et mettant en scène des hommes uniquement, est la pire initiative en ce sens que j'ai vue depuis longtemps.

Il s'agit d'une véritable usurpation du rayonnement des femmes durant la seule et courte période de l'année où l'on daigne s'intéresser aux iniquités systémiques qu'elles subissent. C'est aussi la preuve que ce n'est pas toujours une bonne idée d'importer des campagnes, de France dans ce cas-ci, fussent-elles mises sur pied là-bas par des femmes.

J'imagine le brainstorm derrière la campagne. Les publicistes, entre eux, se demandant «Qu'est-ce qui vous vient en tête si je dit le mot "femme"»? «Du rouge à lèvre!». Sérieusement, le recours au maquillage pour parler d'enjeux sociaux concernant les femmes, c'est tellement cliché et ridicule. C'est un stéréotype de genre patent, qui est d'autant plus choquant de se voir servir à cette période de l'année. Est-il besoin de préciser que toutes les femmes ne se maquillent pas et que, même pour celles qui le font, permettez-moi d'être encore en train de chercher le rapport entre rouge à lèvres et violence conjugale?

Surtout, j'ai un énorme malaise avec l'idée de réduire la question du 8 mars, de la Journée internationale des droits des femmes (lâchez-nous avec «la Journée de la femme» for fuck sake, on n'est plus en 1971!) au seul enjeu de la violence conjugale. Ce problème mérite une campagne en soi qui, tiens donc, existe déjà au Québec depuis des lustres avec les Douze jours d'action pour l'élimination des violences contre les femmes qui se tient chaque année du 25 novembre au 6 décembre.

Alors, dites-moi, en quoi des vedettes masculines portant du rouge à lèvres auront un quelconque impact contre la violence conjugale? La phrase clé de la campagne, telle que vue sur le site officiel est «Je suis un homme. Si une femme est agressée devant moi, je m'engage à prendre sa défense».

Or, on sait bien que la plupart des agressions ont lieu dans un contexte privé et que la vaste majorité des victimes connaissent leur agresseur. Cette campagne rate donc sa cible en demandant aux hommes de protéger les «faibles» femmes au lieu de carrément interpeller les agresseurs.

Puisque la campagne a été créée en France, j'imagine que le slogan fait référence au harcèlement sur rue, un problème endémique là-bas. Sans en nier l'existence ici, il n'en demeure pas moins que ce n'est pas l'enjeu premier qui me vient en tête lorsque je pense aux agressions et à la violence conjugale.

Je suppose que les hommes ayant accepté de prendre part à cette campagne l'ont fait avec cœur et en toute bonne foi, plutôt qu'en vue de faire mousser leur carrière ou encore de dorer leur image. Du moins je l'espère, je ne suis pas encore complètement cynique.

Mais il apparaît clairement qu'ils n'ont pas eu le recul nécessaire pour réaliser combien c'est un geste absurde et insultant pour les femmes victimes de violence et d'abus de simplement prendre un égoportrait ainsi tartiné de rouge à lèvres criard au sein d'une campagne mettant en scène que des hommes, encore des hommes, pour la Journée des femmes.

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